Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Michaël Lonsdale
Michaël Lonsdale

Michaël Lonsdale vient de sortir son dernier livre, “Jésus Lumière de Vie” et en fait la promotion sur nos médias. Un beau livre rempli de tableaux de maîtres, pour nous expliquer que, si le Beau vient de Dieu, l’Amour vient des hommes et que lui seul sauvera le Monde. Pourquoi ce vieil homme m’agace-t-il autant ? Pourquoi sa naïveté vis-à-vis des Saints et des Héros me fatigue-t-elle à ce point ?

L'abbé Pierre
L'abbé Pierre

Sans doute parce que les modèles qu’il cite, les guides qu’il encense, avec tout le charisme et toute la charité qu’ils ont déployés, n’ont pas changé d’un pouce cela même qui les a poussés aux limites de l’héroïsme. L’abbé Pierre, dans son appel de l’hiver 1954, a ému la France entière en affirmant « qu’ils sont plus de 2 000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu ». Soixante ans après, il y a 283 groupes d’Emmaüs qui ne suffisent plus à la tâche et qui cette année nous alertent : « Le nombre des sans-abri a augmenté de 50% depuis 2011. » Bravo ! Le génie médiatique de “Pierrot la Soutane”, la ténacité de ses bénévoles n’ont réussi qu’à transformer les sans-abri en SDF. A défaut de résoudre le problème, les technocrates l’ont individualisé : le sans-abri, à plaindre puisqu’il manque de l’essentiel, est devenu un SDF, coupable de ne s’être point fixé…

Coluche
Coluche

Coluche a fondé les Restos du Cœur en 1985 : « Quand il y a des excédents de nourriture et qu’on les détruit pour maintenir les prix sur le marché, on pourrait les récupérer et on essaiera de faire une grande cantine pour donner à manger à tous ceux qui ont faim… » Les années ont passé et le nombre des repas gratuits fournis par les Restos du Cœur ne cessent d’augmenter…, mais pas aussi vite que le nombre de ceux qui en auraient besoin. Bravo ! La justice continue à condamner les Freeganes qui “volent” la nourriture dans les containers de déchets, l’État fait semblant de lutter contre le chômage, le néolibéralisme détricote tous les acquis sociaux…

Soeur Emmanuelle
Soeur Emmanuelle

Sœur Emmanuelle, tant vantée par Lonsdale, est devenue le symbole des causes désespérées. En 1971, elle choisit un bidonville du Caire pour l’extrême pauvreté des chiffonniers qu’elle y rencontre. Quarante ans plus tard, malgré l’association qu’elle a fondée, les livres qu’elle a écrits, les rencontres avec les grands du monde (du président Moubarak à Jacques Chirac…), les laissés pour solde de tout compte sont assez nombreux pour garantir la pérennité des villes-bidons. Bravo !

Pierre Rabhi
Pierre Rabhi

La liste des Saints capables d’émouvoir Michaël Lonsdale ne s’arrête pas là. Il aime aussi citer Pierre Rabhi, héros encore en activité. Sans vouloir cracher dans la soupe ou dénigrer tous ces gens dont les qualités humaines et morales sont indéniables, force est de constater que les souffrances qu’ils entendaient calmer ont explosé. Une question pire encore me taraude : ces Saints et ces Héros modernes n’ont-ils pas largement contribué à la dramaturgie actuelle en laissant croire à une moralisation possible ? Les Maîtres du monde ne profitent-ils pas des gesticulations des meilleurs d’entre nous ? Pierre Rabhi nous incite à jouer les pompiers comme si un jour, un seul petit incendie avait été éteint par une armée de Colibris. Susan George dans son dernier livre nous alerte sur les “Usurpateurs” que sont les entreprises transnationales, comme si un jour, un seul homme de pouvoir avait été converti en serviteur. Nous sommes dans un siècle où tout doit être moralisé : l’argent, le pouvoir, le capitalisme, le socialisme, le commerce, l’État…

Susan George
Susan George

Ne serait-ce pas l’empreinte, pour l’instant indélébile, des acteurs de ce néolibéralisme qui nous privent de pouvoir au profit d’une oligarchie si bien dénoncée par Susan George (les cinquante plus grandes transnationales et le millier de personnes se réunissant à Davos). Comme par hasard, Susan George qualifie le système de “théolibéralisme”. Si donc ma colère a un sens, c’est de voir la facilité avec laquelle tant de gens utiles et sincères tombent dans le piège du “théos” tendu par les pires matérialistes pragmatiques. Le monde ne changera pas quand nous serons meilleurs, convertis aux religions de l’écologique, de la décroissance, de l’humanitaire, de François d’Assise, d’Avicenne ou de Confucius. Il changera quand, convaincus que sept milliards d’individus valent mieux que les mille de Davos, nous aurons enfin relégué au musée des antiquités les mythes qui ont fait de l’argent un outil incontournable, des États des maux nécessaires, du parlementarisme un acquis révolutionnaire, de la propriété privée une constante de la “nature humaine”, de l’économie une science et des Michaël Lonsdale des sages… Joyeux Noël…

Tag(s) : #Coup de gueule