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Les parlementaires allemands viennent de désigner Frank-Walter Steinmeier pour être le nouveau président de la RFA. A vrai dire, la nouvelle m’importe autant que la couleur des chaussettes de l’archiduchesse. Le président allemand n’a qu’un rôle symbolique. Ce qui est en revanche intéressant, c’est que le candidat élu était opposé à un certain Christoph Butterwegge, un sociologue de Cologne, membre du parti Die Linke. Or, cet homme est connu en tant qu’expert des questions de pauvreté et d’inégalités. Cette élection qu’il n’avait aucune chance de gagner a été pour lui l’occasion de rappeler les failles de la “grandeur du modèle allemand”… Tout naturellement, la presse française n’en a pas fait état, tant elle est habituée à vanter tout ce qui vient de la rive droite du Rhin. Rendons-donc grâce au journaliste Thomas Schnee qui, sur Médiapart, nous a fait un très bon résumé du fameux modèle que l’on jette à la figure des Français dès qu’ils s’opposent à une réforme antisociale.  Interviewé par ce journaliste, Butterwegge nous dépeint la face cachée du miracle allemand :

 « …l’Allemagne se trouve face à une épreuve difficile parce que la fracture sociale qui sépare riches et pauvres ne cesse de grandir. C’est une catastrophe dont on parle peu dans le débat public (…) La pauvreté à Cologne, par exemple, c’est une pauvreté qui se dissimule bien. (…) La société allemande a tendance à estimer que celui qui est pauvre n’a pas mérité autre chose, parce qu’il a dû commettre des erreurs, parce qu’il ne sait pas gérer son argent, parce qu’il a bu sa paye, parce que c’est un parasite social, etc. (…)  Les réformes du marché de l’emploi lancées par Schröder, et préparées par son chef de cabinet Frank-Walter Steinmeier, (…) ont déclenché une dérégulation catastrophique du marché du travail. (…) La pauvreté commence à gagner le milieu de la société et il faut tout faire pour l’empêcher de s’y installer… »

 

Le résultat de ces réformes tant vantées par nos politiques de droite comme de gauche, c’est une Allemagne camouflant le plus large bassin d’emplois précaires d’Europe. Une personne sur quatre vit d’un minijob, d’intérim, d’un temps partiel imposé. Le système fiscal s’est allégé pour les plus riches et pour le capital,  il s’est alourdi pour les plus pauvres et le travail. L’État social allemand, pour avoir droit à cette qualification devrait au moins créer une assurance citoyenne. A défaut, le pays le plus riche d’Europe va laisser s’installer des inégalités croissantes, une masse de retraités largement en-dessous du seuil de pauvreté, une exploitation encore plus grande des migrants, y compris ceux qui viennent d l’Europe (Pologne, Roumanie, Grèce…). En fait, le couple Merkel-Schäuble, agit pour leur peuple avec la même dureté qu’avec les Grecs. Et si les Grecs ont résisté autant qu’ils ont pu, battant tous les records de manifestations et de grèves depuis sept ans, les Allemands, parangons de  l’obéissance, ne se révolteront pas de sitôt.

                Il serait bon qu’à l’occasion de nos propres élections, nous profitions de notre traditionnelle capacité à râler et à désobéir. Faute de quoi, ce modèle accepté par les Allemands, subi par les Grecs, encensé par les Fillon, Macron et consorts, pourrait bien finir par avoir force de loi, chez nous comme partout…

Tag(s) : #Politique, #International, #Coup de gueule.