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Vérité allemande, mensonges grecs...

Les Grecs du Syriza défendent aujourd'hui leur programme devant l'Eurogroupe. Les mêmes journalistes qui ont négligé l'ampleur de la crise humanitaire causée par la Troïka se précipitent pour commenter l'événement. Les contre-vérités et la mauvaise foi faisant loi chez les "chiens de garde", l'envie me prend de décerner une palme d'or au plus méritant d'entre eux, j'ai nommé Jean Quatremer, journaliste à Libération, spécialiste des questions européennes et déjà signalé pour quelques reportages à sens unique sur le sol grec.

Vérité allemande, mensonges grecs...

Hier soir, lors de l'émission "28 minutes", ce brillant journaliste, diplômé en droit international, nous a affirmé de façon péremptoire, qu'une dette d’État ne pouvait être annulée, que cela ne s'était jamais vu, que cela coûterait fort cher aux contribuables français...

Conférence de Londres, 1953.
Conférence de Londres, 1953.

Et pourtant, ce "spécialiste" de l'Europe ne peut ignorer la date du 27 février 1953. Ce jour là, une grande conférence réunissait à Londres les Alliés (dont les Grecs) pour examiner la question de l'économie allemande. La dette issue du traité de Versailles s'étant cumulée avec celle de la deuxième guerre mondiale, le pays était au bord de la faillite, le gouvernement incapable de reconstruire un semblant d'activités. Dans le préambule des 136 pages de l'accord, il est clairement dit: "...considérant qu’un tel règlement des dettes extérieures allemandes ne pouvait être obtenu que grâce à un plan général unique qui tiendrait compte de la position relative des intérêts des divers créanciers, de la nature des diverses catégories de créances et de la situation générale de la République Fédérale d’Allemagne..."

Certes, les circonstances étaient différentes: l'Allemagne était à genoux, incapable même de payer les intérêts de sa dette. Pas comme ces "fainéants de Grecs" qui n'attendent que la manne européenne... Les USA, la France, l'Angleterre, avaient besoin d'un marché ouvert à l'est du Rhin. Pas comme ce ridicule pays juste bon à offrir "soleil et ouzo aux touristes"...

Les deux tiers de la dette allemande furent donc annulés, par un astucieux montage financier, avec l'aval des banques, des industriels. Aucun État européen ne s'en est plaint, aucun contribuable n'en a souffert. Sans cet accord, jamais l'Allemagne aurait pu se reconstruire comme elle l'a fait.

Alors pourquoi ce qui a été possible en 1953 ne l'est plus en 2015? Pourquoi les économistes meanstream feignent-ils d'ignorer les accords de Londres? Et d'ailleurs, pourquoi ne cite-t-on jamais l'annulation de la dette mexicaine en 1982, celle du Zaïre en 1976, celle de l'Argentine en 2002, celle du Zimbabwe en 2008...? Aurait-on intérêt à voir la Grèce se vider de sa substance? Les crédits qu'on lui accorde cacheraient-ils une part de nos propres déficits?

Vérité allemande, mensonges grecs...

Les chefs d’État ont pu écrire en 1953: " les Gouvernements des Etats-Unis d’Amérique, de la République Française et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, ayant estimé que ces recommandations constituent un plan équitable et satisfaisant de règlement des dettes extérieures allemandes, ont signé ce jour avec le Gouvernement de la République Fédérale d’Allemagne des accords bilatéraux sur le règlement des dettes au titre de l’assistance économique fournie par ces trois Gouvernements après la guerre, accords qui définissent leurs droits et priorités modifiés au titre de ces dettes, sont convenus de ce qui suit..."

Les chefs d’États de l'Euro Groupe pourront-ils signer en 2015 le même type d'accord?

Tag(s) : #Grèce