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Débordement des paysans crétois
Débordement des paysans crétois

Une manifestation n’est ni une procession rogatoire, ni un carnaval. C’est la confrontation entre deux intérêts divergents, entre un groupe particulier pensant avoir de bonnes raisons de protester et un pouvoir qui paye des forces de l’ordre pour réprimer sa contestation. Il est légitime de choisir pour stratégie la non-violence ou à l’inverse un violent passage à l’acte, mais il serait vain de revendiquer des rapports pacifiés dans ce qui ne sera jamais qu’un rapport de force. D’un côté de la rue il y a ceux qui sont prêts à prendre des risques pour faire entendre leur message, de l’autre il y a ceux qui sont payés pour que les choses restent en l’état. C’est cette constatation élémentaire qui rend ridicules les traditionnelles manifestations syndicales, dotées d’un puissant service d’ordre chargé d’éviter tout conflit dans ce rapport de force. Entre le service d’ordre type CGT et les CRS, il n’y a pas une divergence stratégique mais bien une alliance objective visant à étouffer le rapport de force, ce qui ne sert in fine que l’État.

Dans une manifestation, il ne peut y avoir qu’un vainqueur, les manifestants qui font reculer le gouvernement ou le gouvernement qui désamorce la revendication. Le match nul ne peut être qu’illusoire puisqu’il consiste à se réjouir d’une “forte mobilisation” d’un côté et à se congratuler de l’autre côté de l’extinction du feu révolutionnaire. Il n’y a donc pas de manifestation “familiale”, “bon-enfant”, qui puisse s’enorgueillir d’une victoire, ni même d’un match nul. On entend souvent les journaux parler de “débordements” quand le rapport de force s’est exprimé (soit par les casseurs, soit par les exactions policières), terme qui a généralement pour objectif de dissocier les casseurs de la manifestation ou de démontrer qu’il y a eu dérapage dans une partie du cortège. En réalité, ces “débordements” sont inhérents au rapport de force qui s’est établi du fait de la manifestation et l’absence de ces débordements ne pourrait rien signifier d’autre qu’un rapport de force n’a pas été établi et que la situation dénoncée va obligatoirement perdurer.

Procession rogatoire
Procession rogatoire

On peut donc pousser la réflexion jusqu’à dénoncer les médias qui utilisent ce terme de “débordements”, soit comme le signe d’une méconnaissance du caractère même de toute manifestation, soit comme le signe d’une allégeance de leur part au pouvoir. On peut aussi aller jusqu’à dénoncer les organisateurs de manifestations sans débordements de tromperie sur la marchandise, de simulacre de lutte. Cela ne signifie pas que le rapport de force soit indispensable à toute forme de manifestation. Une Nuit debout, par exemple, peut très bien ignorer royalement le monde qui l’entoure, son système, ses grands prêtres, elle peut échanger sur les diverses visions d’un monde meilleur que l’on souhaite, et différer le moment d’établir le rapport de force en un autre temps. Mais dès que les occupants de la place évoqueront une mise en acte, dès que le système se sentira menacé, les “débordements” réapparaitront, du fait d’un groupe agressif, de la détermination de non-violents ou de la peur soudaine d’un préfet, d’un ministre de l’intérieur. Hors de cela, il n’y a que carnaval ou procession rogatoire ! …

Tag(s) : #Révolution