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Manifestation à Igoumenitsa (Epire, été 2013)

Manifestation à Igoumenitsa (Epire, été 2013)

Nikos Iliopoulos, docteur en sociologie à Paris X Nanterre, vit en France depuis plus de 20 ans. Après un séjour en Grèce cet été, il nous livre ses impressions sur son blog ( pour le texte intégral voir: nicosiliopoulos.blogspot.com). Il dit si bien ce que nous avons nous-mêmes constaté que je me suis permis de vous en faire un résumé:

Nikos Iliopoulos explique de son dernier séjour en Grèce que les gens y sont désenchantés de tout et s’accommodent tant bien que mal de la situation présente. La moitié des Grecs pense que la crise est due aux comportements de la population (et cherche les remèdes), l’autre moitié pense que la Grèce est victime du système, sinon d’un complot (et défend donc la situation précédente). Ces deux ensembles se subdivisent aussi entre ceux qui cherchent des moyens de lutte et ceux qui se fichent de tout et s’accrochent aux restes de leur opulence passée. Une moitié ne voit d’autre solution que le gouvernement actuel, une autre moitié dénonce ce gouvernement et espère un gouvernement de gauche introuvable. La crise a au moins eu l’effet de conduire une bonne partie de la population à une consommation plus attentive, maîtrisée, rationalisée, et à une vie “frugale”.

A côté d’une population (qu’il pense minoritaire) qui a faim, qui dort dans la rue, qui mendie, il voit des gens ordinaires (qu’il croit majoritaires) qui organisent encore des baptêmes, mariages ou autres fêtes privées dispendieuses. La sensiblerie des descriptions de la situation grecque ne montre pas l’essentiel : une angoisse généralisée qui renvoie à un passé proche et à l’avenir immédiat. Pourquoi, se demande-t-il, tout a été focalisé sur le facteur économique et de manière exclusivement financière ? Pendant des années, l’argent abondant a compté seul pour une meilleure qualité de vie. L’argent abondant manquant, tout est vu comme une impasse. L’une des caractéristiques de la crise économique est qu’elle a fait oublier comme par miracle tous les maux de la situation précédente, et la plupart des analyses laissent l’impression qu’auparavant tout était paradisiaque en Grèce.

Mendiant dans la rue Stadiou (Athènes, été 2013).

Mendiant dans la rue Stadiou (Athènes, été 2013).

La situation dramatique des relations humaines en Grèce est avant tout due au fait qu’elles soient en priorité, sinon en exclusivité, familiales. Sous les effets des difficultés financières, les relations déjà problématiques, pour ne pas dire pourries, deviennent calamiteuses, infernales, beaucoup plus hypocrites et dépendantes. Certes la famille est encore un refuge, un havre protecteur, mais à quel prix ? Celui de l’autonomie des personnes, de leur liberté, de leur libre choix…, situation à court et long terme catastrophique, aussi bien pour les protecteurs que pour les protégés.

Il critique “la génération de l’école polytechnique” qui a peuplé les domaines les plus cruciaux de cette société : Les partis politiques, l’éducation, la santé, le droit, le journalisme… Ce sont les grands malades de la société grecque. Pourtant politisée, cette génération est devenue la plus conservatrice qui soit, la plus hypocrite.

Il y a pourtant un peu d’espoir : De grandes parties de la population s’interrogent sur la vie qu’elles ont menée durant les années précédentes, sur le fonctionnement de la totalité de la société grecque et veulent changer quelque chose. Des couches de scorie et de doute commencent à couvrir le mode de vie de l’opulence ostentatoire…

Tag(s) : #Grèce