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               Ce mercredi 15 novembre, un violent orage a semé la panique à l’ouest d’Athènes sur les villes de Peramos, Megara et Mandra. Un millier d’habitations détruites, 16 morts, 4 disparus, les routes et autoroute coupés, de nombreuses entreprises en ruine… Les médias parlent de catastrophe naturelle, Tsipras décrète trois jours de deuil national, les habitants de ces régions cherchent qui sont les responsables… Parmi quelques rares voix discordantes dans ce concert, celle de mon ami anthropologue Panagiotis Grigoriou  s’interroge dans son blog sur ce qualificatif de “naturel”.  

                     Il serait temps en effet que l’on cesse de qualifier ce genre d’événement de “catastrophe naturelle”. C’est l’exemple typique de ce qu’une société marchande, uniquement soucieuse des profits financiers potentiels, est capable de provoquer. Ce que nous appelons “nature” est le résultat d’un équilibre fragile entre des forces considérables. L’homme ne devrait y intervenir qu’en respectant cet équilibre. On peut faire avec la nature, mais jamais malgré elle.  Comme le dit le géologue Dimitris Papanikolaou : « À l’université, nous avions fait de la ville de Mandra un cas d’école pour les risques d’inondation […] C’est une intervention humaine caractérisée par une ignorance et une indifférence criminelle… ». On a laissé brûler la forêt et le maquis du mont Pateras, on a bétonné à tout va, on a transformé cinq rivières en canaux souterrains. Et bien sûr, convaincus que le génie de l’homme est plus fort que la nature, on a construit des habitations sans aucune prise en compte des risques.

                La seule idée de réaliser des profits financiers rend l’homme stupide, prétentieux, irresponsable, et in fine criminel. Ce n’est pas, comme on le dit toujours, la nature humaine qui est mauvaise. C’est la structure sociale adoptée qui la rend bonne ou criminelle. Et comme le problème est structurel, tout le monde est responsable : l’industriel qui bétonne, le politique qui lui en donne le droit, le petit propriétaire qui veut construire sa maison à moindre coût, l’automobiliste qui se réjouit de rouler sur des routes de plus en plus larges, nous tous qui modifions le climat par un consumérisme débridé et détruisons la planète… Tout le monde, c’est personne, et dans ce cas, la catastrophe annoncée n’est plus la rançon de la cupidité, la conséquence d’une volonté collective de puissance, seulement une catastrophe “naturelle“ ! Et l’on voudrait me faire admettre que c’est moi qui suis fou de vouloir une société enfin libérée de cette barbarie monétaire, du profit comme fin ultime, de la croissance infinie, du productivisme, de l’extractivisme… Cet événement climatique en Attique est aussi naturel que l’avènement de la Troïka et de ses memoranda ! Un jour ou l’autre il faudra bien choisir entre l’inondation, la globalisation, la crise institutionnalisée d’un côté et la paix d’une société sans argent et sans profits de l’autre côté. Sans doute, ce jour viendra quand nous n’aurons d’autre choix que de se noyer ou de changer de paradigme, d’autre voie que celle de Noé avec son arche ou Prométhée avec ses feux…

Tag(s) : #Ecologie, #Politique, #Désargence