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Ouf ! Les Wallons ont gagné… Le texte qu’ils ont proposé à l’UE est accepté comme “document interprétatif du traité” et, après approbation des 27 membres et du Canada, le CETA pourra être conclu. Tout le monde est content : la Commission Européenne, les Wallons, le ministre canadien, et même les opposants les plus virulents au CETA et au TAFTA, tel Raoul Marc Jennar. Celui-ci écrit sur son blog : “Contrairement à ce que je craignais, le statut de ce texte ne prend pas la forme d’une réserve de la Belgique, mais bien d’un document interprétatif du CETA qui aura la même valeur juridique que le CETA lui-même. Une première lecture de ce texte qu’on trouvera ci-dessous interdit de parler de capitulation.” Paul Magnette est fier de ces “dizaines de pages qui apportent des amendements”, fier de pouvoir affirmer qu’il est écrit noir sur blanc  “que tout cela est juridiquement contraignant”, et “très, très content de cette nouvelle norme pour les prochains traités commerciaux”.

                Cette soudaine entente cordiale entre le socialiste Magnette, les néolibéraux européistes et le militant Jennar, laisse pantois. Le CETA, en négociation depuis sept ans, représente un document de plus de 1 600 pages. Comment imaginer que ces quelques dizaines de pages rédigées par la petite minorité wallonne soient réellement contraignantes ? Cette situation ravive quelques souvenirs…

Quand l’Europe proposa en 2005 une nouvelle Constitution Européenne, les Français, les Hollandais et les Irlandais ont répondu par un NON référendaire massif. L’Europe n’a pas entendu les arguments des opposants et a fait passer son texte sous le nouveau nom de traité de Lisbonne. Tout le monde s’accorde à dire aujourd’hui qu’il n’y a pas eu d’évolution majeure entre la Constitution refusée et le Traité imposé. De la même manière, Tsipras a accédé au pouvoir sur la base d’une politique anti-austéritaire que le peuple grec a légitimé par référendum avec un NON massif aux désidératas de l’Europe…, et le troisième memoranda a été signé par Tsipras ! Un accord à ce point inique qu’aucun gouvernement de droite n’eut osé le signer. Dans les deux cas, on a crié au déni démocratique, on a critiqué cette Europe aristocratique et financière, on a parlé de trahison, de capitulation. Qu’est-ce qui a changé pour que le CETA soit signé sans soulever les mêmes indignations ? Serions-nous plus intoxiqués par l’idéologie néolibérale, moins vigilants que l’an dernier ? Paul Magnette aurait-il réellement réussi là où nous avons échoué contre Lisbonne et contre le plan de restructuration de la Grèce ?

                On peut toutefois en douter.  Depuis des années, des centaines d’experts travaillent pour nous faire avaler des couleuvres et nous faire croire que les traités en cours sont favorables aux peuples. Depuis des années Raoul Marc Jennar nous explique avec brio ce que le jargon néolibéral cache derrière des formules anodines du CETA et du TAFTA.  D’un seul coup, il nous “interdit” de parler de capitulation ; d’un seul coup, les tenants de ces traités trouvent “acceptables” les restrictions wallonnes. Il y a “anguille sous roche” !  Et l’anguille, c’est certainement le rêve européen. Si les Wallons avaient eu la moindre chance de moraliser le CETA, ils auraient subi des pressions telles qu’ils se seraient retrouvés en position de choisir entre un OUI ou un Belgexit ! Or, pas plus qu’Alexis Tsipras, Valette et Jennar ne semblent pas convaincus des tares congénitales de l’Europe, préférant parler d’un dévoiement du bel idéal originel. Mieux vaut un mauvais accord que plus d’Europe du tout…

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le système monétaire dont tout le monde s’accorde à dire qu’il induit des inégalités criantes, une pollution dramatique, des conflits armés incessants…, mais que l’on ne peut imaginer détruire. Il faut moraliser l’argent, inventer un “revenu d’existence” ou un “quantitative easing for the people(c’est la dernière trouvaille), il faut contrôler, encadrer, et à défaut, changer “la nature humaine”, mais en aucun cas admettre que l’argent induit mécaniquement toutes ces tares et qu’il faut au plus vite le rendre obsolète. Toutes les compromissions sont bonnes si elles préservent cet outil monétaire mortifère, toutes les couleuvres sont bonnes à avaler si elles préservent l’idée généreuse à laquelle on a rêvé depuis le deuxième conflit mondial…   

Tag(s) : #Europe