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"Le Porte-Monnaie" à la radio!

J’ai été par deux fois invité à parler de mon livre “Le Porte-monnaie” sur des radios locales : Radio Alliance Plus (Nîmes) et Radio Bartas (Florac). Cet exercice n’est pas ce que je fais de mieux, étant moins doué à l’oral qu’à l’écrit, m’accommodant mal d’un temps limité et morcelé par des commentaires, des questions et des musiques. Pourtant, ces débats radiophoniques, par leur difficulté même, obligent à revenir à l’essentiel et m’ont poussé à des réflexions que je n’aurais sans doute pas eu sans eux.

"Le Porte-Monnaie" à la radio!

Par exemple, j’ai constaté chaque fois que des résistances intellectuelles au changement poussent mes interlocuteurs à s’accrocher à des idées, à des pratiques, à des outils directement issus du système monétaire et qui n’auraient aucune raison d’exister dans un système a-monétaire. De telles résistances se sont souvent vu au cours de l’histoire des sciences. A Babylone, on comptait en base soixante, ce qui est tout à fait possible mathématiquement et a permis aux astronomes des découvertes essentielles. Pourtant la base soixante complexifie terriblement les calculs et a dû être abandonnée…, sauf pour les angles calculés en degrés (le cercle faisant 360° soit 30x12), le temps (une minute faisant 60 seconde). Pourquoi ne compte-t-on pas le temps en centième d’heure, notre position en centième de longitude… ? Parce qu’une poignée d’intellectuels ont été incapables de penser autrement que selon l’enseignement reçu, parce que certains ont été incapables de remettre en question une pratique pourtant désuète. D’autres civilisations ont opté pour la base douze, et nous observons les mêmes résistances au changement. Jusqu’à la Révolution, la monnaie était faite de livres valant douze sols et de sols valant douze deniers. Essayez de résoudre un problème financier simple en base douze et vous comprendrez que c’était folie. Par exemple, un capital de 128 livres 9 sols 5 deniers sont placés chez le banquier, au revenu de 2 deniers la livre. Quel sera la plus-value de l’année ? En base douze, accrochez-vous. En base dix le calcul serait vite fait. Si l’on imagine une livre valant 1€, le problème se traduit ainsi : la somme serait de 128,75 € et placée à 16%, elle donne un revenu de 20,6€ ! Et dire qu’il a fallu une révolution, la décapitation de quelques nobles et toute la science du mathématicien Arbogast pour que le système décimal soit adopté (reste encore les imprimeurs qui comptent en points, picas, lignes, les joailliers qui pèsent en carats, toujours en base 12, les œufs et les huitres que nous achetons par douzaine !). Dire que la base 10 avec son génial apport du zéro, qui ne vaut rien mais vaut plus que -1, a été inventé par un obscur arabe de l’antiquité ! Les idées ont du mal à changer de système de pensée. Pas étonnant que nous n’arrêtions pas de penser une société sans argent avec les outils intellectuels du système monétaire !

"Le Porte-Monnaie" à la radio!

A propos de la monnaie locale et des SEL qui reviennent de manière récurrente dès que l’on parle de supprimer l’argent, il m’est venu le sentiment que les tenants de ces alternatives sont des “révolutionnaires conservateurs” : révolutionnaires parce qu’ils tentent de supprimer la thésaurisation, la spéculation, et veulent instaurer des échanges moralement épurés ; conservateurs parce qu’ils pensent encore en terme de valeurs, de comptabilité, d’échelle (le global et le local), de hiérarchie, de droit de propriété, etc., notions toutes issues directement du système monétaire. Ces sympathiques militants sont comme les imprimeurs qui comptent encore en base 12 dans un monde en base 10, inutilement obsolètes…

Il est clair aussi que la suppression totale de la monnaie telle que je la présente inquiète. Les peurs qui empêchent de penser différemment sont légion: peur du manque qui pousse à thésauriser, peur de l’homme mauvais par nature, peur de la folie de l’autre, du pouvoir que les uns s’octroient aux dépends des autres, etc. Mieux vaut donc un malheur bien connu qu’un bonheur hypothétique…

"Le Porte-Monnaie" à la radio!

Il m’est venu alors l’idée que l’argent crée une dépendance symbiotique. Dans les pratiques de soins des addictions, il est fréquent de distinguer les dépendances simples (je ne peux me passer d’un produit) des dépendances symbiotiques dans lesquelles deux parties y trouvent leur compte (comme dans la relation mère-enfant où la mère aime autant qu’elle contraint, où l’enfant s’accroche autant qu’il rejette). Dans la relation que nous avons avec le système monétaire, il s’agit bien d’une relation de dépendance symbiotique car l’argent fonctionne comme un objet transitionnel, un objet contra phobique. L’argent est le “doudou” des grands. Comme tout objet transitionnel, l’argent nous rassure, dissipe nos phobies et nos angoisses, nous ouvre des possibilités de toute puissance, c'est-à-dire de maîtrise totale de notre environnement. Pas étonnant alors que cette fonction de toute puissance induise l’idée de l’argent roi, du veau d’or, du Dieu argent, idée qui a priori n’est pas incluse “par nature” dans cet outil mathématique de convertisseur universel. Dans le sens inverse, le système monétaire (ou du moins ceux qui le contrôlent et en profitent) s’appuie largement sur nos phobies pour nous tenir sous contrôle. Que fait d’autre la publicité ? Quel autre intérêt y aurait-il à nous persuader, avec autant de moyens médiatiques, qu’il n’y a pas d’alternative, que les défauts du système ne sont pas là par construction même du système mais par l’utilisation immorale ou illogique que l’on en fait ? Chacun y trouvant son compte, le suceur de doudou et le promoteur du doudou, le système peut indéfiniment perdurer. L’expérience thérapeutique des dépendances symbiotiques nous montre que seule la rupture brutale peut résoudre ce problème, pas les transitions douces, pas les expériences comportementalistes. L’expérience prouve aussi que les ruptures ne sont pas des drames quand elles sont actives, décidées pour vivre, et ne sont pas subies. Il en est de même pour la dépendance que nous avons à l’argent qui ne cessera que par la rupture voulue et non par l’alternative, la transition, la micro société faisant tache d’huile…

Tag(s) : #Economie