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                L’excellent blog de Coralie Delaume rappelle un texte paru en anglais dans la revue du FMI en juin 2016. En ces temps de barbarie électoraliste, il est bon de le relire. Étonnant de constater qu’une des institutions les plus proches du néolibéralisme, les plus impliquées dans son expansion, soit à ce point critique vis-à-vis du système qu’elle représente : «La preuve des dommages économiques créés par l'inégalité suggère que les décideurs politiques devraient être plus ouverts à la redistribution qu'ils ne le sont […] Les politiques conduites pourraient être conçues pour atténuer certains effets néfastes en amont, grâce par exemple à l’augmentation des dépenses en matière d’éducation et de formation. […] La crainte que de telles politiques puissent nuire elles-mêmes à la croissance est sans fondement ». Et le summum de l’incohérence apparaît dans la conclusion de la revue FMI : « Les décideurs politiques et les institutions qui les conseillent comme le FMI, doivent être guidés non par l'idéologie, mais par les preuves tangibles de ce qui fonctionne réellement. »

                En résumé, il est clairement dit que le néolibéralisme perd tout contact avec la réalité des faits pour cause d’idéologie excessive et que la croissance, pensée comme le but ultime, ne peut être obtenue durablement. Pourtant, la “machine” néolibérale continue à défendre mordicus ses “lois économiques“ comme si elles étaient scientifiquement prouvées, à se présenter comme seule alternative pensable, à promettre une croissance qui ne peut pas ne pas revenir après une cure d’austérité.

                Nous avons à choisir, le dimanche 7 mai, entre deux programmes politiques qui tous deux s’adossent aux thèses néolibérales. C’est évident et affiché pour Macron, camouflé mais tout aussi réel pour Marine Le Pen. Quant aux experts, aux chiens de garde médiatiques, aux politiques dotés d’un quelconque pouvoir, il reste pour eux évident que la sécurité, le progrès, la paix sociale ne peuvent passer que par cette théorie pourtant critiquée par ceux-là mêmes qui en sont le cœur. Sommes-nous donc tous fous, ceux qui défendent le système autant que ceux qui le subissent, pour que si peu osent dire que le Roi est nu ? Sommes-nous donc tous inconscients pour que nous persistions à faire de ces élections une ultime voix démocratique ? Sommes-nous donc tous aliénés pour ne pas voir que la même idéologie néolibérale traverse l’échiquier politique, du Front National à Hamon ?


 

Manifestant athénien

        Fous, inconscients, aliénés, peut-être, mais apeurés certainement ! C’est la peur de possibles ratonnades qui nous font voter Macron. C’est la peur de la mondialisation qui nous fait voter Le Pen. C’est la peur de quitter l’Europe et son euro qui a éliminé Mélenchon. La  peur est une chose curieuse qui se comprend mieux quand on la voit depuis la Grèce qui, à bien des égards n’a qu’une poignée d’années d’avance sur ce qui nous pend au nez. Les Grecs ont si peur d’un avenir sans l’euro, sans le colonisateur allemand, sans la soumission à la Troïka, qu’ils sont prêts à supporter un énième mémorandum ou à se jeter dans les bras de Nouveaux Colonels ! La peur pourtant bien connue de perdre leur travail, leur salaire, leur couverture sociale, leur droit de vivre sur la terre ancestrale, leur sociabilité qui faisait leur beauté, est bien plus rassurante que la peur inconnue du refus, de l’insoumission, de la souveraineté, de la prise du pouvoir, de l’avenir. Ce que les Grecs nous démontrent, sans encore le dire, c’est que tout ce qu’ils craignent terriblement de voir advenir est déjà là. Ils devraient avoir peur de rester tels qu’ils sont pour ne pas avoir peur de ce qu’ils pourraient devenir, mais n’y arrivent pas encore…

                Nombre de généreux militants européens œuvrent pour soutenir les centres sociaux gratuits qui, en Grèce, tentent de compenser les manques du système. Nombre d’entre eux se demandent si leur combat est utile, s’ils collectent les produits qui sont le plus indispensables, si leurs signes de solidarité sont suffisants. Peut-être suis-je dangereusement extrémiste, mais je pense que le seul soutien utile que l’on puisse apporter à la Grèce, c’est de combattre la peur qui chez nous obscurcit notre horizon politique. C’est d’affirmer ici, chez nous et face au monde néolibéral que nous n’avons pas peur de vivre sans Traité de Lisbonne et sans euros, que nous ne craignons pas de voir s’écrouler cette structure étatique jacobine qui se croit seule capable de gérer nos vies, que nous pourrions même nous passer de cet outil monétaire si mortifère pour assurer à tous l’accès aux biens et services qui nous sont nécessaires. Le danger n’est pas dans l’avenir mais dans le présent. Toutes les peurs autres que celle que rien ne change sont sans objet. Même pas peur !!!

Tag(s) : #Politique, #Société