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Manifestations dans toutes les villes grecques contre le vote au parlement des énièmes mesures d’austérité, du énième mémorandum… Manifestations clairsemées et en ordre dispersé selon les vieux particularismes syndicaux… Manifestations “pour l’honneur” nous dit l’ami Panagiotis, tant est mort  l’espoir d’une quelconque amélioration. Même les plus calmes et les plus conservateurs finissent par se demander si les gens vont enfin se réveiller, se révolter.

                Mais à quelle sorte de lutte le peuple peut-il encore croire ? Après tant de manifestations, tant d’actions de résistance et de désobéissance, après l’espoir d’un nouveau parti qui, partant de  la gauche radicale, en est arrivé à être le fidèle valet du néolibéralisme le plus barbare, que reste-t-il ?

                Il reste la prise de pouvoir violente, meurtrière, la foule envahissant le Parlement, les Ministères et les Médias… Une prise de la Bastille, avec pendaison des banquiers et des politiques aux arbres de la place Syndagma ! Sauf que les temps ont changé et qu’un petit pays comme la Grèce se retrouverait isolé du monde, financièrement, politiquement, matériellement et psychologiquement. La propagande médiatique et politique a été si bien faite que cette prise de la Bastille est perçue comme une dystopie et non comme un espoir, comme une anomie non comme une renaissance. Cette même propagande passe en boucle à la télévision les bateaux et avions de l’armée turque “en exercice” : la peur comme camisole de force posée sur toute velléité de révolte !

                Il reste encore qu’un événement inattendu, fortuit mais possible,  fasse exploser la machine à broyer le peuple et que celui-ci se résolve enfin à sortir des paradigmes usés mais classiques de l’échange marchand, du consumérisme, de la concurrence, du salariat, du mondialisme…

 

                La question est de savoir si un peuple, aussi politisé soit-il, est en mesure d’intégrer un tel emballement de son histoire. Rappelons que l’entrée dans la zone euro date de 2001, que sept ans après est arrivée la crise des subprimes, qu’en 2010, la Grèce entamait sa longue descente aux enfers surnommée “ la crise”. La descente dure donc depuis sept ans, n’est pas finie, et laissera pour longtemps de graves séquelles sociales, psychologiques, médicales, économiques, culturelles…

                Qui peut dire jusqu’à quel stade, des séquelles de ce type seraient susceptibles de résilience ? Y aurait-il un degré particulier à partir duquel plus rien n’est pensable ? Y en aurait-il un grâce auquel la réaction serait spontanée et incontrôlable, comme les spasmes libérateurs après une défibrillation ?

                Voilà les questions que je me pose après quelques jours en Grèce et que je ne peux poser aux amis qui m’entourent. Voir la réalité du monde rend pessimiste et ils n’ont pas besoin de cela. Questionner les luttes qui subsistent culpabilise tant elles semblent dérisoires. La réponse essentielle à cette impasse, je la partage avec l’ami Anthony qui lui trouve une belle formulation : « un jet de pavé en même temps que la pose d’une première pierre… » Le jet de pavé c’est la démonstration que tous les politiques de droite comme de gauche se trompent et nous trompent en voulant rendre le système supportable (ou durable selon le mot à la mode, ce qui est pire). La pose d’une première pierre, c’est mettre au grand jour un autre système possible, un système enfin débarrassé des tares originelles de notre monde marchand, un monde sans salariat, sans État centralisateur, sans échanges marchands, sans l’artificielle valeur donnée aux choses et aux gens, sans monnaie…

Tag(s) : #Grèce, #Politique