Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Une loi contre la pub pour enfants… ?

Lors d’un débat sur le “parcours de la loi” (en l'occurrence, la proposition de loi visant à supprimer la publicité dans les programmes jeunesse à la télévision), un échange de points de vues entre les élèves de seconde d’un lycée professionnel et leur enseignante donne à penser :

  • Kader (un élève): mais madame, on ne peut pas supprimer les publicités pour les enfants à la télé, surtout celles sur les jouets.
  • L’enseignante : Ah bon? Pourquoi?
  • Kader: Ben, comment les enfants ils vont faire après pour avoir des idées de cadeaux à Noël?
  • L’enseignante: …!!!
  • Mina (une autre élève): Les parents pauvres, de toute façon, ils ont pas le choix. Ils sont obligés que leurs enfants ils regardent la télé parce qu’ils ont pas les moyens d’acheter des jouets à leurs enfants, donc leurs enfants s’ennuient, donc ils peuvent que regarder la télé pour s’occuper.
  • L’enseignante : Ils pourraient écouter de la musique à la place.
  • Kader: Ben non, puisqu’ils sont pauvres, ils peuvent pas écouter de la musique
  • L’enseignante: Pourquoi?
  • Kader: Ben, évidemment parce qu’ils ont pas de téléphone portable pour en écouter !!!

La logique est parfaite : Un enfant pauvre n’a pas accès à la musique qui ne peut s’écouter que sur téléphone portable. Il n’a pas non plus de jouets mais il a la télé pour se distraire. Il voit donc des jouets dans les publicités télévisées et peut ainsi choisir des cadeaux de Noël qu’il n’aura pas, faute de moyens financiers dans la famille.

Les enfants ont parfaitement perçu les phénomènes d’exclusion sociale et de frustration propre au capitalisme. Mais ils en ont à ce point intégré le dogme qu’ils n’imaginent pas d’autres réponses possibles. Que l’on ait accès ou pas aux biens de consommation proposés, il faut en avoir connaissance pour savoir ce que l’on rate ! Les outils permettant l’accès aux biens comme à la culture sont eux-mêmes inaccessibles sans un niveau de vie suffisant, hormis la télévision, et c’est normal…

Une loi contre la pub pour enfants… ?

L’enseignante semble rester pantoise devant tant de naïve acceptation du système : expulsés d’un modèle de société qui s’étale sous leurs yeux avec ostentation et en tous lieux (à la télévision familiale mais aussi dans le centre-ville, le supermarché, la gare, le jardin public…), les enfants se contentent des miettes virtuelles qui en tombent sous forme publicitaire.

Comment s’étonner si un jour ou l’autre, ils rencontrent un autre discours qui donne enfin un sens à leur vie, qui leur propose une sortie honorable, une explication simple à ce qui les entoure, un rêve qui soit enfin accessible ? Tout bon Gourou, qu’il milite pour Daesh, la Scientologie, les Aliens…, sait combler le vide abyssal de tels enfants pour en faire des marionnettes heureuses. Rachid Benzine (islamologue, politologue et enseignant), expliquait dans l’émission d’ARTE, 28 minutes, que Daesh propose un rêve d’unité (le kalifat au lieu de la communauté ostracisée), un rêve de dignité (au lieu de l’humiliation aux marges de l’Occident), un rêve de pureté (voire la purification au lieu de l’insignifiance), un rêve du salut (global et personnel au lieu de l’impasse). Que peut faire l’école contre une telle proposition ? Que peut cet État qui contredit sans vergogne la devise inscrite aux frontons de ses écoles ? L’enseignante, conclut son récit désabusé par la constatation que « l’école républicaine a du pain sur la planche... ».

Il faudra bien se résoudre à affronter le problème en son point de départ : tant qu’il y aura des profits financiers à réaliser, il y aura de la publicité mensongère et frustrante. Tant qu’il y aura de l’argent, il y aura de l’inégalité, des riches avec IPhone et concert à l’Opéra et des pauvres abrutis de télé. Tant que tout échange de biens ou de culture sera traduit en valeur marchande et comptabilisé, certains élèves s’ennuieront copieusement dans leur seconde (pour ceux qui n’ont pas abandonné avant) avec pour seule occupation l’opposition frontale contre tout ce qui représente le monde adulte et la culture dominante… Sans le système barbare de l’argent et de la marchandisation de tout, sans le gaspillage éhonté de la moitié de nos productions, mais au contraire avec un accès libre et sans condition à tout ce dont notre technologie et notre productivité sont capables de créer, Mouna et Khalys n’auraient sans nul doute ni ce comportement, ni ces regards de myopes sur le monde, ni cette fragilité qui en fait des proies faciles pour tous les prédateurs idéologiques… Leurs prénoms auraient enfin un sens (khalys=celui qui est droit, pur, sincère, et Mouna = celle qui désire, qui souhaite) !

Quand donc suivrons nous les conseils éclairés de Rachid Benzine en proposant un projet politique plus puissant que la publicité télévisée, un projet réaliste puisque nous en avons les moyens techniques, un projet qui fasse rêver autant ceux qui sont debout la nuit que ceux qui sont couchés le jour sur un banc d’école… !

Tag(s) : #Société