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« Si les peuples n’ont que le gouvernement qu’ils méritent, quand donc mériteront-ils de n’en pas avoir »

Jean-Paul Toulet, 1867-1920

Alexis Tsipras
Alexis Tsipras

La dissolution de l’assemblée grecque et la victoire plus que probable du parti Syriza aux élections du 25 janvier est le révélateur qui fait apparaître sur le papier argentique l’image politique de l’Europe entière. Et les médias ne s’y trompent pas qui relatent promptement les réactions de Merkel, de Hollande, de Cameron et consorts, qui dissertent sur la sortie des Grecs de la zone euro, “grècexit” jugée possible, souhaitable, dangereuse, dramatique, selon les commentateurs.

Il est bon tout d’abord de faire un petit point pour les néophytes de la politique grecque et se demander si Alexis Tsipras pourrait vraiment devenir le prochain premier ministre ? La chambre des députés qui vient de se saborder sur le vote du président était constituée ainsi :

Haro sur le Syriza !...

Nombre des députés élus en 2012.

Si l’on se place sous l’angle des électeurs et des choix qui leur sont offerts, la liste des partis présents aux dernières élections et les voix qu’ils ont obtenues sont les suivants : (en gras les partis susceptibles de se regrouper naturellement autour de Tsipras).

Nouvelle Démocratie  (ND)

1 825 637

Coalition Gauche (SYRIZA)

1 655 086

Socialistes (PASOK)

755 868

Grecs indépendants (ANEL)

462 466

Aube Dorée (XA)

425 990

Gauche démocratique (DIMAR)

385 077

Communistes (KKE)

277 204

Recréer la Grèce (DX + Drassi et FS)

98 061

Alerte populaire orthodoxe

97 094

Verts écologistes (OP)

54 420

Mouvement “Je ne paye pas”

23 734

Front de gauche (ANTARSYA)

20 391

Parti des successeurs de Kapodistria

17 774

Union des centristes (EK)

17 191

Parti Pirate (KPE)

14 170

Mouvement Panathinaïkos (PANKI)

12 439

Marxistes léninistes

7 648

Espoir National

4 302

Parti Libéral (LIBERTAS)

615

Mouvement de résistance (KEAN)

80

Total inscrits

9 952 570

Total votants

6 217 000

Le parlement, Athènes
Le parlement, Athènes

Pour gouverner, un parti doit obtenir la majorité, soit 151 voix sur 300. La coalition de la Nouvelle Démocratie de Samaras (129 élus) et du Pasok de Vénizélos (33 élus) assurait une majorité de 162 voix. Dans la configuration actuelle, il paraît improbable que le parti du Syriza passe de 71 siège à 151 sans le soutien d’autres partis. Sept partis seulement sont suffisamment représentatifs de l’électorat pour obtenir des sièges au Parlement. Pour que le Syriza accède à une majorité de 151 députés il faut non seulement qu’un plus grand nombre d’électeurs se rassemble sous sa bannière mais que d’autres partis se coalisent à lui au sein de l’assemblée, ce qui n’est pas gagné. (Au tableau ci-dessus, il faut ajouter le parti du “Plan B” qui a été constitué en 2013 par Alekos Alavanos avec comme objectif la sortie immédiate de l’euro et le retour à la drachme). Mais ce qui pourrait changer sérieusement la donne par rapport à la situation de 2012, c’est que les Grecs ayant accepté l’austérité par prudence politique ne peuvent guère supporter plus de sacrifices et n’ont pas plus espoir de sécurité. L’écart entre la minorité des bénéficiaire du système Merkel et la majorité des victimes ne cesse de se creuser, rendant toute comparaison avec la situation antérieure bien aléatoire.

Si tout cela se réalisait pourtant le 25 janvier, et qu’Alexis Tsipras était élu premier ministre, il reste alors à savoir quelle marge de manœuvre il aurait pour mener à bien le programme qu’il a annoncé, savoir :

• Un moratoire sur les dettes des ménages et des petits entrepreneurs,

• La hausse du salaire minimum,

• L’annulation de près des deux tiers de la dette publique considérée comme « injuste »,

• L’instauration d'une « clause de développement » garantissant que les sommes dépensées pour une relance de l’économie ne seront pas comptabilisées dans le budget.

• La recapitalisation des banques (dont la solvabilité est problématique), sans que les sommes en question soient comptabilisées dans la dette publique du pays.

Quant à une sortie de la zone euro, voire de l’Union européenne, malgré la pression d’une part non négligeable du groupe, il n’en a jamais été question, du moins officiellement. L’agitation médiatique dans le reste de l’Europe autour du “diable” Syriza et du risque de le voir plonger la Grèce dans un incontrôlable marasme économique et politique ferait rire si tant de gens n’étaient pas déjà dans une situation pire qu’au sortir de la guerre. Cette agitation témoigne certainement plus d’une peur des dirigeants Français et Allemand de perdre la manne financière que représente pour eux “l’aide à la Grèce”. Une dénonciation de la dette inique qui affame la Grèce leur ferait perdre quelques milliards d’euros alors qu’ils peinent déjà à équilibrer a minima leurs budgets.

Alexis Tsipras n’est-il pas seulement coupable de mettre à jour l’échec des politiques françaises et allemandes… ?

Haro sur le Syriza !...

PS: Pour en savoir plus sur la vie quotidienne des Grecs de 2015, n'oubliez pas l'incontournable blog de Panagiotis Grigoriou Greek Crisis.

Tag(s) : #Grèce