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Les physiciens au pouvoir !

Alors que nous voyons les politiciens et leurs acolytes économistes se débattre dans des discours d’impuissance, les scientifiques expérimentent des modèles bien concrets, nous proposent le rêve et l’espérance sans qui notre monde court à sa perte. Le mathématicien Alain Connes donne le ton : « Le réel est la superposition de tous les imaginaires possibles. »

Poésie dites-vous ? Alors, regardons le fonctionnement du CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire) : Il regroupe 21 États membres, une centaine d’États associés, plus d’un millier de chercheurs, techniciens, informaticiens. La coopération entre tous les acteurs dépasse largement les notions de nations, de cultures, de moyens. L’Inde y collabore avec le Pakistan, Israël avec l’Iran… L’ensemble fonctionne sur un mode ouvert, libre, gratuit, et tout ce qui est produit est immédiatement accessible à tous ceux qui en auraient besoin. Il n’y a pas de secret, ni dans les méthodes, ni dans les résultats. Toutes les communications sont en open-source, la collaboration sur le modèle du réseau exclue toute compétition (le CERN a inventé le mot de coopétition qui relie collaboration et émulation). C’est un modèle de fonctionnement fondé sur le long terme et sur le bien commun. Une sorte de constitution pose les règles fondamentales de ce fonctionnement et chaque participant s’engage à en respecter les articles. Il n’y a pas d’autre moteur à l’entreprise que la passion de tendre individuellement vers un objectif partagé et c’est au nom de cet objectif que sont prises les décisions, que toutes les remises en questions sont possibles.

Un modèle trop particulier pour être exportable, dites-vous ? Pourtant l’ONU a souhaité la présence de membres du CERN à ses assemblées générales pour y soutenir ce modèle. C’est en effet une des rares organisations humaines qui réussisse à ce point à dépasser les clivages culturels et historiques, à abattre la barrière des frontières et des intérêts particuliers, qui allie si bien le prosaïque et le poétique, le scientifique et le philosophique. C’est en tous les cas l’une des rares à déborder avec autant d’aisance du cadre de penser qui lui est propre pour aborder des domaines universels.

Etienne Klein, physicien au CERN, nous explique que « le langage courant ne contient pas la physique et que les scientifiques sont contraints à forger une langue étrangère au sein même de leur propre langue… ». Ou encore, « quand une révolution bouleverse la physique, on la traduit comme s’il s’agissait d’une évolution et par les mots de la théorie qu’elle vient remplacer et qu’elle a rendue caduque… ». A propos du boson de Higgs, il ajoute « on sait que tous les modèles standards posent dès le départ des questions qui ne pourront être résolues à l’intérieur de ce modèle... » Que n’est-il écouté attentivement par ceux qui nous gouvernent et nous serinent qu’il n’y a pas d’alternatives, qui voudraient que l’on croie à une unique, universelle et définitive gouvernance !

Et comment ne pas penser aux tenants de la désargence qui, imaginant un autre modèle standard que l’actuel, se heurtent au problème de traduire une innovation dans le langage, le mode de pensée et l’imaginaire d’un système qu’ils jugent obsolète. Pour que l’idée de désargence soit entendable et entendue, il faudra bien se résoudre à opérer un “nettoyage de la situation verbale” comme disait Paul Valéry dans son traité de “Poésie et pensée abstraite”.

Les physiciens au pouvoir !

Dans ce monde en plein bouleversement climatique, social, politique, où la récession nous pend au nez, que l’on choisisse la relance ou l’austérité, où le pays inventeur de la démocratie fait trembler l’Europe et les banquiers avec une vraisemblable accession de la gauche radicale au pouvoir, je ne savais comment vous souhaiter une bonne année. Alors l’idée de vous donner espoir avec le CERN et le Boson de Higgs m’a semblé judicieuse…

Tag(s) : #Pensée