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            Depuis qu’il est question de remettre en place un nouveau Service National, plusieurs articles ont été publiés sur ce blog : JDC (24.09.2014), La formation de bons petits soldats (11.10.2016), Macron et la culture de guerre (15.02.2018) et De la JDC au SNU (24.11.2018). Et, très visiblement, le sujet bat tous les records de ce modeste blog en nombre de lecteurs. Si habituellement un article est limité à quelques centaines de lecteurs, ceux-là se comptent en milliers.  Cela prouve que le sujet intéresse, pose question et sans doute inquiète. Il est donc nécessaire d’en faire une mise à jour.

                Après la première phase d’instauration du SNU, il va être généralisé à l’ensemble des jeunes et,  Gabriel Attal  l'a bien précisé, “il n'y aura pas d'exception. Le SNU sera obligatoire et on ne pourra pas se faire exempter”. Rappelons que M. Attal,  ex socialiste devenu LREM, devenu secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, a été chargé de mettre en place le SNU.

                Cette déclaration qui ressemble bien à l’esprit du macronisme : le problème n’est pas l’exemption mais l’objection. Personne ne contestera qu’une obligation ne puisse souffrir d’exception en dehors des cas flagrants de handicap physique ou mental (comme les P3 et P4 de l’ancien Service National),  sans quoi on serait dans l’injustice totale. En revanche, le SNU s’appuie sur les anciens textes du Service National qui incluait le service militaire, la coopération et le service civil (pour ceux qui, en conscience désiraient objecter). Il n’y a donc aucune raison d’exclure l’objection de conscience du SNU et de la possibilité de le remplacer par un service civil. Cela ne pose aucun problème technique ou juridique puisque le service civil existe encore et vaut bien le SNU ! Alors pourquoi, amalgamer objection de conscience et  exemption ?

                Qu’il s’agisse du SN à l’ancienne ou de SNU à la Macron, nous sommes bien dans un cadre militaire, avec les méthodes, l’état d’esprit, l’objectif de militarisation qui n’ont  guère changé. On peut donc logiquement comprendre que certains se refusent à être confrontés à un gradé, à recevoir une formation paramilitaire, à entendre le discours guerrier d’officiers revenant d’un des multiples conflits extérieurs que mène la France. On peut comprendre que la marche au pas, l’uniforme et la levée des couleurs leur donne de l’urticaire ! La mise en scène du 17 juin largement relayée par les médias risque fort de susciter quelques exceptions parmi les jeunes.

                Allons-nous alors nous retrouver comme au tout début du statut des objecteurs ? Il est bon de rappeler comment cela s’est passé. En 1963, le Service National était obligatoire et durait 18 mois. Les réfractaires avaient le choix entre l’exil ou trois ans de prison. Le droit de refuser la conscription obligatoire a été arraché par l’anarchiste Louis Lecoin, âgé de 74 ans, après une longue grève de la faim. Le Général de Gaulle et son premier ministre Georges Pompidou ont cèdé à la pression des militants pacifistes et de quelques intellectuels (loi du 22 décembre 1963), mais ont tout fait pour que le nombre des bénéficiaires du statut des objecteurs reste le plus limité possible. Il y avait à l’époque 59 objecteurs incarcérés au centre de Mauzac, en Dordogne.

                Il a donc été décidé que les objecteurs feraient un service civil d’une durée double de celui du SN, soit 36 mois ! Pour obtenir ce droit, les objecteurs devaient en faire la demande à une Commission Juridictionnelle par une lettre de motivation. Certaines demandes ayant été refusées sans explication, les objecteurs ont alors décidé d’envoyer une lettre type, ce qui mettait la Commission dans la nécessité de les refuser ou de les accepter toutes. Nous étions donc dans l’incertitude totale et nous nous préparions à choisir entre la résignation (accepter 18 mois de service) ou l’entêtement, (le risque de quelques années de prison…).  Cette demande devait en outre être envoyée à la commission dans les 15 jours après la parution au Journal Officiel du décret d’appel du contingent, sous peine de forclusion. En 1964, il n’y avait pas Internet, les lecteurs du JO étaient rares, les candidats objecteurs isolés, ce qui a éliminé bon nombre de candidats et conduit quelques réfractaires entêtés en prison.

                Dans les premiers temps, les objecteurs ont été regroupés dans le centre de protection civile de Brignoles (Var), encadrés par des militaires, ce qu’ils ont très vite refusé au point d’être incarcérés à la prison militaire d’Uzès (Gard) pour des “raisons de discipline paramilitaire” (sic). Après grève de la faim, protestations, articles de journaux, ils seront libérés et dispersés au sein d’associations (SCI, ADT, Emmaüs…). En 1972, paraît un décret dit “de Brégançon” qui vise à instaurer une discipline quasi militaire aux objecteurs et à les regrouper au sein de l’ONF. Plus de 300 objecteurs refuseront cette affectation…

                  Dès le début de la mise en place du statut des objecteurs, les limitations ont été aussi nombreuses que floues : il a longtemps été impossible de savoir si oui ou non la fonction publique nous serait fermée.  Il était interdit de faire connaître la loi sur l’objection, ce qui était assimilé à de la propagande (contradiction de fond avec la Loi républicaine qui veut que nul ne soit censé ignorer la loi !). Tout ceci explique le nombre relativement restreint des objecteurs (28 en 1966, 101 en 1968, 621 en 1971…). En 1983 un nouveau statut est voté adoucissant le régime du service civil et facilitant les démarches, aboutissant en 1996 à l’incorporation de 14 610 objecteurs, fruit de ces années de luttes intenses.

                Il y a aujourd’hui de bons Français qui se refusent à chanter la Marseillaise par amour de leur pays autant que de la paix, qui ont été nourris avec Boris Vian, Léo Ferré, Georges Brassens, qui veulent bien qu’un drapeau soit le logo de leur lieu de naissance mais ne veulent pas qu’il les mène au combat, qui supportent mal le garde-à-vous. Que feront ces jeunes s’ils sont complètement isolés, s’ils n’ont pas dans leur réseau un ancien objecteur des années soixante ou quelques membres de groupes politiques organisés ? Il est temps d’exiger le droit à l’objection de conscience vis-à-vis du SNU, tel que prévu par la loi du 22 décembre 1963. Il est temps de contraindre le gouvernement à inclure sur sa page Internet la possibilité d’effectuer un service civil à la place du SNU, de lever les ambigüités qui font croire qu’aucun diplôme d’État ne pourrait leur être attribué (du BAC au permis de conduire) s’ils refusaient d’effectuer cette “obligation”. Il est temps de ne pas oublier les risques pris par les premiers objecteurs et insoumis pour arriver à la suppression du service militaire obligatoire. Le SNU qui doit être généralisé à partir de 2021 est qualifié de civique par le gouvernement. Le terme civique se rapporte à ce qui est relatif au citoyen et les militaires en sont. Il est temps de réclamer le droit d’être citoyen civil qui, s’il doit au nom du civisme donner du temps à la collectivité, que ce temps soit lui aussi civil et non militaire et civique !

                Les temps ont changé, chacun peut s’informer sur Internet malgré les brouillages et les censures d’État. De nombreux organismes se sont regroupés pour lancer une  Campagne unitaire contre le SNU. Chacun pourra y trouver l’aide qu’il lui faut, en fonction de sa sensibilité politique ou philosophique, parmi les signataires de cette campagne :

Union pacifiste, Union syndicale Solidaires, Solidaires Étudiant.e.s, ASSO-Solidaires, SUD éducation, SUNDEP Solidaires Sud Enseignement privé,  Solidaires Jeunesse et Sports, Fédération Éducation de la Confédération Nationale du Travail, Émancipation tendance intersyndicale, Mouvement National Lycéen, Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne, Fédération nationale de la Libre Pensée, Droits Devant !!, Ni guerres ni état de guerre, Causes communes, Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre, Parti Communiste des Ouvriers de France, Europe Écologie – Les Verts, Fédération Anarchiste, Union Communiste  Libertaire, L’insurgé, Les Jeunes écologistes, Union des Jeunes Révolutionnaires, Union Prolétarienne, Unité Communiste de Lyon, Radio-Libertaire, Revue Silence…

                Pour tous ceux qui refusent la mascarade paramilitaire du SNU, qui réclament une substitution réellement civile, ceux qui désirent soutenir les actuels objecteurs au SNU, ceux qui cherchent simplement à s’informer,  il est possible de rejoindre ce collectif par mail ( nonsnu@lists.riseup.net ).

Tag(s) : #Actions, #Armée Ecole, #Objection, #Politique