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Nuit debout sans argent?

Après la Puerta del Sol, la place Tahrir, la place Taksim, la Révolution des parapluies, le grand espoir du référendum grec de 2015, tous les Occupy-Street aux USA, etc., le mouvement “Nuit Debout” relance la contestation d'un monde qui ne veut pas plus de nous que nous voulons de lui. Mais après l'essoufflement de tous ces mouvements, voire leur récupération par les tenants du vieux monde, je me demande si le seul objectif de la loi El Khomri peut catalyser suffisamment cet élan et éviter le gâchis de toutes ces générosités et de toute cette énergie. Je me dis que cet essoufflement prévisible vient essentiellement d'un manque d'objectif à la fois symbolique et global. Le point de départ (une loi inique sur le travail) est légitime, mais quand on sait qu'il n'y aura plus jamais de plein emploi, que le néolibéralisme a déjà gagné la lutte des classes, qu'il s'est mondialisé, qu'il a fait de chacun de nous un allié consentant et désarmé, il n'est pas suffisant.

Depuis plusieurs années je milite pour un changement bien plus radical, pour une lutte qui priverait l'adversaire capitaliste de son pouvoir insensé. Certains militent pour un Revenu d'Existence qui certes soulagerait bien des misères particulières, mais n'éradiquerait pas plus la misère que les Restos du Cœur qui voient le nombre de leurs "clients" augmenter sans cesse. Une Révolution ne réussit qu’à trois conditions : qu’elle arrive au bon moment, ce qui est le cas ; qu’elle concerne la grande majorité des citoyens et la totalité des problèmes, ce qui n’est pas du tout le cas de la loi du Travail ; qu’elle s’invente une symbolique aussi forte que la Bastille de 89 ou la marche du sel des Indiens, ce qui est presque fait (avec cette idée de Révolution des Places qu’il faut cultiver).

Pour répondre au deuxième critère, le seul moyen est de remonter à la cause des causes, à la cause première. Qu’est-ce qui est plus central, plus général, plus impactant, plus radical que l’argent qui donne l’arme absolue à l’adversaire, qui pervertit n’importe quel système, qui pourrit n’importe quel politicien (voir Tsipras). Or, il est possible aujourd’hui de se passer d’outil d’échange, car nous avons les moyens d’organiser l’accès pour tous à ce qui nous est nécessaire, car nous savons produire en quantité suffisante. Toutes les impasses qui paralysent les mouvements contestataires autant que les gouvernants (impasses économique, climatique, écologique, sociale, politique, etc.) sont solubles sans l’outil monétaire, insolubles tant qu’il y aura des profits financiers à réaliser.

Voilà une idée qui paraît folle quand on la découvre, qui fait sans doute peur quand on réalise à quel point elle est radicale, mais qui est évidente dès que l’on accepte d’y réfléchir. Voilà qui pourrait donner un sens, un objectif à toutes les luttes qui éclatent ici et là de par le monde et s’étiolent faute de globalité suscitant une synergie entre tout et tous, qui ouvrirait le champ des possibles dans ce monde d’impuissance mondialisée !

Pour découvrir cette intuition, y réfléchir et comprendre comment et pourquoi elle est bien moins utopique que les promesses gouvernementales, que les programmes politiques, et même que les alternatives qui font si rarement tache d’huile,

un roman : Le Porte-Monnaie, une Société sans argent, éditions Libertaires, (2013)

Tag(s) : #Révolution!