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illustration du caricaturiste grec Georgopoulis
illustration du caricaturiste grec Georgopoulis

Alexis Tsipras, l’homme providentiel et charismatique des 62%, le chantre de la dignité retrouvée, la voix du peuple écrasé par la religion de l’austérité, le leader potentiel de la gauche européenne, Alexis Tsipras n’est plus. Il est politiquement mort, entraîné dans sa chute par son obstination à croire réformables des institutions structurellement irréformables, à proclamer sa fidélité à l’Europe et à son euro de ploutocrates.

Nous pourrions nous en réjouir et penser qu’en rejoignant le camp de la social-démocratie, il laisse le champ libre à la gauche radicale, anti-austéritaire, anticolonialiste et, à terme, au camp des Plans B. Les Alekos Alavanos, les Zoé Konstantopoulou, les Lafazanis, les Manolis Glézos, et tant d’autres, sont enfin libérés de ce leader encombrant. Mais ce camp incarné par le tout nouveau “Mouvement d’Unité Populaire”, initié par l’ex-plateforme de gauche de Syriza, obtiendra-t-il une majorité suffisante pour gouverner après les élections de septembre ? Rien n’est moins sûr…

Nous pourrions nous réjouir de la clarification du débat. On se souvient en effet de l’ambiguïté qui a pesé sur le référendum, les uns y voyant un choix entre Europe et grexit, les autres entre austérité et plan social. Avec la fin de l’ère Tsipras, les choses sont claires : il n’y a pas de politique possible au sein de l’Europe autre que celle énoncée par l’équipe Merkel-Schauble. Voter pour le parti de Lafazanis en septembre, c’est opter pour une rupture avec l’Europe et donc avec l’euro.

Reste à savoir si une majorité de Grecs sont prêts à prendre le risque d’une “décolonisation”. Les réticences sont nombreuses et s’appuient sur des données politiques, économiques, mais aussi culturelles, psychologiques, mentales. Ce que je vois et entends autour de moi se décline ainsi :

- La Grèce, tout petit pays, a joué dans la cour des grands plus d’une décennie. Sortir de cette cour, c’est régresser, redevenir petit, se replier dans le berceau balkanique originel.

- Jamais la drachme ne pourra résister aux monnaies fortes (euro, dollar, yuan…). Un plan B, c’est la fin du rêve consumériste, de la sécurité matérielle.

- Environ 20% de la population ont largement profité du système européen, de ses subventions, de ses capitaux libres de circuler, de la baisse du coût salarial, de la gigantesque braderie, etc. Ces 20% vont s’accrocher à leurs privilèges avec d’autant plus d’énergie qu’ils ont le soutien des médias et de leurs semblables européens.

- Les souverainistes pour la plupart de droite, préfèreront rester isolés plutôt que de pactiser avec des “gauchistes”, avec la “peste rouge du communisme”.

- Les jeunes qui n’ont connu ni la dictature, ni la guerre, ni la famine, et sont pieds et poings liés à leurs Smartphones, leurs voitures, leurs sorties nocturnes, rechigneront à quitter ces “avantages acquis” –souvent grâce à l’argent du grand-père durement gagné à l’étranger.

- Ceux qui ont passé de nombreuses années à trimer dans l’Europe du Nord ont souvent été pris par le mirage occidental, intoxiqués par l’idéologie dominante. A vouloir s’intégrer à tout prix pour survivre, ils ont adopté à l’excès leur pays d’accueil en louant leur mode de vie, en intégrant même les critiques et reproches à l’encontre de leurs concitoyens (voleurs, fainéants, inorganisés, indisciplinés, peu fiables…). Ceux là ne renieront pas facilement cette Europe qui les a accueillis.

- Une part importante des Grecs se refuseront au changement pour la simple raison que l’inconnu les affole. Et il faut bien reconnaître que les différents plans B se sont faits discrets ou ont été soigneusement occultés.

- Pour beaucoup enfin, admettre que les voies de l’Europe, du libéralisme ou de la social-démocratie sont usées jusqu’à la corde, c’est accepter le fait qu’ils se soient trompés, qu’ils aient manqué de discernement, de lucidité, ce qui n’est guère agréable. Il leur faudra beaucoup de courage et une grande humilité pour réaliser leur “coming out”.

Est-ce que tous ces gens là constituent une majorité ou demeurent minoritaires ? Est-ce que la pression du mémorandum 3, la dislocation du paysage politique, l’urgence de l’impasse économique, seront des éléments suffisants pour les faire basculer dans l’autre camp ? Vous le saurez en écoutant les prochains épisodes de la triste saga grecque…