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Le principe est simple et alléchant : Les États possèdent suffisamment de richesses pour donner à tous un revenu minimum d’existence, lequel résoudrait d’un coup tous les problèmes d’emploi et de précarité. Cette dépense ferait économiser tous les frais d’organisation des aides sociales et rendrait inutiles Pôle Emploi, les allocations familiales, le RSA, etc. C’est tellement avantageux financièrement que ce système commence à séduire les plus puristes des néolibéraux et des capitalistes en général, qui, a priori, n’ont aucune visée sociale, aucun goût pour l’assistanat.  On peut assimiler le revenu d’existence à la Démocratie qui constitue la forme de domination la moins coûteuse ! En effet, les “sujets démocratiques” appliquent spontanément, et contre eux-mêmes, les nécessités économiques, les lois de la réalité, les impératifs technologiques, les attentes des marchés... Le capitalisme, pour cette raison, défend le concept démocratique et s’y réfère sans cesse, comme il défend à présent l’idée de financer la survie matérielle de cette part de l’humanité qu’il rend lui-même superflue.

 

                Il est donc légitime de s’interroger sur l’intérêt réel pour les peuples de la démocratie capitaliste, autant que sur le revenu d’existence capitaliste. Il a fallu beaucoup de temps et l’accumulation constante de multiples perversions pour que les peuples commencent à comprendre que cette forme démocratique n’est ni l’expression de leur volonté, ni destinée à leur accorder le moindre pouvoir. La démocratie en territoire capitaliste a été conçue au contraire pour dépouiller le peuple, pour lui ôter toute capacité de décider de son sort. « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. » (Extrait du discours de l’abbé Sieyes, à la séance du 7 septembre 1789).

                Il en sera de même du revenu d’existence qui, passé le temps de l’illusion, sera perçu comme la forme de domination la moins coûteuse. De même que l’on nous a fait croire que le vote avait été conquis de haute lutte par le peuple, qu’il était une arme politique efficace, on nous fera croire que le revenu d’existence libère l’homme de la nécessité du travail, qu’il soulage les misères les plus intolérables, qu’il réduit les inégalités, etc. Mais au bout du compte, on s’apercevra que c’est l’arme la plus redoutable que le capitalisme ait jamais inventé pour bâillonner le peuple. « L’argent t’es donné sans qu’aucune participation à la vie collective ne soit exigée. Alors tais-toi ! » On s’apercevra très vite que les inégalités en seront renforcées : les plus hauts salaires seront encore plus haut au motif qu’il faut récompenser l’effort, les plus bas baisseront au motif qu’ils sont complétés par le revenu d’existence.

                Les sommes investies dans ce revenu viennent forcément des plus-values engrangées par l’activité humaine. Or le coût de cette activité ne peut plus être réduit par le prix des matières premières ou par la compétitivité. La seule “variable d’ajustement” reste la masse salariale. On s’apercevra vite que le revenu d’existence a l’immense avantage, pour le patronat, de réduire encore plus cette variable, ce qui justifiera encore plus le revenu d’existence, lequel diminuera d’autant les salaires.     

                La technique relève de la loi physique dite “boucle de rétroaction positive” : une cause crée un effet qui amplifie la cause augmentant encore l’effet, dans une chaîne sans fin. On connaît tous cette loi sous la forme de l’effet larsen : le son capté par un micro est amplifié par un haut-parleur qui renvoie le son au micro qui le renvoie au haut-parleur, lequel finit par saturer et émettre une plainte aigüe et stridente que l’on ne peut arrêter qu’en coupant la boucle. Le micro, c’est le revenu d’existence ; l’ampli, ce sont les salaires utilisés comme variable d’ajustement ; l’effet larsen, c’est la grogne qui saisira le peuple une fois passée l’euphorie de sa “pseudo conquête sociale”.

                Il existe pourtant une autre solution évidente, si simple que personne ne la voit sinon les “désargentistes” et quelques originaux tels Paul Jorion. Celui-ci propose la gratuité : « On peut réintroduire la notion de gratuité sur pas mal de choses, sur ce qui est indispensable à la survie. Cette solution n’a jamais été envisagée mais nous avons la richesse suffisante pour le faire. Ça coûte moins cher qu’une allocation universelle dont les milieux financiers trouveraient le moyen de la ponctionner sans la moindre difficulté. Mais assurer la gratuité de l’essentiel, ce n’est pas productiviste, ce n’est pas destructeur de l’environnement, et ce n’est pas une incitation aux milieux financiers à capturer une somme supplémentaire. » (Paul Jorion, France Culture, 07/12/2016, 7h40, L'invité des matins).

                Et Paul Jorion a raison, la gratuité est bien plus simple que l’allocation. Elle satisferait tout autant les plus faibles dans nos sociétés sans qu’elle soit une source d’enrichissement supplémentaire pour les plus riches. C’est la raison pour laquelle ils “n’y ont pas pensé” et feront tout pour que l’idée n’émerge pas ! Les tenants de la désargence, d’une société a-monétaire, ne font qu’étendre l’idée de Paul Jorion à ce qui est utile, secondaire, voire superflu, bien au-delà de l’indispensable, ce qui déplait encore plus aux puissants. La suppression de l’argent, de l’échange marchand au bénéfice de l’accès est aujourd’hui possible : le salut pour 99% de l’humanité, une catastrophe pour le 1% restant. C’est donc une folie !      

Tag(s) : #Désargence, #Economie