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                Le 26 mai, nous serons appelés à voter pour nommer les 79 députés français qui siègeront parmi les 705 députés européens. Étant bien conscient de l’enjeu climatique et environnemental, étant bien solidaire avec tous ceux qui luttent au quotidien pour sauver ce qui peut encore l’être ou qui ont défilé lors de la “Marche du Siècle” du 15 mars, j’ai été voir le site des écologistes dédié aux élections.  C’est terrible d’être à ce point en accord avec des amis quant à leur vision du monde, leurs analyses, leur militantisme, et à ce point en désaccord avec leur stratégie…

                A vous tous, écologistes, décroissants, Gilets jaunes, collapsistes, syndicalistes, anticapitalistes, à tous ceux qui honnêtement luttent contre l’injustice, la pauvreté, le saccage de la nature…, j’ai alors envie de rappeler que tous les chemins ne mènent pas à Rome mais parfois dans une impasse ou vers un précipice…  

                Le site en question nous dit qu’il y a urgence, c’est évident, que  le pire va arriver, c’est certain, qu’il ne s’agit plus d’influencer les décideurs, ça va de soi. Il faut les remplacer, je suis d’accord. Mais dans quel cadre ? Si on reprend le même cadre national et européen, rien ne nous dit que les nouveaux élus seront meilleurs que les anciens. Nicolas Hulot, Yves Cochet, José Bové, Eva Joly…, qu’ont-ils fait dans ce cadre-là ? Tout serait simple si c’était les personnes qui étaient mauvaises et pas le système. Il suffirait de bien voter ! Mais les personnes n’y peuvent rien,  le logiciel est inadapté. Vous voulez planter un “clou environnemental” munis d’une râpe à bois et vous nous demandez de changer de râpe. Vous voulez sauver la râpe en élisant des ébénistes assez malins pour s’en servir comme d’un marteau.

                Je tiens pour d’excellents “ébénistes politiques” Yves Cochet, Yannick Jadot, Benoît Biteau et leurs amis, mais jamais je ne les enverrais dans la galère européenne pour s’y faire broyer par le conservatisme institutionnalisé, se faire étouffer par les milliers de lobbyistes aux financements sans limites, pour se compromettre et tolérer l’intolérable. Ils ne méritent pas cela et ont bien mieux à faire.

                Tant de scientifiques, de Dennis Meadows à Pablo Servigne en passant par Johan Rockström nous annoncent l’effondrement à l’échéance de dix à quinze ans !... Aurons-nous le temps de convaincre les européistes maastrichtiens, les industriels et leurs lobbyistes, les cornucopiens de tous poils qui attendent l’innovation salvatrice, les idéalistes persuadés que l’homme deviendra bon, que le Commun partout est possible… ? En si peu de temps, je n’y pense même pas. L’utopie n’est plus dans le désir de changement radical mais dans la croyance que le cadre néolibéral pourra s’adapter à l’écologie, que l’Europe saura se repeindre en vert. Ce n’est pas autre chose que déclare Anselm Jappe dans son livre “La Société autophage” :

« L’abolition de l’argent et de la valeur, de la marchandise et du travail, de l’État et du marché doit avoir lieu tout de suite, - ni comme un programme “maximaliste” ni comme une utopie, mais comme la seule forme de réalisme. »    

                Alors voter aux Européennes est pour moi le meilleur moyen de laisser l’humanité aller à vau-l’eau, de perdre le précieux temps que l’on devrait consacrer à préparer l’effondrement, à inventer un autre cadre, à imaginer théoriquement et concrètement comment organiser un monde libéré de l’échange- marchand, de la tyrannie des profits financiers à réaliser, des conflits d’intérêt entre l’homme et la nature, etc. Il est temps d’admettre que nous sommes dans l’impasse et qu’il faut inventer autre chose. De bons députés à Bruxelles seront  aussi peu efficaces que tous les braves gens qui ont participé aux Grands débats nationaux, aux cahiers de doléances dans les mairies (j’en ai fait partie par solidarité) et à qui le Gouvernement est en train de répondre : « taisez-vous quand vous parlez !!! »

                A nous maintenant de dire aux Politiques de se taire à défaut d’agir, d’écouter au lieu de d’affirmer, de tenir compte des expériences de la base au lieu de grimper au sommet d’une pyramide pour nous  expliquer, vu d’en haut, comment cultiver notre jardin… Nos députés ne sont pas mauvais, Macron lui-même n’est que le produit du système, une râpe qui tente de planter un clou, un malheureux pantin manipulé par plus haut que lui. En changer ne changera rien. Leur reprendre véritablement le pouvoir ou les transformer en délégués qui porteraient nos paroles, nos décisions quand elles concernent ce qui dépasse notre petite base, voilà ce qui pourra nous autoriser à être enfin écologistes, socialistes, libertaires, démocrates, ou toute autre -isme qui nous semblerait essentiel…       

Tag(s) : #Politique, #Ecologie, #Effondrement