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Génial plancton!
Génial plancton!

Le débat sur l’énergie est souvent aussi complexe que conflictuel. Les tenants du nucléaire défendent la rentabilité de ces grosses structures et leur faible émission de carbone. Les écologistes, anti nucléaires s'y opposent au nom des risques dans les centrales et des déchets radioactifs dont personne ne sait que faire, mais se déchirent entre eux au sujet des éoliennes et du photovoltaïque qui n’ont pas que des avantages. Le collectif Négawatt semble mettre tout le monde d’accord en préconisant 50% d’économies sur la consommation mais se met à dos une bonne part des écologistes, sur les techniques de productions électriques alternatives, et des pro-nucléaires, sur la folie d’une décroissance en terrain capitaliste. Dans ce débat souvent très technique, on se déchire sur le calcul de l’énergie dépensée par une éolienne, différente selon que l’on se limite à l’énergie de fonctionnement ou à “l’énergie grise” (celle qui intègre la production, l’extraction, la transformation, la fabrication, l’entretien, le recyclage…). On s'étripe sur les nuisances écologiques en comptant le nombre d’oiseaux tués par les palles, le nombre de décibels émis par kWh produit. Les uns applaudissent à l’idée de couvrir les routes de panneaux photovoltaïques, les autres s’esclaffent devant la rentabilité comparée d’un panneau incliné par rapport à un panneau horizontal et calculent les dégradations inévitables des taches d’huile, des traces de pneus, des détritus divers.

Nous pourrions nous dire qu’il n’y a pas de production d’énergie propre et qu’il faut choisir entre le bénéfice de l’électricité et la pollution que cela implique. Mais ce choix est impossible ou du moins, souhaité par personne. Les tenants du nucléaire l’ont bien compris en faisant sans cesse allusion à la fameuse bougie éclairant nos cavernes en cas d’arrêt des centrales. Ceux que l’on accuse de se faire des illusions sur les miracles technologiques, renvoient à ceux qui proposent une “production verte” qu’il est tout aussi illusoire de croire à la pureté du vert. Face à ce conflit d’intérêt majeur et insoluble, il semble raisonnable de refuser le combat et de chercher les solutions ailleurs.

Or, nous ne sommes pas complètement dénués d’exemples, de fonctionnements qui sortent de ce conflit d’intérêt insoluble. Après tout, la nature fournit à tous les vivants une fabuleuse énergie, gratuite, renouvelable, sans aucun déchet. Il suffit de six molécules de dioxyde de carbone (CO2) et six molécules d’eau (H2O) pour synthétiser une molécule de glucose (C6H12O6), relâchant six molécules de dioxygène (O2) grâce à la seule énergie lumineuse. C’est ce que l’on appelle la photosynthèse qui permet à des protéines d’absorber de la lumière pour produire des bactéries, des végétaux, des hommes et des vaches, des forêts tropicales et des ratons laveurs… Le biomimétisme est une science trop récente pour que nous ayons appris à faire aussi bien que la nature sur le plan énergétique. Pourtant, il semble bien que le modèle devrait être adaptable à notre frénésie humaine de production, d’invention, de consommation. Certes nous sommes plus gourmands que l’ormeau, plus voraces que le requin, plus inconscients du renouvelable que la crevette. Mais essayons au moins de tirer quelques enseignements de la politique énergétique pratiquée depuis quelques millions d’années dans la nature.

1° La photosynthèse n’est pas concentrée dans des centrales mais répartie à tous les échelons du vivant, du microscopique plancton à l’éléphant. Il serait donc logique que nous arrêtions de fabriquer d’énormes EPR et de distribuer l’énergie sur de grandes distances en en perdant mécaniquement 20%. Il serait temps de se réapproprier notre problème énergétique au lieu de le confier aux États, aux multinationales, aux banques.

2° La nature n’a pas besoin d’une technologie de pointe, de laboratoires sophistiqués, de terres rares, de mines et forages destructeurs. La simple formule 6 CO2 + 6 H2O + lumière = C6H12O6 + 6 O2 lui suffit à produire l’ensemble de ce qui est nécessaire au vivant. Il serait donc logique que nous privilégions des techniques simples, non de complexes réacteurs, que nous utilisions le système déjà existant en le développant (biomasse, micro-algues, etc.)

3°La nature n’est pas cotée en bourse et n’est financée par aucune banque. En attendant que nous ayons l’intelligence d’abolir l’encombrant et nuisible outil monétaire, il serait temps que l’on privilégie la recherche des techniques délocalisées, propres, douces, partageables. Elles existent mais sont étouffées par choix politique (la nature se passe de gouvernance), par l’obsession du profit financier (la nature donne accès mais ne vend ni échange rien). Les pistes sont nombreuses, allant de l’arbre OGN luminescent qui éclaire les rues, à la fusion froide qui promet une énergie individuelle et non polluante, en passant par le moteur Stirling qui récupère l’énergie existante au lieu de la créer…

Le seul problème qui se pose à ce renversement technologique fondamental est un problème mental. Il faudrait arrêter de nous croire investis de la mission divine de “dominer la terre, de soumettre les animaux” (Genèse 1, 28), de nous prétendre plus malins que l’ormeau ou l’amibe, de nous cramponner à des systèmes monétaires, politiques, sociaux, au bout du rouleau historique…

Tag(s) : #Ecologie