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La gauche radicale européiste…,  un oxymore !

Ce dont on pouvait douter encore avant la démonstration magistrale d’Alexis Tsipras et de Yannis Varoufakis, devrait maintenant être clair pour tous. La radicalité, c'est-à-dire le choix de s’attaquer aux racines d’un problème, ne peut s’associer à la fois à la gauche et à l’Union Européenne. On ne peut que saluer les efforts méritoires des leaders grecs pour tenter d’introduire dans leurs négociations un semblant de vision sociale, mais force est de constater que ces efforts ont été vains. Le couple Schaüble-Merkel a gagné et les réformes structurelles imposées au gouvernement grec sont pires que les précédentes, pire que sous la droite mémorandaire. Les Grecs commencent à s’en rendre compte et certains en viennent à considérer que l’occupation ottomane fut moins cruelle que celle de la Troïka (ou des Institutions pour parler correct, ou des Allemands pour parler crument).

De fait, les députés ont voté presque massivement en faveur d’un “plan de sauvetage” de 900 pages, divisé en deux articles et sans amendements possibles. La droite en rêvait, la gauche l’a fait. Désormais sous tutelle de l’UE, aucune décision législative ne pourra être prise par les élus grecs sans l’aval des créanciers, ce qui est le plus bel exemple de déni démocratique lancé à ce jour à la face des opposants du libéralisme. La TVA va passer de 13 à 23% ce qui va accroître les inégalités sociales. Les banques vont pouvoir reprendre allègrement les saisies des logements principaux de tous ceux qui ont des dettes envers l’État. Vous ne pouvez payer ? A la rue ! Les petites et moyennes entreprises qui ont résisté aux memoranda I et II (la véritable ossature de l’économie du pays) vont crouler sous les taxes diverses. Les agriculteurs sont prévenus que leurs revenus seraient divisés par deux en moyenne. Les retraités, qui représentent le dernier bastion de la cohésion sociale dans les familles, vont encore être ponctionnés un peu plus. La dérégulation totale des conditions de travail est en bonne voie. Cette liste est loin d’être exhaustive et les surprises vont être grandes lorsque l’on va découvrir les conséquences précises des “réformes structurelles” imposées. Celle qui concerne le droit pénal par exemple, va surprendre les plus avertis !

Mais alors, si le généreux Tsipras, si le fougueux Varoufakis, acceptent des mesures aussi antisociales, aussi contraires à toutes leurs déclarations antérieures, serait-ce qu’il n’y aurait pas d’alternatives au sein de l’union européenne et de la zone euro ? On ne pourrait donc pas être favorable à la monnaie unique et de la gauche radicale ? On ne pourrait pas défendre les Institutions européennes, même au nom de la paix, de la stabilité, et être de la gauche radicale ? Tous les politiques du Front de Gauche, de Podémos, de Die Linke, qui au nom d’une “autre Europe” se sont fait élire députés européens, seraient promis à la même droitisation de leurs actions ?

C’est en tous les cas la thèse qui émerge de plus en plus au sein de groupes de gauche jusque là minoritaires (NPA, Antarsya, etc.). Le rêve européen était beau et séduisant. Les leaders de gauche en usaient abondamment, le peuple applaudissait. Le rêve devient cauchemar et le peuple se rebiffe. Mais le réveil sera long et pénible. On s’attache à un beau rêve, soit qu’il nous laisse des regrets éternels, soit que la réalité nous abandonne, honteux et confus d’avoir été bernés. Un nouveau rêve devra être rapidement formulé si nous ne souhaitons pas que la peste brune du fascisme et du nationalisme devienne la seule alternative crédible au néolibéralisme.

La radicalité ne peut plus être européiste, ne peut plus s’accommoder d’une zone euro construite dès le départ par et pour les intérêts privés de ce fameux 1% tant décrié. La radicalité, c’est s’attaquer aux causes que sont les Institutions européennes dont la plupart n’ont aucune légitimité démocratique, à l’euro cette arme de destruction massive, aux traités qui ont été extorqués contre l’opinion générale (Lisbonne 2005), aux traités en cours (Tafta) qui vont engluer dans le néolibéralisme tous les systèmes économiques et politiques… La radicalité vient d’échapper définitivement aux leaders de la gauche radicale, aussi sympathiques, charismatiques et généreux soient-ils ! La gauche radicale est morte, vive la gauche radicale…

PS : Nous pourrions aussi souligner que le pouvoir aveugle les meilleurs. Tsipras qui avait promis de combattre ou de disparaître s’accroche à son poste. Varoufakis qui démissionne parce qu’il est contre vote oui au mémorandum III par solidarité envers son camarade Tsipras. Et le peuple n’y comprend plus rien, sinon que donner un pouvoir à quelqu’un, c’est prendre le risque qu’il ne veuille plus le rendre !

Tag(s) : #Grèce