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Aujourd’hui un film… et “Demain”… ?

A voir et à conseiller au plus grand nombre : le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, “Demain”, nous présente une compilation d’alternatives opposables à la folie du Monde. Tout y passe, l’agriculture, l’énergie, l’habitat, l’économie, l’éducation, la démocratie... L’esprit du film est essentiellement de répondre aux multiples dystopies chères au cinéma hollywoodien (les catastrophes naturelles, les invasions d’Aliens, les Métropolis, Terminator et autres Planètes des singes…), par la vision d’un monde futur qui pourrait être réjouissant. Ce ne sont pas les solutions qui manquent au regard des impasses écologiques, économiques, politiques, climatiques. Il manque…, il manque quoi au fait ?

Le film s’inspire du mouvement Colibris qui table sur la multiplication de petites initiatives locales, individuelles ou collectives. “Plus nous serons nombreux et plus notre pouvoir d’action sera grand !” C’est là aussi la limite du film car il n’est pas sûr que ces initiatives, même géniales et généreuses, fassent tâche d’huile, que l’union fasse la force, que la prise de conscience individuelle suffise à susciter un Grand Soir quelconque. Nous avons l’expérience de prophètes hors du commun, Jésus, Gandhi, Saint François d’Assise, La Boétie, Proudhon… Il en est tant que chacun peut choisir celui qui lui convient. Mais aucun ne nous a empêchés de mettre l’humanité en réel danger de disparition. Nous sommes aussi inconscients que l’ont été les dinosaures ! Comment l’idéal marxiste, dont on ne peut nier la beauté et la générosité de départ, a-t-il abouti à l’archipel du goulag ? Pourquoi la science et la technologie, capables de nous transporter sur la lune, de fouiller les tréfonds de l’atome, d’éradiquer les pestes antiques, pourquoi sont-elles impuissantes à donner à tous de l’eau pure et le minimum de calories quotidiennes ? Y aurait-il une explication au fait que les savants, les poètes, les philosophes, les sages, qui depuis des millénaires éclairent notre caverne, nous laissent maintenant apeurés et transis face à une oligarchie sauvage et mondialisée, impuissants à renverser la vapeur face à des prédateurs sans autre souci que la croissance de leur chiffre d’affaire?

Aujourd’hui un film… et “Demain”… ?

Ce que le film montre fort bien c’est que nous sommes sur un point de bascule. Un pas de plus dans le même sens fera chuter la planche, mais un pas en arrière aussi ! Tant que l’on montait sur la planche, elle était stable et nous ne pouvions pas comprendre. Nous sommes dans une position aussi instable que paralysante. Il est donc temps de penser, non plus à une transition qui ne supprimerait ni notre planche glissante ni le pivot qui la met en bascule, mais à un changement immédiat, global, radical. Changer de paradigme, passer dans un autre bassin d’attraction, remettre en cause les structures de la pensée, les systèmes d'organisation, les modèles politiques, les fondements même de notre civilisation, c’est un saut à haut risque, un saut dans l’inconnu car nul ne sait ce qu’un nouveau modèle apportera de bienfaits et d’effets pervers. Mais avons-nous le choix ?

Un autre film serait à faire, non plus sur les belles alternatives qui nous maintiennent en équilibre sur cette planche vieillissante, mais sur les projections d’un autre monde possible. Car ces révolutions mentales existent. En partant de la philosophie, de sciences nouvelles, de techniques innovantes, de pratiques originales, une foule de gens se sont confrontés au problème et ont osé des hypothèses ne demandant qu’à être expérimentées. Les utopies ne sont pas mortes, n’en déplaise aux affidés du TINA. Il serait bon de les mettre en lumière, sans attendre que l’homme soit devenu bon par le miracle de la foi, de la médecine, de l’art, ou du saint esprit, sans attendre que nous soyons tous arrivés au bout de l’impasse, contraints à écraser le voisin pour survivre…

L’humanité n’a guère que la peur et l’envie comme moteur du changement. Si la peur peut nous donner des ailes, elle peut aussi nous paralyser, nous enfoncer dans un état de sidération totale. Il reste donc l’envie qui ne viendra qu’à la condition d’avoir en point de mire un lendemain qui chante. Et pour que l’on adhère à ce lendemain, il faut qu’il soit pensable et faisable, bien de ce monde, avec pour acteurs des gens ordinaires, pas des héros ni des saints, avec pour armes des technologies accessibles à tous, pas des soucoupes volantes, un lendemain proche, pas un éden post-mortem… Ecrivains, à vos plumes ! Cinéastes, moteur ! Ingénieurs, sortez vos boites à outils ! Citoyens, relisez La Boétie ! « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux… ! »

Tag(s) : #Utopie