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L'argent assoiffe...

Un projet ambitieux vient d’être lancé par un jeune toulousain de 25 ans, Thomas Kacou, fondateur de la startup “ItsAboutMyAfrica”. Il a ouvert une plateforme de crowdfunding destinée à financer l’accès à l’eau potable pour un tiers des 300 millions d’Africains qui en sont dépourvus. Il propose l’achat et la distribution de “valises” fabriquées en France par la société Sunwaterlife, les Aqualink UF. Il s’agit d’un système de purification d'eau par ultrafiltration autonome et mobile, qui produit de l'eau potable (300 L/h) à partir d'un point d'eau douce contaminée (mare, lac, rivière, puits). Il est alimenté en énergie solaire par des panneaux photovoltaïques pliants. Aqualink UF alimente 600 personnes en eau potable par jour et revient à 3500€ HT. L’ensemble de l’opération nécessiterait un milliard d’euros.

Un tel projet semble techniquement faisable et indéniablement salutaire. L’équipe de Sunwaterlife est jeune et dynamique, Thomas Kacou, ne manque ni d’entregent ni de savoir-faire. Son enthousiasme est soutenu par un pragmatique mélange d’humanitaire et d’ambition économique. Il a donc tout pour réussir… et c’est ce qui m‘a incité à penser le projet sous l’angle de la “désargence”.

L'argent assoiffe...

Le système monétaire (et l’impératif des profits financiers qui va avec) impose l’appui d’une société privée de haute technologie. Celle-ci doit se protéger par des brevets, calculer au plus juste ses investissements et les salaires pour récolter une plus-value. Sur place, l’usager ou son représentant politique devra payer 50% de frais de douane pour importer le produit, le transport du matériel, les professionnels qui vont distribuer les kits d’épuration, en expliquer le fonctionnement, en assurer l’entretien. Une telle technologie est naturellement susceptible de pannes, de dysfonctionnements, de mésusages. Il faudra donc assurer sur place ou dans le pays du fabricant un service après-vente dont la rentabilité reste à démontrer. Le milliard que coûte l’opération pour le seul continent africain paraît énorme au regard de procédés plus simples (une pompe manuelle coûte 300€, un forage en eau profonde 1000€). Il n’est donc pas sûr que Thomas Kacou fasse l’unanimité et soit en mesure de réunir la somme qu’il réclame. S’il y parvenait, il est probable qu’une bonne partie de ce milliard disparaîtrait dans quelques poches indélicates de politiciens, d’intermédiaires et d’escrocs en tous genres. Les Africains ne sont pas près d’avoir tous accès à l’eau potable !

Tous les pays d’Afrique sont pourtant capables de fabriquer de telles valises si les plans en sont fournis gratuitement. Ils ont les techniciens, les matériaux, l’énergie. Dans un système économique a-monétaire, chaque village, chaque quartier de ville pourrait avoir un système fixe (et non une valise) utilisant les mêmes procédés. L’eau sous forme de pluie, d’eau de surface, de nappes souterraines ne manque pas en Afrique (les réserves aquifères les plus vastes se situent dans les régions les plus sèches, notamment au Soudan et au Tchad, le paradoxe est bien connu...). L’avantage du procédé c’est qu’il permet aussi le recyclage des eaux usées. Il offre donc une distribution de l’eau décentralisée (par unité de 600 personnes), rend inutiles les réseaux de canalisations coûteux en pose, entretien, gaspillage, et les stations d’épuration collectives qui réclament une lourde infrastructure. Sans l’outil argent, un tel projet pourrait être réalisé en quelques années, avec une empreinte écologique bien moindre, et à l’inverse, une responsabilisation de tous dans cette chaine de production, depuis les fabricants locaux aux utilisateurs, en passant par ceux qui vont en assurer la maintenance. L’intelligence, l’enthousiasme de telles startups ne se gaspillerait plus en vaine recherche de financement, de profits, en frais de taxes, de salaires, de publicité… Ils trouveraient immédiatement les volontaires pour fabriquer, installer, entretenir des outils aussi nécessaires. Si la technologie annoncée est réellement performante (ce que je ne juge pas ici), si la startup est aussi généreuse et utile qu’elle le dit (ce dont je ne doute pas), en très peu de temps le continent africain se couvrirait de systèmes d’épuration de l’eau, ce qui réduirait considérablement les maladies hydriques, le choléra, la typhoïde, la diarrhée…

L'argent assoiffe...

La banque africaine de développement affirme qu’il faudrait consacrer l’équivalent de 11,5 milliards d’euros par an pour créer ou renforcer des infrastructures de distribution et d’assainissement. Le projet alternatif de Thomas Kacou est bien plus intéressant puisqu’il ne nécessiterait que 3 milliards pour le même résultat. Mais une révolution sociale qui limiterait la publicité et utiliserait les bénéfices ainsi opérés pour donner l’accès à l’eau aurait les moyens immédiats de régler le problème au niveau mondial. Imaginons alors ce qui serait possible si l’argent était aboli, si plus personne n’était soumis à la tyrannie de la plus-value, si nous abandonnions l’échange commercial au profit de l’accès aux biens disponibles….

Tag(s) : #Afrique Désargence