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Tais-toi quand tu parles...

-Il vous faut faire d’urgence une analyse de sang et une coronarographie. Vous devez arrêter de fumer…, dit le médecin.

- Tout cela m’emmerde, docteur.

- Et si vous nous faites un infarctus en vous levant un matin, nous aurons l’air fin !...

- Moi peut-être, mais vous, vous aurez toujours l’air d’un docteur.

- Faire l’autruche ne sert à rien, monsieur.

- Est-ce que je nous demande, docteur, si vous faites vous-mêmes l’autruche avec votre femme, vos enfants, votre responsabilité de citoyen ?

Le patient rentre chez lui et entend partout le même discours. Qu'il s'agisse d'euthanasie appliquée sur des mineurs en Belgique, du droit au suicide, de la prostitution pénalisée au dépend du client, de l'évolution des normes non-hétérosexuelles, du port du voile intégral dans les lieux publics…, nos médias regorgent en ce moment de débats houleux, parfois violents, souvent excessifs, toujours coercitifs.

Il faut des lois pour encadrer les pratiques sociales, pour éviter les dérives et les abus. C’est l’avis presque général et, partant de là, chacun s’autorise à penser à la place de son voisin, au nom d’une morale personnelle, d’une compétence autoproclamée. Or, tous ces soi-disant problèmes sociaux qui sont traités avec véhémence relèvent de la sphère privée et non publique. Il y en a assez des gens qui pensent pour nous, qui répondent et décident à notre place !

Tais-toi quand tu parles...

Le malade qui préfère mettre un terme à son traitement n’est-il pas le mieux placé pour en juger, dût-il en mourir ? Mais le médecin perdrait une bonne part de son pouvoir s’il en était ainsi. L’homme ou la femme qui décide en toute liberté de monnayer ses charmes ne serait pas capable de décider seul si ce choix est moral ou immoral, utile ou dérisoire, respectable ou honteux ? Mettre fin à ses jours pour accompagner un vieux conjoint passant le seuil est-il criminel, fou, socialement dangereux ou est-ce un beau témoignage de liberté, d’amour, de fidélité ?

Tais-toi quand tu parles...

Le problème du voile intégral qui vient d’être relancé avec le recours en Cour Européenne déposé par cette femme portant le niqab dans une crèche est symptomatique. Si l’on ramenait la question sur la séparation entre l’espace social et privé ce serait bigrement plus simple. Le privé c’est ce que je pense, agis, pratique, sans en affecter l’autre. Le public, c’est ce que j’impose à la vue de l’autre, ce que je partage dans l’altérité. La seule limite que j’y verrais concernerait les signes distinctifs clairement identifiés comme méprisant la liberté, l’identité, la valeur de l’autre. Le droit d’être fier de sa race oui, le droit d’arborer une croix gammée, non. Le droit de croire à Dieu, au Diable, oui. M’imposer la vue de niqab, de soutane ou de turban dans la rue, non. Vivre sa sexualité avec un, une, trois ou quatre dans sa chambre, oui. Se croire obligé de le faire savoir et de le montrer à tous sans distinction, non !

Mais je rêve… L’homme politique est là pour me dire comment gérer ma cité, le docteur pour m’expliquer ce qui est bon pour moi, les religieux pour mettre des limites à ma sexualité débridée. Le gendarme veille à ce que je ne sorte pas des clous, le journaliste que je ne m'éloigne pas de la pensée unique. Déjà Papa avait de beaux projets pour moi et la maîtresse me voulait sage et attentif…

Tais-toi quand tu parles...

La loi vient confirmer et sacraliser cette délégation de pouvoir que je devrais accepter. "Au nom de la loi, travaille, aime dans les clous, vis envers et contre tout, laisse faire ceux qui savent, vêts-toi comme tout le monde, pense comme nous, sinon je t’arrête" ! Quand donc remettrons-nous la loi à sa place, la seule qui lui convienne, celle de nous rendre libres de nos choix personnels, tous, sans exceptions et sans limites, sinon celles de la liberté de l’autre ?...

Tag(s) : #Coup de gueule