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Ils nous empêchent de rêver, on va les empêcher de dormir...

Slogan

Les étudiants, le rêve et El Khomri...

Ce slogan entendu dans les manifestations contre la loi El Khomri sonne comme un étendard ! En quelques mots, il nous annonce la fin d’un monde, l’aspiration à d’autres paradigmes, l’impuissance des gouvernants, l’absence de perspective des politiques. Nos sociétés ont évolué sur une planche inclinée, posée en son milieu sur un axe fixe. Nous nous élevions sans souci, vers la croissance continue, l'ascenseur social, la productivité compétitive, le plein emploi, une Europe pacifique, des technologies riche en promesses. Ceux qui gouvernent, qui enseignent, qui créent, qui produisent, n’ont connu que ce morceau de planche qui montait vers un avenir radieux, sans percevoir qu’ils arrivaient à un point de bascule où la planche allait changer de sens. Ils ne voient pas, ou ne veulent pas voir l’impossibilité mathématique d’une croissance infinie dans un monde fini, ce chômage qui devient une norme et qu’aucun plan, aucune loi, aucun programme ne résoudra. Ils refusent d’admettre que la forme politique traditionnelle, avec ses partis, avec ses assemblées de riches sensés voter des lois pour les pauvres, avec ses couteuses élections qui ne représentent plus grand monde, est définitivement obsolète. Ils analysent le monde et imaginent des solutions comme si le numérique n’avait pas encore été inventé, comme si les désordres climatiques étaient pour le siècle prochain, comme si les inégalités sociales étaient encore supportables. Le monde selon Monsanto nous détruit à petit feu, le monde selon Tsipras a tué la gauche radicale, le monde selon Rockefeller a privé de pouvoir politique toutes les structures anciennes.

Pour s’en convaincre, il suffit de lister les titres proposés par n'importe quel journal, Médiapart par exemple : Ce 19 mars 2016, on apprend qu’ « au nom de la libre circulation des marchandises, Bruxelles a laissé prospérer en Europe un marché de vente d'armes… ». Un enfant du primaire comprend que “Bruxelles” est un repère de lobbies assoiffés de profits financiers. On nous parle d’« un accord entre l'UE et la Turquie pour freiner les arrivées de migrants et réfugiés… ». Un enfant comprend que personne ne freinera le flux des migrants chaque jour plus dense à cause du pétrole, de l’uranium ou d’une hégémonie géostratégique. D’ailleurs, si nos gouvernants européens le voulaient, il leur serait facile de recenser les bonnes volontés locales et individuelles, puis d’affréter des trains entre Idomeni et l’Allemagne, des bateaux entre Lesbos et la Catalogne ou Marseille. Bien abrités derrière des formalités administratives et des règlements internationaux, les politiques ne trouvent d’autre solution que de transformer la Grèce déjà exsangue en un immense camp, de verser quelques milliards à la Turquie qui n’a ni les moyens ni l’envie de prendre soin de réfugiés déjà en surnombre. Côté politique, Médiapart nous offre sous le titre « Les démagogues volent en escadrille », quelques exemples de l’indécence de dirigeants, aussi près du peuple que le loup peut être près du mouton ! Je passe sur les commissaires-priseurs pris les doigts dans la confiture, sur les médecins hospitaliers qui se suicident par impuissance à lutter contre les logiques comptables de leur direction…

Et l’on voudrait que les jeunes continuent à y croire ? On voudrait que les étudiants suivent sagement leurs cours, avec pour seul avenir une succession de CDD ou de stages bidons, et sans empêcher de dormir ceux qui leur ont légué pareil monde ? Quel homme politique aujourd’hui fait rêver ? Quel programme politique est aujourd’hui crédible ? Les vieux grimpent les derniers centimètres de planche montante et poussent devant eux des jeunes sur le côté descendant de la planche ! Les jeunes vont quitter la planche, sauter ailleurs et laisser tomber la compétitivité pour cultiver du poireau bio, ouvrir des magasins gratuits, construire des villes en transitions. Ils vont se regrouper en ZAD, ils vont mettre à disposition au lieu de vendre, travailler moins pour s'activer plus, instaurer la démocratie directe et mettre leurs bulletins à la poubelle de l’Histoire...

Je suis vieux, mais en ayant réussi à n’être pas totalement adulte, puisque je rêve encore d’une société sans argent, sans guerres, sans impasses. Alors quand j’entends ces jeunes lancer de tels slogans, je rajeunis de quarante ans, je suis pris de moments de fièvres. Le néolibéralisme mondialisé n’est pas la fin de l’histoire. On peut encore sauter de la planche devenue glissante, cesser de réclamer un meilleur pouvoir d’achat et s’autoriser à imaginer ce que radicalité veut dire…

Tag(s) : #Politique