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Violences policières…

Le basculement organisé dans la violence et la criminalisation du mouvement social suscite des réactions curieuses. Dans les rangs des manifestants, on entend que l’on devrait

- provoquer un vaste débat public…

- susciter les interpellations sans relâche des membres du gouvernement…

- provoquer, au nom du respect de nos libertés fondamentales, une mobilisation des députés et sénateurs…

- conduire à l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur les stratégies de maintien de l’ordre, les fonctionnements des chaînes de commandement, les détails des instructions données, etc.

Dans les rangs du gouvernement, ce sont « Les casseurs », qui seraient « radicalisés », adeptes de l’« ultra-violence », « qui veulent tuer un policier », qui se battent « contre l'État et les valeurs de la République ». Une frange extrémiste d’un mouvement social qui, par ailleurs, « prend en otage » le pays par ses grèves et ses blocages…Des « minorités qui se comportent un peu comme des voyous, comme des terroristes »… L’« affaire » de la voiture de police incendiée a ainsi constitué un sommet dans la mise en spectacle de ces affrontements. Comme la chemise déchirée du cadre d’Air France, ces images ont provoqué un effet de souffle annihilant toute réflexion.

Donc réfléchissons, à commencer sur les différents acteurs de cette tragi-comédie :

  • L’État, quelles que soient ses options politiques de gauche ou de droite, est pris dans un jeu de dupe : c’est fort bien démontré par François Rufin dans sa vidéo (“Le plan de bataille des financiers”) : « François Hollande va devoir déplaire soit aux marchés financiers soit à ses électeurs, puisqu’il est certain de ne pas parvenir à réconcilier les deux (…) Il sait qu’il sera pris entre la pression des marchés et celle de ses électeurs. C’est regrettable pour Hollande mais la nécessité d’une libéralisation du marché du travail est le résultat direct d’une appartenance de la France à la zone Euro. Aussi, ne peut-on avoir l’une sans avoir l’autre. » C’est ce que déclare à Rufin le chef économiste de Cheuvreux ! Alors, pourquoi demander à un chef d’État de faire ce qu’il ne peut faire ?
  • L’union Européenne, qu’il ne faut pas oublier, car la loi El Khomeri est un produit d’importation made in UE. Des textes que peu ont lu (traités, GOPE, PNR...), autant que les décisions de la Cour de Justice, prouvent que le but est de saper le droit du travail dans toute l’Europe et d’affaiblir les conflits sociaux. Alors, pourquoi soutenir, et même accepter passivement, que notre sort soit dicté par ces instances illégitimes, non élues démocratiquement (souvenons-nous des référendums français et néerlandais de 2005) ?
  • La police, que l’on s’acharne à croire indispensable, (que l’on embrasse même après un attentat), a-t-elle un jour désobéi à un ordre immoral ? Qu’on lui demande de rafler des Juifs vers le Vel' d’Hiv, de massacrer allègrement des résistants algériens ou de matraquer des manifestants pacifiques, à de rares exceptions individuelles, souvent payées très cher, la police n’est pas faite pour se poser des questions, pour désobéir, pour avoir des états d’âme.
  • Les organisations syndicales sont si bien installées dans le paysage social, qu’elles finissent toujours par collaborer avec les trois acteurs précédents au nom du réalisme politique et de l’efficacité tactique. Mai 68 ne se serait pas terminé par un Grenelle (dont on sait aujourd’hui à quel point il est “détricotable”) sans les syndicats. En Grèce, nombre de manifestations se sont vues brisées par des manœuvres directement commanditées par les gouvernements successifs (Nouvelle Démocratie, Pasok, Syriza) auprès de syndicalistes devenus des “partenaires sociaux”. Combien de fois n’avons-nous pas regretté des collusions entre leurs services d’ordre et la police… ?
  • Les manifestants dits pacifistes qui descendent dans la rue pour réclamer, exiger ou se plaindre, finissent toujours par céder à la force policière, à la force de l’habitude qui leur fait croire que leur Président a une réelle marge de manœuvre, que leur vote est une arme, que la justice et la liberté sont acquises…
  • Les fameux casseurs, dont on ne sait jamais s’ils sont animés d’un réel et juste désir révolutionnaire, de la rage de briser n’importe quoi pour supporter leurs propres cassures, ou si ce ne sont pas des policiers déguisés en loubards, ont toujours existé, dans tout mouvement social, dans toute révolution. Ils servent de fer de lance à la masse indécise des manifestants, comme d’alibi commode au pouvoir pour justifier les pires exactions.

Alors, si l’on excepte les médias qui jouissent de ce spectacle à six acteurs et en tirent autant de profits financiers que de raisons corporatistes, qui restera debout à la fin de la nuit ? Qu’est-ce qui aura changé dans cette mise en scène ? Les politiques seront toujours aussi impuissants mais accrochés à leur sinécure, l’Europe sera toujours aussi ordolibérale et soumise à l’argent-roi, la police toujours aussi prompte à cogner, les syndicats toujours aussi emberlificotés dans le choix du combat ou de la collaboration, les manifestants encore prêts à protester et les casseurs à casser. Les grands vainqueurs seront ceux qui nous gouvernent vraiment. « La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est sûrement préférable à l’autodétermination nationale pratiquée au cours des siècles passés…», déclarait dès 1991 David Rockefeller. L’oligarchie, cette ploutocratie mondialisée, est bel et bien le metteur en scène, tirant les fils des États autant que des peuples.

Comble d’ironie, souligner cette volonté affichée, ostentatoire, d’un gouvernement mondial, attire aussitôt l’anathème de “complotisme” de la part des acteurs. Pourquoi nous permettons-nous de critiquer les grandes mises en scène de théâtre et de cinéma et pas les metteurs en scène politiques ? Sans doute parce qu’ils ont eu l’intelligence de nous embrouiller l’esprit, de nous rendre complices de leurs choix, de nous lier à eux par des pratiques consuméristes, parce qu’ils détiennent l’arme absolue : les cordons de notre bourse !

Tant que le pouvoir sera corrompu par l’argent des Ploutocrates, tant que l’Europe ne sera pas supprimée ou radicalement refondée, tant que la police sera liée à l’État, tant que nous demanderons au lieu de nous auto-gérer, tant que nous prendrons la gestion vertueuse des misères intolérables pour une politique humaine et progressiste, tant que nous n’abandonnerons pas nos “sparadraps” pour nous amputer de Ploutos (le dieu de l’argent), les “Nuits Debout”, pas plus que les “casseurs”, pas plus que la politique, ne serviront malheureusement à rien, sinon à accroître nos frustrations et à renforcer le capitalisme…

Tag(s) : #Ploutos