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Le péché originel…

Suite des petits billets du mois d'août....

Lors d’un débat sur une société sans argent, l’exemple des transports en commun, en l’occurrence le train, est arrivé sur le tapis. Qui donc va construire les trains, les conduire, organiser cette énorme machinerie à travers le pays et les contrées lointaines… ? Nous voulons bien nous passer d’argent pour le local et le quotidien, mais il n’est pas question de se passer d’un moyen si commode de parcourir l’Europe !

Cette question présuppose que rien ne peut être fait en grand et de façon organisée, sans compensation financière équivalente à l’investissement en travail et compétence. Pourtant, ce qui nous paraît impossible sans argent, intoxiqués que nous sommes par le postulat de l’échange (“on ne donne rien pour rien”), existe bel et bien, très concrètement dans nos sociétés où l’argent est roi.

La famille est une structure de base où l’échange n’existe pas, du moins sous sa forme comptable. Les parents fournissent à leurs enfants, autant qu’ils le peuvent, l’accès aux soins, à l’éducation, à l’amour, sans rien attendre d’autre que leur bonheur. Le contraire serait blâmé, comme l’a fait Maxime Le Forestier : “Avec ce que j’ai fait pour toi disait le père / J’en demandais pas tant disait l’enfant…”

La communauté de quartier ou de village est capable d’organiser des festivités, des activités culturelles, des loisirs, bénévolement et très “professionnellement. Les associations dites “à but non lucratif” sont dans la plupart de nos pays la première source d’activités, bien avant l’industrie ou l’agriculture. Ces bénévoles ne demandent rien en retour, payant même beaucoup en temps, en énergie, en argent. Ce qu’ils réalisent n’a rien à envier au salariat, ni en qualité ni en efficacité, parce qu’ils le font volontairement et souvent avec passion, ce qui est rarement le cas dans un cadre salarial.

La communauté nationale est capable de se mobiliser pour des causes que l’État ne peut ou ne veut assumer. Des structures vastes et complexes se sont ainsi constituées pour nourrir les indigents, loger les sans-abris, soigner ceux que l’État néglige, sans qu’aucun “retour sur investissement” ne soit espéré. On peut au contraire remarquer que c’est l’environnement de l’argent, inévitable dans le contexte social actuel, qui provoque les quelques dérives que l’on connaît dans ce milieu généralement dévoué et désintéressé : détournements de fonds, enrichissements personnels, usage abusif de subventions… Sans argent, seuls ces effets pervers seraient en danger et certainement pas les capacités d’organisation, d’investissement, d’abnégation, de ces structures collectives. Et ceci reste vrai au niveau international où les structures d’aide, de développement, de préservation des patrimoines, sont en place et le seraient tout autant sans argent.

Alors, pourquoi ce qui est possible malgré l’argent serait-il impossible sans l’argent ? Pourquoi, étant supprimée la nécessité de gagner sa vie et de payer le moindre outil de travail, les hommes cesseraient-ils de faire ce qui les passionnent ? Pourquoi voit on comme une évidence ce que l’argent permet, et voyons si mal ce qu’il empêche ? La seule explication à cette résistance basique et tenace, c’est l’idée que nous avons d’une “nature humaine” qui serait mauvaise, égoïste, ce que démentent les faits, mais qui est confortée quand nous croisons quelques individus qui ne font rien pour rien, qui s’opposent à tout effort, qui sont incapables du moindre rêve, de la moindre empathie. Des handicapés de l’âme, disait Jacques Brel !

Allons donc plus au fond. Qui a intérêt à nous mettre dans la tête que l’homme est profondément et irrémédiablement entaché d’un “péché originel” ? On accuse généralement ce pauvre serpent qui tenta Adam et Ève et qui n’avait rien vu venir. On rejette la faute sur Ève, la femme faible et perverse, ce qui justifie qu’Adam doive travailler à la sueur de son front et qu’Ève doive enfanter dans la douleur. Tiens-donc ! Voilà le travail, sa pénibilité, sa nécessité pour la reproduction matérielle qui pointe son nez. Mais qui, de tout temps, profite du travail de l’homme, de la douleur de la femme en travail ? Ceux qui travaillent ou ceux qui font travailler… ? Et tout cela pour quoi ? Pour les fruits de “l’ arbre de la connaissance”. Tiens-donc ! Le pouvoir de Dieu, seul à savoir, ne pouvait se partager, comme tout pouvoir. Dieu n’est pas démocrate ! La Genèse justifie par son mythe, l’argent et le pouvoir. On est rassuré, la Genèse a bien été écrite par des humains que l’on pourrait qualifier de “pré-ploutocratiques”, de “pré-aristocratiques” !

Voilà des millénaires que les tenants de l’argent et du pouvoir nous font croire que sans argent et sans État, les trains ne fonctionneraient plus, que les hôpitaux ne seraient que des officines de rebouteux… Voilà des millénaires que nous croyons un mythe inventé par les riches pour asservir les pauvres. Il est temps de s’émanciper du Dieu du Fric, de Ploutos… !

Tag(s) : #Désargence