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                Dans un peu plus d’une semaine, les Européens vont élire leurs députés au Parlement de Bruxelles. C’est l’occasion pour les médias de nous rappeler que le vote est notre ultime moyen d’agir sur la marche du monde, que notre opinion a un poids.  On nous dit qu’il faut sauver l’UE, la transformer profondément ou la quitter, selon les candidats. Et des candidats, il y en a pléthore, dans chacun des trois camps. Les premiers réclament nos voix pour que l’UE continue sans que rien ne change, les seconds pour qu’ils renversent la table et refondent une Europe sociale et écologique, les troisièmes pour nous dire qu’il faut entrer dans l’UE pour en sortir. Nous aurons le choix entre 34 listes (voir), ce qui est presque aussi caricatural qu’en Grèce.

                Les Grecs voteront le même jour pour les municipales, les régionales et les européennes. Rien que sur la ville d’Athènes, plus de 50 listes briguent la mairie de la capitale. Il faut dire que la crise est finie, comme nous le disent les médias, mais que le chômage perdure, les salaires et retraites continuent à réduire, le pays est vendu par petits bouts à l’encan international… Alors, un poste de député européen à  8.757€ par mois plus les avantages annexes pendant cinq ans, cela en fait rêver plus d’un ! (Voir)

 

                Mais revenons au fond : un député européen dispose du pouvoir législatif. Il légifère, vote et amende les lois, les directives, les décisions, règlements et avis et autres textes européens. Ils approuvent ou refusent le budget de l’Union. Ces débats sont plus souvent techniques que politiques et sont ensuite retoqués par le Conseil de l’Union (la réunion des 27 ministres des affaires étrangères). Au mieux, le Parlement dispose d’un pouvoir de consultation, limité par la volonté des États, ce qui est  très insuffisant pour “renverser la table” ou pour infléchir le cours de la “transition écologique” dont tous parlent. Les députés européens ne peuvent même pas proposer des lois, c’est la prérogative de la Commission. Ils peuvent certes voter une motion de censure contre la Commission et révoquer son Président, mais cela ne s’est fait qu’une seule fois, en 2014, et Juncker est resté en poste sans problème !

                Alors pourquoi voter ? N’est-ce pas le moment le plus opportun pour délégitimer définitivement cet appareil impuissant mais coûteux ? D’ailleurs, tous les pouvoirs politiques sont dans le même cas et la dernière “Macronade”  en témoigne. La déclaration de Macron suite au rapport du GIEC est à ce titre édifiante : « Changer, c’est difficile. Ça crée de l’anxiété. Mais au fond, on a le choix entre deux anxiétés : l’anxiété de la fin du monde, pour reprendre la formule maintenant consacrée qui dit que quand on lit les experts, le réchauffement climatique, la biodiversité, on va vers le pire, ou l’anxiété de changer ses habitudes, de se dire il y a malgré tout une sortie et au bout, on peut avoir un agenda gagnant-gagnant. C’est-à-dire continuer à faire, à vivre sa vie, mais en acceptant de changer ses habitudes et donc de se remettre un peu en question et d’être accompagné pour cela. C’est ce que l’on doit faire dans chacun de nos pays. Ne pas faire ce qu’on doit, et le maximum de ce qu’on doit sur ce sujet, c’est prendre le risque, historique, d’être jugé très sévèrement. Notre premier allié, ce sont nos citoyens et nos jeunes.» 

                Voilà donc un personnage qui multiplie les décrets, ignorant ainsi le rôle des députés, et qui nous demande à nous, peuple sans pouvoir, de changer nos habitudes, de nous remettre un peu en question… Voilà un personnage qui dans le même temps nous dit qu’il faut faire le maximum pour l’écologie au risque d’être très sévèrement jugé par l’Histoire et prépare un décret (voir) pour libérer les zones protégées et les offrir aux “aménageurs” privés sous le seul contrôle des préfets dont on sait le peu de poids qu’ils ont face aux lobbys bétonneurs ! (voir) Plus cynique que ça, tu meurs, dit l’homme de bon sens au comptoir du café…

                Ce genre de rhétorique contradictoire devient de plus en plus la norme des politiques et nous continuons à voter pour eux. Nous n’aurions pas déjà voté pour des chats noirs, puis des chats blancs, puis des chats blancs tachés de noir ou noirs tachés de blanc, nous serions excusables (voir). Mais depuis 1789, nous avons épuisé toutes les combinaisons politiques, de droite, de gauche, de centre, d’extrême, de cohabitation…, pour toujours retrouver le même cynisme. Il serait peut-être temps de changer ou, a minima, de manifester notre désir de changement en cessant de réclamer des solutions à des gens qui ont une peur bleue du moindre changement, de l’aveu même d’Emmanuel Macron !     

                PS : Pour ceux qui auraient encore quelques scrupules, qui auraient peur d’être de mauvais citoyens ou de faire le jeu des extrêmes, pour ceux qui tiennent à se rendre aux urnes dans l’espoir d’y rencontrer leur maire ou leur député pour leur rappeler leurs promesses non tenues depuis plusieurs années, il y a toujours la possibilité de glisser dans l’enveloppe un bulletin jaune que l’on peut agrémenter d’un slogan à la Pierre Dac (“Tous pour un, un pour tous, trois pour cent...” par exemple), d’un rappel au NON de 2005 ou d’un simple M…. !  

Tag(s) : #Coup de gueule, #Ecologie, #Politique