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L’étranger…

L’étranger, c’est l’autre, celui qui vient d’une nation différente. Il est extraneus selon l’étymologie latine, c’est-à-dire du dehors, né hors du pays ou de la famille. L’étranger peut être l’immigré, parfois réfugié, sans papiers et demandeur d’asile, souvent clandestin, toujours suspect de mettre en danger le natif. Dans une famille, l’étranger est au mieux une “pièce rapportée”, rarement une “valeur ajoutée”. Dans un pays, l’étranger a toujours “le cul entre deux chaises”, partagé entre deux cultures, tantôt vache à lait (pour son argent quand il vient en touriste, sa force de travail quand il s’incruste, pour son statut d’alibi quand le politique s’en mêle) tantôt bouc émissaire, repoussoir ou envahisseur. Si l’on observe des enfants dans un parc ou une école, on constate vite qu’ils sont eux aussi sensibles à la différence de couleur ou de morphologie mais jamais à l’origine géographique. Même la langue n’est pas pour eux un obstacle. Qui n’a pas remarqué deux enfants, français et polonais, américain et espagnol, jouer ensemble et converser longuement, mystérieusement sans problèmes ?

De Syrie, d’Afghanistan, d’Irak et d’ailleurs, nous arrivent ces étrangers, et cette fois dans une telle masse qu’ils font la Une des journaux, déstabilisent le roc Merkel, remettent en cause le fonctionnement de l’Union Européenne. Les débats, les générosités caritatives ou militantes, la surveillance des territoires, l’économie, l’équilibre social, rien ni personne n’échappe à la question du “traitement” de ce flux. Les fractures classiques qu’elles soient politiques, idéologiques ou religieuses en sont ravivées.

Et si la seule véritable fracture était entre cette notion de Nation (dont l’une serait sacrée et les autres étrangères) et le sentiment d’humanité qui permet à deux enfants de dialoguer dans deux langues qui s’ignorent ? Une fracture entre la sagesse des enfants et la folie des adultes ? Nous sommes tous ”Charlie”, comme nous fûmes un temps “juifs allemands”, soit. Pourquoi ne serions-nous pas tous “humains”, pour une fois ? Qu’avons-nous perdu depuis le temps où l’on fréquentait les bacs à sable et les préaux d’école ?

Nous n’avons rien perdu, et bien au contraire nous avons appris… appris à compter, à additionner, à soustraire. Grâce à ce savoir que les petits n’ont pas, nous savons ce que valent les choses et les gens. Je vaux tant d’euros par mois, l’immigré me coûte tant, ma culture induit un PIB de tant, la sienne est en rapport dérisoire, ce que je donne à l’immigré vient en moins pour le SDF de chez nous. Le jour où nous réaliserons que nous nous sommes fait piéger par la comptabilité et que nous nous en débarrasserons, alors nous découvrirons la richesse du poète syrien, le savoir-faire du bourrelier afghan, la générosité du burkinabé, l’hospitalité de l’européen !

Tag(s) : #Société