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Ministre de l'éducation
Ministre de l'éducation

Le système éducatif grec n’a jamais été ce que l’on fait de mieux en matière de démocratie et d’ascenseur social, mais jusqu’à présent, d’excellents diplômés sont sortis de ses écoles. La spécificité du modèle grec par rapport au nôtre est que rares sont ceux qui peuvent espérer accéder au troisième cycle sans compléter le tronc commun par des cours au “frontistirio” (φροντιστήριο). Ces cours privés coûtent cher (plusieurs milliers d’euros par an) et sont suivis par les écoliers, de l’école primaire à la terminale. Du classement au baccalauréat dépend l’avenir des jeunes. Aux meilleurs, l’enseignement de pointe, proche de son lieu de résidence, avec la garantie d’une reconnaissance sur le marché du travail. Aux moins bons, l’école technique souvent très éloignée (avec la nécessité de prévoir un hébergement et des frais de transport), une espérance médiocre pour un travail peu rémunérateur.

Andréas Loverdos au bord de l’overdose néolibérale…

Ce principe de la sélection au mérite pourrait être louable si les cours ordinaires suffisaient à réussir, ce qui est loin d’être le cas. Les enseignants ne sont pas en cause et montrent généralement une conscience professionnelle qui dépasse largement leurs qualités de rémunération. Mais les budgets alloués à l’Éducation nationale et l’organisation en général ne leur permettent guère d’exprimer leurs talents. On peut même se demander si les programmes ne sont pas conçus de telle façon que le recours au frontistirio soit indispensable pour être bien classé au baccalauréat. Certes, en France aussi les enfants d’ouvriers sont bien moins présents dans les troisièmes cycles que ceux des classes bourgeoises. Mais en Grèce, ce système de cours privés marque encore bien plus la sélection par l’argent.

On pourrait penser qu’avec la terrible paupérisation de 80% de la population au profit de 20% de “survivants”, avec les 50% de chômage qui touche les moins de 25 ans, les frontistirios feraient rapidement faillite et que le système en deviendrait plus égalitaire. En fait, en quelques années de crise, nous avons vu s’opérer une concentration de ces écoles du soir au profit de grands groupes possédant de nombreuses succursales dans les principales villes. Ces entreprises pratiquent un dumping social et profitent d’une masse considérable de chômeurs diplômés prêts à travailler pour une misère, d’enseignants “mis en disponibilité” pour raison d’austérité budgétaire. D’autre part, avec l’accroissement exponentiel de l’émigration économique, les cours de langues (anglais, allemand, français, arabe, chinois, etc.), explosent et leurs publicités fleurissent sur les murs des villes.

Le recteur Fortsakis
Le recteur Fortsakis

La Troïka (FMI, UE, BCE) se comportant véritablement comme un gouvernement colonial, n’a évidemment rien fait pour sauver ce qui reste à sauver de l’Éducation nationale grecque. Après le licenciement de 4 000 fonctionnaires de l’enseignement, la mise en disponibilité de 25 000 autres, le ministre de tutelle, Andreas Loverdos (ex socialiste pasokien), propose aux enseignants de travailler en volontariat, sans rémunération. En compensation, ils gagneraient des points qui leur permettraient de monter dans les classements et peut-être de bénéficier d’un recrutement le jour où cela sera envisageable ! Bien entendu, les diplômes d’enseignants ne seraient pas exigés pour ces employés de bas étage. Le recteur de l’académie d’Athènes, Théodoros Fortsakis, n’est pas en reste. Il propose ni plus ni moins de modifier la Constitution afin que les universités privées puissent être crées. « La permanence est une chose, le poste assuré la vie durant en est une autre. Il est temps de remettre les points sur les “i” » explique-t-il ! Le néolibéralisme, la concurrence libre et non faussée, la sélection par l’argent, c’est tellement mieux que les fonctionnaires, l’ascenseur social, l’État providence !

Andréas Loverdos au bord de l’overdose néolibérale…

Jeudi dernier, les étudiants sont descendus dans la rue en criant Δεν ειμαστε γενια προβατών ! (Nous ne sommes pas une génération de moutons). Ils ont bien du courage de poursuivre une lutte aussi inégale, après deux à trois manifestations en moyenne par jour depuis quatre ans, ici ou là sur le territoire national…

Tag(s) : #Grèce