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La beauté de l’Économie Solidaire

Le GES Reliance (groupement d'économie solidaire) basé à Sainte-Tulle (Alpes-de-Haute-Provence), réunit les structures Porte Accueil, Ressourcerie de Haute-Provence, Provence-Alpes Formation et l'association Lien Vert, (pour un total de 72 salariés, dont 40 en insertion). Le groupement traverse «une crise de croissance, de puberté» comme l'ont commenté les responsables du conseil d'administration au début d’avril. Le directeur Bernard Elefterakis explique la situation : «Face aux restrictions budgétaires et à l'augmentation des charges, nous avons des difficultés pour assurer la pérennité de nos actions. Nous sommes condamnés au développement, à avoir plus de productivité. Indubitablement, cela pèse sur les salariés et génère des tensions, de l'exaspération, de l'incertitude». La présidente du GES Reliance, Yvette Teste, ajoute : «il y a une souffrance, on le reconnaît, il y a eu sûrement un manque d'accompagnement dans les changements d'organisation».

Une vente non enregistrée lors d'un encaissement au mois de février 2016 a causé la mise à pied d'un encadrant de la Ressourcerie de Haute-Provence. Si la somme de 4 euros manquant à l'appel pourrait paraître anecdotique, pour la présidente du GES Reliance Yvette Teste «le problème, ce n'est pas le montant, il faut éviter tout glissement. Si on laisse faire ça, on court à la catastrophe». Le directeur général Bernard Elefterakis ajoute «qu'à chaque fois qu'un employé en insertion a été tenté par ce genre de choses, on a rompu le contrat».

Le collectif des salariés est en lutte ouverte : «Découvrir que de si pales accusations ont débouché sur une mise à pied conservatoire serait risible si ça n'était pas si triste. […] Ce type de mise à pied est réservée aux situations où le salarié visé constitue un danger pour la structure et qu'il est donc «impossible» de l'y maintenir, même le temps de la procédure disciplinaire. Par conséquent, la mise à pied doit être annulée. […] La direction se croit toute puissante, elle méprise les autres et la loi, et elle agit en représailles en menant une chasse aux sorcières en amont des élections de délégués du personnel».

Pourtant, tous les termes y sont qui pourraient augurer d’un monde meilleur : la solidarité, l’accueil, la réinsertion sociale, la lutte contre le gaspillage par la récupération, le vert de l’écologie… Ne connaissant ni le conseil d’administration, ni les cadres, ni les employés en insertion, je ne juge aucune personne. Ne connaissant pas l’histoire de cette structure, je n’ai aucune critique à porter. En revanche, cet épisode donne à penser quant à la capacité de ce genre d’activité à tenir les engagements du départ, à conserver très longtemps l’idéal social qui, à n’en point douter, a dû animer ceux qui l’ont initiée.

L’idéal s’est confronté aux restrictions budgétaires et à l’accroissement des charges, comme toute entreprise en milieu capitaliste. Condamnés à la productivité, au développement sans fin, des tensions, des exaspérations, de la souffrance, sont apparus. Il était donc inévitable que la direction tente de protéger le beau projet du départ, que les salariés subissent la pression du système, que le mépris des uns et des autres s’exaspère au point que la seule issue soit la grève, la pétition, la lutte des classes, là où devait régner l’accompagnement, l’entraide, le dialogue, la fraternité. Qui donc pourrait leur jeter la première pierre ?

Une ressourcerie est censée compenser le scandaleux gaspillage de la société de consommation, redonner une chance aux exclus du système, ouvrir un marché à bas coût à ceux qui n’ont pas accès aux biens les plus simples. On ne peut qu’applaudir à chaque ressourcerie qui s’ouvre, à chaque centre d’accueil qui remet à flot quelques marginalisés, à chaque compétence que propose une unité de formation. Nous espérons adoucir la société de l’argent, certains croient même que le modèle présage une nouvelle forme de société plus égalitaire, qu’il fera tâche d’huile et préparera aux lendemains qui chantent.

Mais c’est sans compter sur la nécessité induite par le système monétaire de réaliser des profits financiers pour survivre, d’échanger le moindre objet ou service contre de l’argent. C’est cette modalité d’échange, de transfert, qui produit mécaniquement l’exclusion, l’inégalité, la frustration, le manque, la violence, la hiérarchie, le pouvoir. Il est aussi fou de penser “moraliser” le système, rééquilibrer ses injustices, de pacifier nos relations, que de penser se sécher en se trempant dans l’eau. Tant que l’outil monétaire sera déhistoricisé (considéré comme éternel et sorti de l’Histoire), tant que l’on ne refusera pas la pseudo nécessité de l’échange marchand, les alternatives sociales, solidaires, équitables, seront vouées au même destin que le GES Reliance. Cela n’empêche pas de rechercher inlassablement le moyen de réparer les dégâts sociaux, cela empêche simplement de prendre ce moyen pour une solution durable, car on ne résout pas un problème avec l’outil qui l’a créé !

Tag(s) : #Désargence