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Allo, Josette... Tu viens en burkini...?

Le smartphone est maintenant omniprésent, dans l’ensemble de l’espace public, et dans les trains, les cafés, la rue, les rassemblements festifs ou culturels, il est devenu normal que l’on impose à l’autre les banalités échangées avec l’ami, le parent, le voisin. La sphère privée des échanges téléphoniques envahit peu à peu la sphère publique, sans discrétion, sans pudeur, sans gêne. On m’avait appris étant petit à séparer soigneusement les deux sphères. Nombre de choses que l’on pouvait faire, dire ou afficher en privé étaient inconvenantes en public et cette scission était vite intégrée. Les téléphones portables l’ont fait exploser sans que nul ne s’en offusque, sans que cela provoque de désordres publics apparents ni de conflits majeurs.

Une autre intrusion de la sphère privée dans la sphère publique est celle de la religion, y compris des religions qui remettent en cause le système de pensée de l’autre. C’est le cas du voile islamique qui proclame haut et fort qu’il y a de bonnes musulmanes (voilées) et de mauvaises musulmanes (découvertes), du burkini qui introduit sur la plage publique une pratique qui n’intéresse que la personne qui s’en revêt.

Mais comment dire à une jeune fille qui étale dans l’autobus sa vie privée via son smartphone, sans réaliser le moins du monde qu’elle est dans une sphère publique, qu’elle mélange les deux sphères en portant un burkini sur une plage française (comme d’ailleurs une française mélangerait les deux sphères en exhibant un string sur une plage marocaine ou égyptienne) ? Le “je” dans l’usage du portable impose à tel point la négation du “nous” qu’il a fallu poser des règles (dans les concerts, les réunions, les écoles). Le burkini, revendiqué comme un choix du “je” sous peine d’intolérance, nie le “nous” qui fait société. Un “Naturiste” qui se promènerait dans la rue en tenue d’Adam provoquerait une réaction violente aussi vite que le “Textile” qui s’obstinerait à garder sa culotte dans un camp naturiste. A côté du “je” et du “nous” social, il y a la culture (faite d'usages particuliers, de lieux spécifiques, d'histoire...), qui pose des normes implicites ou explicites et limite les exigences du “je” pour permettre le “nous”. Cette vision des choses laisse la place à toutes les individualités, à tous les particularismes, sans crainte de “guerre civile”, ce qui n’est pas le cas quand le trio individu-société-culture est galvaudé, par téléphone ou vêtement interposé !

Tag(s) : #Société