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               Δεν μπορει, δεν μπορει, (c’est impossible, impossible), c’est ce que j’entends dès que je demande à un Grec comment cette situation folle pourrait prendre fin, dès que l’on évoque l’avenir politique du pays. Il est vrai que tout semble avoir été essayé politiquement. L’échec Syriza-Anel est aussi patent que celui de la coalition Nouvelle Démocratie-Pasok. L’Aube Dorée traine de sérieuses casseroles, le KKE (PC grec) est en état de sénilité avancée, le Plan-B est réduit à l’état de groupuscule… Les élections auront lieu dans deux ans et, à moins d’accepter comme une fatalité l’éternel recommencement des mêmes causes et des mêmes effets, personne n’envisage une autre coalition possible, un autre parti qui contre toute attente deviendrait majoritaire. Même un regroupement des forces souverainistes, nationalistes, anti capitalistes et anti européistes semble utopique. Le peuple serait majoritairement prêt à se rallier à un tel mouvement, mais comment trouver le nombre suffisant de tels politiciens, capables de changer la donne, de ne pas reproduire les mêmes erreurs que leurs prédécesseurs ? Δεν μπορει !

 

                Dans ces conditions, si de nouvelles personnalités politiquement “vierges”, issues de la société civile et non de la “profession”, ne se présentent pas, à quoi bon voter ? Le taux d’abstentions pourrait bien croitre autant et même bien plus qu’il ne l’a fait en France. Or, l’expérience française montre que l’on peut devenir président avec une abstention record (plus de 50%) et un nombre ridicule d’adhésions réelles (moins de 20%). Δεν μπορει ! 

                De toute façon, dans l’hypothèse de l’émergence d’un nouveau personnel politique, quels moyens auraient-ils de se faire connaître, de faire croire à un projet, de résister aux campagnes de dénigrement que les médias, la finance et l’aristocratie politique leur opposeraient ? Le système Podémos, qui a extrait d’une lutte populaire des chefs de files, a ses limites, on l’a bien vu ! Δεν μπορει ! 

 

                Alors, rêvons ! Et si émergeait une autre forme de parti politique, non plus pyramidale et centralisée, mais horizontale et enfin démocratique ? Et si ce parti investissait l’énorme potentiel du smartphone  auquel une majorité de Grecs s’accrochent comme des naufragés à leurs bouées ? Et si la maxime bien connue “douze Grecs, treize capitaines” n’était plus une critique, mais un slogan, un gage de puissance ? Et si la proposition de départ lancée via Internet était girondine (fédéraliste) et non plus jacobine (centralisée) ? La Révolution française qui a pourtant été un  bel échec démocratique,  s’est contentée d’un transfert des privilèges de la noblesse vers la bourgeoisie. Cette Révolution a servi de modèle en bien des endroits du monde, les mêmes causes produisant les mêmes effets !

                Et si la garantie du nouveau système était une charte éthique précise : pas de salaire au-delà de la moyenne nationale pour un élu ; des mandats impératifs avec révocation immédiate au premier manquement ; la fin des “représentants” qui prennent le pouvoir au lieu d’exécuter ce pour quoi ils ont été nommés ; un cumul impossible des charges ; une interdiction de renouveler un mandat pour éviter qu’une nouvelle classe politique renaisse et ne défende plus que ses propres intérêts ; la possibilité de modifier la Constitution, les lois, les règles par référendum sur initiatives populaires… ?

                Et si les deux années qui restent à subir la trahison d’Alexis Tsipras étaient consacrées, non plus à la critique du vieux système, non plus à la énième rédaction d’un “programme de Thessalonique” qui emporterait l’adhésion du peuple, mais à l’élaboration d’une gigantesque plateforme Internet ouverte à tous ? Un site qui permettrait à chacun de redevenir acteur, porteur de projets, propagateur de solutions… J’imagine qu’il doit exister au moins une équipe d’informaticiens chevronnés, capables, en Grèce ou parmi la diaspora, de donner un cadre commode de propositions, d’organiser le vote instantané (j’aime, je doute, je désapprouve) et l’élimination toute aussi instantanée des propositions farfelues, infaisables ou dangereuses. Une telle plateforme qui redonnerait la parole au peuple, un sens à sa révolte, un objectif à ses espoirs, un outil de communication…, pour qu’enfin il cesse de dire Δεν μπορει !

 

                Un ami, historien et grec, fin connaisseur de la vie politique actuelle, citait le poète Yorgos Séfiris : « …nous serons avalés par ce qu'il y a de plus mécanique et de plus marchand, venu tout droit de la dite civilisation occidentale… » C’était en 1949, et il ajoutait en 1961 : «Je vois que c’est déjà trop tard, l'occasion a été perdue... ». Quel désespoir le saisirait s’il voyait la situation de 2017 ! Pourtant, j’ai un impératif besoin d’opposer à Séfiris les vers de Jacques Brel : « On a vu souvent rejaillir le feu de l´ancien volcan qu'on croyait trop vieux… » Constater que le volcan est mort, c’est  se persuader qu’il n’y a plus d’espoir, que le néolibéralisme a définitivement gagné. Imaginer qu’il puisse se réveiller, c’est s’accorder un droit de vie. Ce n’est pas réaliste ? Et alors… L’Histoire est pleine de situations objectivement désespérées renversées par l’irruption fortuite d’un événement anodin, imprévisible : la colère d’un marchand de légumes ambulant a déclenché la Révolution tunisienne ; l’irruption de l’imprimerie a permis la Réforme et les Lumières ; l’oubli d’une coupelle de culture par Flemming dans son laboratoire et la pénicilline est découverte ; un gamin qui dérobe le drapeau nazi au sommet de l’Acropole et cela devient un symbole opérant pour la résistance durant des années et qui fonctionne encore comme tel aujourd’hui…   

 

                Ce qu’il y a de sûr, c’est que faire une nouvelle soupe avec les mêmes variétés de légumes, dans la même marmite, sur le même feu est une folie et tout le monde l’a bien compris. Seule la proposition d’un cadre différent, la possibilité d’y apporter des éléments individuellement et structurellement nouveaux, le tout mitonné sur des critères inédits, pourra redonner sens à la vie politique. L’idée du slogan “Podémos” était presque bonne et en tous les cas meilleure que l’impuissance du “Δεν μπορει”. Ce que les Espagnols ont raté pour n’avoir pas osé rompre avec les usages de la politique classique, ce qui semble impossible en France, trop engoncée dans ses certitudes et encore trop riche, cela pourrait bien réussir en Grèce où il n’y a plus grand-chose à perdre, où la tradition du politique est longue et riche. Après tout, la première tentative de démocratie, même très imparfaite, est venue d’Athènes et ne s’est pas laissée intimidée par ceux qui, certainement, déjà disaient Δεν μπορει !

                Si mon pays, la France, tellement convaincu d’être le plus imaginatif, prenait le pas et entrainait derrière lui tous les colonisés des créanciers, ce serait bien. Mais je rêve que le volcan se  réveille en Grèce, car ce peuple est sans doute le plus désespéré d’Europe, mais aussi le plus capable de rebond.  Μπορούν ! (Ils peuvent !...)

 

Tag(s) : #Grèce, #Politique