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Peyo, de son vrai nom Pierre Culliford (1928-1992) a publié “Le Schtroumpf Financier” dans le journal Spirou, puis en album en 1992. Cette bande dessinée ayant toujours autant de succès, elle a été rééditée en 2017. En résumé, l’action est la suivante : Le Grand Schtroumpf est malade et le village délègue un des leurs pour aller au bourg des hommes chercher un remède. Le délégué découvre alors que les humains utilisent de l’argent pour échanger des biens et des services. Séduit par l’idée, il prépare en cachette la monétarisation du village. Au fur et à mesure, on découvre que les Schtroumpfs ont tout ce qui leur faut sans échange ni argent : l’un fait le pain, l’autre le potager, un troisième la cuisine… Il y a des Schtroumpfs bricoleurs, peintres, sculpteurs, mineurs, et même fainéants. Et les Schtroumpfs ne manquent de rien, ont de bonnes relations entre eux, s’amusent bien… Dès le début, le futur Schtroumpf  financier découvre l’urgence, le temps qu’il faut économiser, la valeur relative des choses. Dès l’introduction de la monnaie, les Schtroumpfs découvrent la nécessité du travail, du partage, le prix de ce qui était jadis gratuit, les charges, les bénéfices, l’usure, la concurrence, le problème du non productif, de la pauvreté, l’arnaque, la violence, la jalousie… et enfin la guerre, la dette, l’exploitation. Mais comme dans une BD tout est possible, le Schtroumpf financier se retrouve tout seul sur une montagne d’or, mais sans pouvoir échanger ni même manger, boire, chanter. Tous les autres sont partis ailleurs rebâtir une société sans argent, comme avant… Désespéré, puis comprenant son erreur, il abandonne l’or au Schtroumpf bricoleur qui en fera de nouveaux instruments de musique et tout le monde est content !

La BD est astucieuse et avant-gardiste quand on sait qu’elle a été conçue au début des années 1990. Contrairement à la plupart des alternatives actuelles qui se veulent révolutionnaires, Peyo ne propose pas d’échange de biens ou de services contre autre chose, pas de don, pas de partage des richesses, juste un accès à tout ce qui est nécessaire et sans contrepartie, pour le schtroumpf bricoleur comme pour le schtroumpf paresseux. La révolution monétaire se fait sur un marché de dupes, sur une erreur de jugement du schtroumpf financier, et dans l’autre sens, la contre révolution a-monétaire se fait sans contestations, sans manifestations, sans guerre civile, simplement quand le système arrive au bout de sa logique, quand la concentration inévitable de  l’argent fait que le financier n’a plus de clients et n’a plus rien à acheter, et quand tous les autres sont endettés au point de ne plus avoir accès à rien !

Il suffit d’aller visiter la Grèce pour constater que les gens sont à deux doigts de se retrouver dans la même situation : la grande majorité (80% actuellement) n’a plus de travail, plus de quoi consommer. Les 20% restants n’ayant plus de clients perdent leurs marchés et font faillite les uns après les autres. A terme, les 1% qui auront échappé à la crise et se seront outrageusement enrichis n’auront d’autre ressource que de chercher un autre lieu où il y aura encore des boulangers pour leur vendre du pain, des médecins pour leurs soins, des ouvriers pour créer la valeur ajoutée dont ils se nourrissent. Et si la crise s’étend à la planète (rien ne permet d’en douter sérieusement), ils n’auront plus qu’à chercher une autre planète ! C’est sans doute pour cela que le gouvernement grec a annoncé la création d’une Agence Spatiale (la nouvelle a soulevé dans le pays un immense éclat de rire) !                     

                Tôt ou tard, les Grecs, puis les autres, jetteront ce qui leur reste de monnaie à la tête des banquiers rapaces et s’organiseront pour mutualiser leurs compétences, pour gérer à leur guise la production de ce qui leur est nécessaire, pour se schtroumpfer enfin d’une chouette et schtroumpfette organisation sociale…  

Tag(s) : #Désargence, #Economie, #Livres