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Revenu de base, panacée ou fausse bonne idée… ?

En décembre 2015, le Conseil Régional d’Aquitaine a proposé l’expérimentation d’un Revenu de Base. Le 11 janvier, la députée PS Delphine Batho, a déposé un amendement au projet de loi sur le numérique, demandant au Gouvernement la rédaction d’un rapport sur le Revenu de Base et sur sa faisabilité économique. La Finlande, la Suisse, la Belgique, et quelques autres pays, y réfléchissent. L’idée d’instaurer un Revenu de Base, universel et inconditionnel, fait son chemin, et pas uniquement chez les écologistes ou au sein de la Gauche radicale. Ce qui ressemble à une revendication “socialiste” est tout aussi défendu par des gens clairement de droite, voire résolument néolibéraux. La Fondation Rockefeller, que personne ne songerait à qualifier de philanthropique ou d’humaniste, préconise un revenu minimum garanti, ne serait-ce que pour sauvegarder une “paix sociale” indispensable à la bonne marche des affaires.

Une telle unanimité, de la gauche la plus radicale à la droite la plus réactionnaire peut étonner, voire inquiéter. Le Revenu de Base, une panacée ou une fausse bonne idée ? Faire un petit point sur la question n’est donc pas inutile. A priori, que chacun soit assuré sa vie durant d’avoir de quoi manger, se loger, se vêtir, peut faire rêver, surtout si l’on songe au drame que représente le fait de vivre dans une société capitaliste, sans accès au moindre capital ! En outre, le coût financier d’une telle avancée sociale serait dérisoire puisqu’elle supprimerait par ailleurs l’organisation du RSA, du chômage, du SAMU-social, et bien d’autres prestations. Certains y voient l’avènement d’une société de partage, la fin du “tout marchand”, la gratuité pour l’essentiel. Le dumping social, qui est alimenté essentiellement par la nécessité de travailler pour vivre, serait sérieusement réduit si l’ouvrier exploité pouvait dire adieu à son patron. Enfin, un tel projet au niveau international induirait une réduction considérable des flux migratoires. Pourquoi un Somalien ou un Congolais quitterait-il son pays s’il avait de quoi vivre chez lui ? (Le Revenu de Base des pays pauvres pourrait même être financé par les pays riches et les deux y trouveraient leur compte).

Pourtant, on peut légitiment faire du Revenu de Base une lecture radicalement différente. Au-delà de 1 000€ il ne serait pas finançable ; en dessous de 700€, il risquerait d’appauvrir la partie de la population la plus précaire. L’ambition avouée du néolibéralisme étant en effet de désengager l’État de toute solidarité, la fin de la sécurité sociale, des allocations familiales, des aides au logement…, serait vite annoncée. Et ceux qui imaginent que le Revenu de Base s’ajoutera à ce qu’ils perçoivent par ailleurs, ne voient pas qu’il viendra en partie ou en totalité s’y substituer. À 700 ou 800€ (après négociation avec les généreux décideurs), la liberté de travailler ou pas est illusoire quand les loyers et l’alimentation en consomment l’essentiel. La revendication du Revenu de Base est une double défaite : celle de la pensée écologiste et celle de l’action révolutionnaire ! Défaite écologiste parce qu’elle étouffe toute revendication de qualité de vie pour “une poignée de dollars”, défaite révolutionnaire parce qu’elle offre une planche de salut au capitalisme face à toute remise en question plus radicale.

Le Revenu de Base est, une fois de plus, une fausse alternative à la misère, un sparadrap qui empêche de voir la plaie, et plus encore, la violence qui a provoqué cette plaie. Cette “avancée sociale” visant à guérir les maux structurels du capitalisme repoussera d’autant la remise en cause du système. Offrir des soins gratuits à l’ouvrier qui doit s’exposer à de fortes doses de radioactivité, c’est sympathique mais sert d’alibi pour que ces mises en danger perdurent. Offrir un salaire minimum au salarié, s’est reconnaître que seuls les besoins vitaux lui sont nécessaires et lui nier le droit à la culture, aux loisirs, au superflu. Assurer tout le monde d’un Revenu de Base est certes tentant, mais seulement si l’on accepte qu’il y ait des très pauvres et des très riches (en appelant cela le partage !). Si des gens de gauche le défendent, ils le font sans doute par empathie. Quand les tenants du néolibéralisme l’encouragent, on peut raisonnablement penser qu’ils le font pour préserver leurs privilèges. Oublier cela, c’est croire à une médaille qui n’aurait pas de revers !

Pour éviter le revers de la médaille, il est tellement plus simple de se passer de la médaille. En l’occurrence, organiser une société sans argent est le plus sûr moyen d’ouvrir l’accès des biens à tous, que ces biens soient indispensables ou superflus, prosaïques ou poétiques !

Tag(s) : #Société