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Une vidéo circule sur le NET et mérite d’être analysée. Il s’agit de l’interview d’Alexandre Langlois, un policier qui nous explique le désarroi de ses collègues (70 % dit-il) dans le contexte des Gilets jaunes. Le propos est dur vis-à-vis de la hiérarchie et des politiques qui sacrifient consciemment les fonctionnaires de police à leurs ambitions politiques et à une vision théorique absurde de la répression. On a vraiment envie de compatir et de plaindre ces pauvres victimes contraintes de matraquer des innocents ! Après quelques secondes de réflexion, on ne peut éviter de se poser quelques questions :  

Comment des policiers tenant un tel discours peuvent-ils ne pas démissionner ? Si les policiers se savent à ce point manipulés par la hiérarchie, comment peuvent-ils ne pas désobéir sur le terrain ? On en voit beaucoup qui foncent allègrement dans le tas et très peu qui font semblant, qui désobéissent discrètement…  S’il est vrai que les policiers ont dans leurs proches des Gilets jaunes et les comprennent, comment se fait-il qu’ils ne soient pas plus prudents avant de charger, de gazer, de matraquer ? Seraient-ils certains de ne pas être face à face avec un copain, un cousin, un fils ?... Si les policiers savent tous que l’IPGN n’a pas légalement le droit d’enquêter au regard de la législation européenne (ne pouvant être juge et partie), pourquoi ne se portent-ils jamais témoins dans les procès civils qui impliquent des blessures causées par la police ? (le droit de réserve ne peut s’appliquer vis-à-vis d’une structure illégale…).

Le policier affirme qu’un grand nombre de ses collègues sont Gilets jaunes, que les casseurs sont instrumentalisés par le pouvoir, que beaucoup sont au bord du burnout, que certains se suicident, et la seule réponse c’est l’arrêt maladie ! Je salue le courage des policiers. Dans un gouvernement dictatorial, et nul pays n’en est à l’abri, les mêmes tireraient à balles réelles, tortureraient, arrêteraient arbitrairement…

L’intervention de ce policier qui apparemment n’a toujours pas démissionné ou n’a pas encore été mis à pied, n’est-il pas une manœuvre orchestrée pour dédouaner les policiers. L’argument développé par ce policier ressemble assez à la tactique utilisée par la plupart des Allemands jugés à Nuremberg : je n’ai fait qu’obéir aux ordres de ma hiérarchie, sans aucune possibilité d’y échapper sinon en mettant ma vie en danger. Certes, les policiers ont l’air bien désarmés dans ce contexte politique, mais ce sont les mêmes qui vont récuser l’argument “sociologique” quand un jeune de banlieue est lourdement condamné pour un quelconque dérapage. J’aurais aimé que cet homme qui parle si bien, qui a l’air si honnête, si soucieux de la paix sociale, nous annonce qu’il objectait au nom de sa conscience et en assumait les conséquences. Je suis sûr qu’il aurait eu le soutien moral et matériel de nombre de Gilets jaunes !

La présentation de la vidéo sur Youtube, n’en dit presque rien : « Alexandre Langlois est policier. Menacé par sa hiérarchie pour "déloyauté"… » Qu’il soit menacé on s’en doutait. Boulevard Voltaire nous précise que Langlois passera en conseil de discipline le 14 février et risque un blâme ou la révocation. Interviewé par ce média, Langlois dit ne pas être contre les LBD (lanceurs de balles qui ont fait tant de dégâts) et demande simplement plus de formation au tir… Il dit être dans le même camp que les Gilets jaunes, comme d’ailleurs beaucoup de Gilets Jaunes crient La police avec nous. N’est-ce pas un leurre pour bisounours ? La police d’un gouvernement néolibéral  n’est pas le service d’ordre d’une manifestation CGT, et encore moins d’une assemblée anarchiste. La police de Vichy était vichyssoise, la police des années 50 était pour l’Algérie française, celle de 2018 est contre les ZAD et les Gilets jaunes, c’est normal !

Alexandre Langlois est Secrétaire général du syndicat VIGI, syndicat “de la colère des policiers”, représentatif de 0,4% des policiers (ce syndicat avait appelé à la grève le 8 décembre tout en sachant que les policiers n’ont pas le droit de grève et que seuls les “fonctions supports” pouvaient se le permettre. Langlois est visiblement dans la vieille tactique prônant la réforme par l’intérieur du système. Quand j’objectais à l’armée, on me disait qu’il fallait transformer l’armée de l’intérieur et pour cela accepter le Service militaire. Quand des prêtres de cette époque, excédés par les conditions sociales de leurs ouailles et par l’inertie de l’Église, se faisaient ouvriers, c’était toujours avec cette idée de moraliser le système. Quand, au plus haut sommet de la hiérarchie financière (BRI, FMI, banques centrales…), on prévoit l’effondrement très prochain du système monétaire, la plupart des économistes persistent à vouloir moraliser l’argent…

L’Histoire a prouvé que seule la poignée d’objecteurs a gagné la bataille sur le service militaire, que l’Église est toujours aussi lente à condamner ses dérives, qu’aucune loi depuis 3 000 ans n’a réussi à empêcher la prédation des riches sur les pauvres. L’Histoire, très logiquement, montrera que rien ne sert de fraterniser avec les nervis du pouvoir et qu’il faut s’attaquer au Pouvoir, à l’État, à l’Argent, au Marché, au Salariat… Tous mes vœux à Alexandre Langlois pour qu’il comprenne cela avant que la machine étatique ne le broie !           

Tag(s) : #Coup de gueule, #Société, #Politique