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La partie de poker menteur…

Cette semaine, à cheval sur juin et juillet 2015, restera à n’en pas douter dans l’histoire de la Grèce, comme dans celle de l’Europe, un sujet de thèse pour les historiens et les politologues du futur. Le jeu du poker menteur consiste à faire croire à l’adversaire la main hypothétique d’un joueur, de surenchérir dans l’hypothèse du précédent joueur, de miser sur la chance ou la crédulité des partenaires. Et c’est bien le jeu dans lequel s’est engagé l’Eurogoupe, sans que l’on puisse déterminer qui, du gouvernement Tsipras ou des Institutions européennes, est l’initiateur du jeu, qui seront déclarés menteurs, quelles sont les mains exactes des partenaires…

Le référendum du 5 juillet pose une question claire : êtes-vous pour ou contre les propositions de réformes présentées le 27 juin par l’Europe et mises en annexe du bulletin de vote ? Tsipras n’a jamais dit qu’il s’agissait de choisir entre l’euro ou la drachme, l’Europe ou le Grexit. Mais dans ce cas de poker menteur, est-il sincère ? Les propositions de l’Eurogroupe sont claires : il ne peut y avoir de plan d’aide financière sans quelques réformes indispensables sur les retraites, la TVA, les privatisations… Mais au poker menteur, n’est-il pas normal de chercher avant tout à éliminer l’un des adversaires, en l’occurrence ce gouvernement de gauche qui dérange l’ordre néolibéral établi ? La France appelle à la raison, à la modération, mais en bon joueur de poker, Hollande cherche-t-il à sortir l’Europe d’une impasse où à préserver une place qui lui est de plus en plus contestée ? Quels que soient les joueurs, les mains annoncées, les intentions avouées, il faut être journaliste ou militant aveuglé pour croire ce que l’on voit, ce que l’on entend.

La partie de poker menteur…

Au mieux peut-on choisir son camp selon la stratégie que l’on pressent chez l’un des joueurs. Ainsi, Jacques Sapir sur son blog évoque “le courage d’Achille et la ruse d’Ulysse” en parlant de Tsipras. Il faut en effet du courage pour se présenter, seul contre tous, comme un homme de la gauche radicale dans un environnement entièrement libéral, tel un loup dans la bergerie. Il faut aussi de la ruse pour faire croire au peuple qu’il allait imposer le programme de Thessalonique, et le laisser peu à peu grignoter par “les institutions” sans donner le sentiment d’une trahison.

La partie de poker menteur…

Les événements qui se bousculent dans cette partie de poker menteur inciteraient à la plus grande prudence dans les conjectures. Vendredi 26, annonce du référendum ; mardi 30 annonce d’une reprise possible des négociations mais maintien du référendum de dimanche ; mercredi 1er juillet, il pourrait y avoir une annulation du référendum si l’Europe acceptait de traiter le problème de la dette au lieu de l’aggraver par des prêts inutiles… Et après… ?

La partie de poker menteur…

L’Europe est-elle réellement coincée par la stratégie Tsipras qui déplace la question de la dette sur celle de la démocratie ? Tsipras accepterait-il les conséquences d’un “non” populaire qui le mettrait en demeure de s’opposer à ses adversaires au point de risquer une sortie de l’euro ? L’Allemagne est-elle réellement opposée à l’idée d’accorder à la Grèce de 2015 ce qui a été fait pour elle-même en 1953 ? La conviction que l’austérité finit à la longue par payer n’est-elle qu’une feinte visant un tout autre but que celui annoncé ? Qui donc finira par nous dire que le roi est nu… ?

Le peuple de la rue, au moins celle que je fréquente, sent bien que les enjeux le dépassent, que rien n’est accessible sans un décryptage dont il n’a pas le code, que de toute façon, il sera le dindon de la farce, le menteur de ce jeu de dupe… Il attend dimanche, pour certains en se disant que peut-être il fera beau et qu’ils iront à la plage, pour d’autres en manifestant leur émoi dans la dite rue (une vingtaine de communistes par là, une trentaine d’Antarsya par ici…), mais pour tous avec une angoisse palpable…

Tag(s) : #Grèce