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La guerre du fric n’aurait plus lieu…

Suite des petits billets du mois d'août...

L’espèce humaine est fascinée par la guerre autant qu’elle l’exècre. Les horribles boucheries sont pleines d’actes héroïques, la folie des stratégies suicidaires sont déguisées en sacrifices patriotiques, les crimes de guerre drapés dans des raisons d’État. Dieu que la guerre était belle ! Sur grand écran panoramique et dans des pages et des pages de récits romanesques, la guerre se décline à l’envie et force le respect. Les livres d’Histoire sensés éduquer nos enfants racontent peu de notre génie inventif et des bravoures quotidiennes, mais égrènent une longue succession de batailles. Entre celle d’Alésia et celle que nous livrons encore en Syrie, les trêves intermédiaires apparaissent comme des temps de préparation, de maturation du confit suivant.

Pourquoi tant de constance dans le meurtre, le viol, le pillage, l’héroïsme ? Pourquoi des Panthéons pour les grands massacreurs de l’Histoire et rien sur les pacifistes que l’on préfère qualifier de bêlants ? Sans doute parce que le mobil principal de la guerre n’a jamais été avouable et qu’il aurait été difficile d’enrôler sans cesse des victimes consentantes et joyeuses pour s’étriper. Tuer pour survivre, cela se conçoit et porte le doux nom de légitime défense. Tuer sur ordre supérieur d’un Dieu, d’une conception du monde, cela peut être à la rigueur se comprendre et porte l’ambigu nom de croisade. Tuer pour préserver le droit et la justice semble aussi généreux que paradoxal, et porte le nom de révolution ou de guerre de libération. Mais qu’il s’agisse d’une légitime défense, d’une croisade, d’une révolution, que l’on soit du bon ou du mauvais côté, quelle est la cause première de l’attaque initiale, de l’espoir de convertir son voisin, de libérer le peuple, sinon l’argent, la propriété, la recherche d’un profit matériel ?

Est-il une seule guerre dans l’Histoire qui ait eu pour enjeu final autre chose que la raison économique ? Le 21ème siècle aura au moins eu le mérite d’être clair sur le sujet en remplaçant peu à peu le conflit armé par la “guerre économique”, tout aussi meurtrière mais moins sanglante. Et encore, l’évolution est bien timide et les nostalgiques des grandes boucheries traditionnelles sont légion. Les guerres de religion ont toute été faites pour des parts de marché, pour défendre un pouvoir avec les avantages financiers afférents. Les guerres coloniales ont toutes été faites pour acquérir à bas coût des matières premières, de la main d’œuvre, des ressources diverses. Les guerres de libération ont été faites pour se dégager d’une emprise économique bien plus que d’un maître exigeant et cruel. Toutes les révolutions ont été initiées contre une classe ou une caste s’accaparant pouvoir et argent. Les guerres territoriales (territoires géographiques ou parts de marché) n’ont d’autre but que de s’accaparer le bien d’autrui ou d’accroître son patrimoine.

Allez dire à un citoyen normalement constitué qu’il doit se battre et risquer sa vie pour défendre un bien auquel il n’aura jamais accès ou pour accroître la fortune d’un autre ! Le recrutement ne sera pas aisé, à moins de l’intéresser par une solde suffisamment conséquente pour qu’il se fasse soldat. Allez dire à un croyant que Dieu exige de lui le sacrifice suprême pour enrichir ses prêtres et magnifier ses temples ! Allez dire au candidat maquisard qu’il va se battre pour remplacer un exploiteur par un autre exploiteur plus politiquement correct ! Ce serait la fin de la guerre faute de combattants. Il faut bien maquiller un peu l’injonction si l’on veut que perdure le jeu de dupe…

Imaginons donc que l’argent, la possession, l’enrichissement, disparaissent du paysage, ne soient plus le motif principal de nos massacres rituels. Quels autres motifs pourraient nous inciter à poursuivre cette belle tradition belliqueuse ? Sur le plan individuel, la violence, la haine, la concupiscence, ne sont pas des traits de caractère solubles dans une quelconque panacée. Le pré de l’autre sera toujours plus vert, la femme de l’autre sera toujours plus fringante et leur chien bien gênant. Il serait bête de se priver du bien d’autrui, de languir devant la créature d’en face et de supporter le chien si je suis plus fort, plus malin ou plus pervers. Mais c’est là une échelle moindre que les grands blocs qui divisent le monde. C’est au pire un ou deux morts en regard de millions d’autres, c’est le couteau ou le fusil de chasse en regard de l’arme nucléaire. A petits profits, petits intérêts, les capitalistes l’ont bien compris qui se sont lancés vers la globalisation de leur économie, avec comme maxime “too big to fail”. Le profit individuel quel qu’il soit peut sans doute valoir la vie d’un homme, mais avec tant de risques et de charges que le jeu en vaudrait rarement la chandelle. A l’inverse, les profits d’une guerre sont si colossaux que l’homme est prêt pour eux à brûler la chandelle par les deux bouts. Une guerre relance tellement l’économie, elle suscite tant d’innovations technologiques, elle nécessite la mise en œuvre de tant de matériel, elle exige ensuite de telles reconstructions, elle camoufle tant d’erreurs politiques et tant de malversations des temps de paix, qu’elle finit toujours par avoir lieu.

Il est donc évident que “le paquet cadeau” de l’argent contient mécaniquement la guerre et que l’on ne peut vouloir la paix sans refuser l’argent, être pacifiste et accepter le système même de l’échange marchand. Si l’on ne peut éradiquer la guerre par des pactes, des traités, des SDN et des ONU, on peut le faire en se passant de l’outil monétaire. Il est temps de l’accepter comme on a fini par accepter qu’un homme égale un homme, sans distinction de peau, de sexe, d’origine…

Tag(s) : #Désargence