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La jungle de Calais
La jungle de Calais

Hasard de l’actualité: Elisabeth Quin, (Arte, 28 minutes du 7.01.2016) déclare à propos des migrants: « …Des activistes altermondialistes jettent de l’huile sur le feu. On va évoquer les No Border… » Suit un commentaire de Thibault Nolte pour le moins critique sur ce mouvement. Qui sont donc ces activistes ?

Le réseau No Border est un réseau transnational de collectifs et de personnes investies dans les luttes pour la liberté de circulation et l'abolition des frontières. Né en 1999, le réseau s'est depuis étendu à l'ensemble de l'Europe et s'est doté d'un site relayant les différentes initiatives. Des groupes No Border ont vu également le jour hors de l'Union européenne, comme en Australie, au Mexique, en Ukraine ou en Turquie. Fonctionnant sur le principe autogestionnaire et anti-hiérarchique, le réseau est dépourvu de structures dirigeantes et de leaders.

Les No Borders sont considérés par les autorités mais aussi par la plupart des médias comme de dangereux activistes, violents, attisant les tensions, profitant de la faiblesse des migrants pour diffuser des idées anarchistes et affaiblir des institutions et principes aussi essentiels que les États, la propriété privée, la Justice…

"On a vu les migrants être informés, et même formés à certaines techniques", s'alarme Laurent Pourceau, syndicaliste policier de la région calaisienne, dans une interview à Libération (11.11.2015)

"Il y a des militants No Border qui ont été identifiés, qui profitent du désarroi, de la détresse de ces migrants, qui instrumentalisent cette détresse, et les poussent à faire n'importe quoi", Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l'Intérieur (septembre 2015).

« C’est un phénomène assez récent ces squats. Depuis août 2012, des No Borders, qui ne sont même pas français, se sont installés de façon pérenne, ils entrent par effraction dans des immeubles, des maisons, appartenant à des propriétaires privés ou à des collectivités. (…) C’est un scandale, nous sommes dans un État de droit et ce sont des étrangers qui viennent perturber notre cité et la vie des Calaisiens », déclare Natacha Bouchart, maire de Calais, en juillet 2013.

« Les No Borders sont des contestataires, ils sont à 90 % dans l’illégalité » ajoute Philippe Mignonet, adjoint à Calais.

En juillet 2013, La Voix du Nord publie un long article ambigu décrivant à la fois des actions louables des No Borders et des plaintes d’associations humanitaires. Une militante de l’association Salam aurait déclaré : « Ils se font servir par les migrants sur les lieux de distribution. Sous prétexte d’être anarchistes, ils ne rangent pas leur plat. (…) Ce sont pour la plupart que des étudiants étrangers tranquilles dans leur université et qui viennent s’encanailler ici pendant les vacances ».

Cette réputation sulfureuse des No Borders vient à l’évidence de deux choix idéologiques jugés d’une dangerosité extrême : l’absence de structure hiérarchique en leur sein et leur haine des frontières.

Mine d'uranium de Trekkopje, Namibie.
Mine d'uranium de Trekkopje, Namibie.

Le hasard de l’actualité faisant bien les choses, je tombe ensuite sur un article de Médiapart expliquant “le jeu trouble d’Areva en Namibie”. Trouble et cosmopolite, le réseau d’Aréva est en effet plus étonnant, voire détonnant que No Border, bien plus irrespectueux des frontières et des États que les Anarchistes !

Les principaux acteurs :

-Anne Lauvergeon, ex PDG d’Aréva

- Olivier Fric (un patronyme qui ne s’invente pas), époux d’Anne Lauvergeon, consultant payé par la division mines d’Areva

-Sébastien de Montessus, directeur de la division mines d’Areva

-Daniel Wouters, banquier belge, dirigeant d’UraMin, société rachetée par Areva.

- Zéphirin Diabré, Burkinabé, consultant pour Anne Lauvergeon, fondateur de la société Songaï en Namibie.

-Serge Laffont, ancien collaborateur d’Anne Lauvergeon au sein du gouvernement Mitterand, directeur de Songaï.

- Haddis Tilahum, propriétaire d’une société d’hôtellerie en Afrique du Sud (United Africa Group), proche d’Olivier Fric, se fait offrir un yacht de 7,5 millions d’euros par Daniel Wooters.

- Martha Tilahum, épouse du précédent, femme d’affaires.

- Niko Sheffer, trafiquant israélien, intermédiaire entre Songaï, UraMin, Aréva…

- Patrick Gidon, négociant français qui finance largement son ami Olivier Fric... etc.

A ce jour, la mine fantôme de Trekkopje en Namibie a été abandonnée par Areva faisant perdre 1,8 milliards d’euros à la société, sans compter les millions dépensés en pots de vin, prestations douteuses, emplois de complaisance, etc. Pour une société dont les principaux actionnaires sont le CEA (54,37%) et l’État français (28,83%), on pourrait lui retourner la critique faite à No Border par l’adjoint au maire de Calais : "Areva en Namibie est à 90% dans l’illégalité" ! J’ai tenté de dessiner un organigramme reliant les différents acteurs d’Areva, les filiales, les consultants et intermédiaires douteux, les partis politiques et les États, mais les flèches de liaison ont très vite rendu l’ensemble illisible.

Que l’on soit d’accord ou pas avec les thèses défendues par No Border et les actions qu’il revendique, ce sont de tous petits joueurs au regard d’Areva. Cette multinationale employant plus de 40 000 personnes dans 250 filiales sur les cinq continents est sûrement plus nocive qu’une poignée d’anarchistes. Elisabeth Quin en parlera-t-elle un jour dans son émission avant que la justice n’abandonne les poursuites intentées contre Areva et Anne Lauvergeon faute de preuves, sous la pression d’un régiment de juristes de haut vol ou par le chantage économique qu’une telle entreprise peut exercer sur un État ?

Tag(s) : #Politique