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“Dans ce monde qui va se rétrécissant, chacun de nous a besoin de tous les autres. Nous devons chercher l'homme partout où il se trouve”.

Extraits du discours prononcé par le poète grec Georges Seféris à Stockholm en novembre 1963

Emmanuël-Joseph Sieyès
Emmanuël-Joseph Sieyès

Circulez, il n’y a rien à voir en Grèce… ! Tsipras a réussi un génial coup politique : se faire passer pour homme de l’extrême gauche, amener une majorité de Grecs à voter NON au mémorandum, dire lui-même OUI à ce mémorandum, démissionner de son poste de premier ministre pour éliminer son aile gauche contestataire, revenir au pouvoir en faisant croire qu’il était le seul à pouvoir adoucir la pilule qu’il allait infliger au peuple…

Où donc le jeune, beau et souriant Tsipras a-t-il acquis tant de machiavélisme ? A Bruxelles peut-être, lors de ses cinq mois de négociations, dans les partis politiques qu’il a successivement suivis, quittés, dirigés, rassemblés, certainement.

L’Europe fut une bonne école, en témoigne le prix du citoyen européen qu’elle vient de décerner à Yorgos Vichas, ce cardiologue fondateur du centre médical gratuit d’Ellinikón près d’Athènes. Très en colère, le docteur Vichas a refusé le prix en ces termes : “C’est avec regret que nous constatons combien la priorité de cette Europe, c’est de trouver des milliards d'euros pour les banques privées, tandis qu’elle exerce des pressions pour que la réduction déjà de plus de 50% par rapport aux budgets de 2009 du système national de santé en Grèce, soit encore plus importante prochainement”. […] “Il serait hypocrite de notre part, de recevoir ce prix lorsque cette Europe ferme les yeux sur les nourrissons souffrant de malnutrition, sur les patients atteints de cancer déjà morts, devant le regard rempli de désespoir des patients qui souffrent, des mères qui nous racontent leurs histoires terribles quant à l’abandon dont leurs familles sont victimes, vivant sans électricité, sans eau courante et avec un minimum de nourriture pour une année de plus”.

Quant aux partis politiques qui ont formé Tsipras, que n’ont-ils lu le texte écrit par la philosophe Simone Weil depuis Londres en 1940 : “Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective. Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres. La première fin, et, en dernière analyse, l'unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite. Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration.” [] “Le parti se trouve en fait, par l'effet de l'absence de pensée, dans un état continuel d'impuissance qu'il attribue toujours à l'insuffisance du pouvoir dont il dispose.” […] . “C'est une situation qui ne peut être acceptée qu'à cause de la nécessité qui contraint à se trouver dans un parti pour prendre part efficacement aux affaires publiques. Mais alors cette nécessité est un mal, et il faut y mettre fin en supprimant les partis.” […] “On avoue que l'esprit de parti aveugle, rend sourd à la justice, pousse même d'honnêtes gens à l'acharnement le plus cruel contre des innocents. On l'avoue, mais on ne pense pas à supprimer les organismes qui fabriquent un tel esprit.”

Et Tsipras illustre bien ces propos, lui qui a passionné et rendu espoir à tout un peuple opprimé et aussitôt lui a dénié le droit de penser, de juger, de choisir. Pourtant, nulle guillotine, nulle potence, n’a été dressée sur la place Syndagma pour châtier cet “attentat démocratique”, pas plus qu’à Paris quand le gouvernement français de 2005 a déclaré nulle la vox populi qui s’était exprimée contre le Traité européen.

Si une statue devait être érigée par les politiques d’Athènes, de Paris ou de Bruxelles, ce serait sans nulle doute celle de l’abbé Sieyès qui a enterré l’idée même de démocratie et les idéaux rousseauistes de démocratie directe (du peuple, par le peuple, pour le peuple) dans son discours du 7 septembre 1789 : « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. »

Les hommes politiques de Grèce, de l’Europe et du monde en général, sont les héritiers de l’abbé Sieyès. Ils constituent une “aristocratie” qui s’est arrogée le privilège de faire les lois, de décider à la place d’un peuple sous tutelle. Mais l‘Histoire ne sert à rien, l’expérience des autres ne sert à rien, et ce peuple grec a voté pour une assemblée qu’il aimerait en réalité voir pendue, tout comme le peuple français s’apprête à élire dans les régions un personnel de partis n’ayant d’autre objectif que de pérenniser le système qui les fait vivre.

Jusqu’à quand Rousseau perdra contre Sieyes, la démocratie contre le parlementarisme ?....

Tag(s) : #Politique