Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sur France culture ce lundi 28 novembre, Guillaume Erner posait la question : “Pourquoi les journalistes sont-ils devenus la cible des politiques et de l’opinion ?” Alice Antheaume, directrice de l’école de journalisme de Science Po, donnait sa réponse :  

« …On peut se demander pourquoi les journalistes se sont trompés sur Juppé, sur Trump, sur le Brexit. Ont-ils trop regardé les sondages qui étaient faux ? Est-ce que l’analyse des datas ne permet pas de prédire les résultats ? Est-ce que les journalistes ne sont pas assez allés sur le terrain ? Il faut aussi réfléchir au poids des algorithmes, des réseaux sociaux qui peuvent influencer l’information : des rumeurs fausses, des contre-vérités largement diffusées ont plus de poids que certaines vérités. Le goût du doute systématique sur les faits est devenu le nouveau mètre étalon qu’il faut, pour les nouveaux journalistes, intégrer dans leur matrice. Il leur faut comprendre en quoi la distribution des informations a évolué. Ces informations arrivent à 70% par les réseaux sociaux. Or les algorithmes déterminent la hiérarchisation des informations, le fait que telle ou telle information est en tête de gondole. Il faut apprendre à faire avec et comprendre comment donner les premières places aux informations à forte valeur ajoutée… » 

                Étonnant langage  qui dénote un certain mépris du public : le peuple diffuse et reçoit avec grand plaisir des fausses nouvelles, des contre-vérités absurdes, il a un goût exagéré pour le doute systématique.  Étonnant langage qui affiche la déontologie commerciale du journalisme : le journaliste est guidé par une “matrice”,  formaté grâce au programme pédagogique de  Science-Po ;  il se réfère  à un “mètre étalon” pour choisir ses sujets ; il observe le résultat des algorithmes pour hiérarchiser l’information et voir ce qu’il doit mettre en “tête de gondole” ; il privilégie l’information qui a la plus grande “valeur ajoutée” !  Le plus curieux dans cette situation, c’est que la principale formatrice des jeunes journalistes s’étonne encore du rejet de la profession par les politiques et les peuples !

                Personnellement, je fais volontiers confiance à un journaliste qui décrypte la masse d’informations circulant sur les réseaux sociaux,  la confronte à des sources vérifiables, la met en perspective.  Je lis avec plaisir un journaliste qui m’aide à séparer le vrai du faux, le réel du phantasme, un journaliste qui tend à me rendre intelligent et non consommateur d’opinions.  J’apprécie le journaliste qui n’est pas issu d’une matrice et ne reste pas les yeux rivés sur un étalon fixé par la seule occurrence des mots. Je respecte le journaliste qui ne place pas ses informations promotionnelles en tête de gondole et n’espère pas en tirer une grande valeur ajoutée. Si je lis bien plus la presse numérique indépendante que la presse papier, c’est parce que c’est là que je ressens le moins le poids de la marchandisation des cerveaux. Je paye des abonnements quand il s’agit de financer un vrai travail de journaliste, pas quand il s’agit d’acheter un produit en tête de gondole.

                Heureusement, il reste quelques Mohicans dans la presse qui refusent de se vendre à l’encan du marché de l’info pour survivre. Ils sont de plus en plus nombreux à quitter les lustres médiatiques pour rejoindre le terrain des réseaux sociaux, pour mettre en lumière ce qui fait l’avenir plutôt que ce qui fait recette, ceux qui font le bien commun plutôt que le profit financier…!

Tag(s) : #Société, #Journalisme