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Déméter, déesse de l'agriculture

                Dernière Macronnade, la création de Déméter ! C’est une cellule de Gendarmerie spécialisée dans la lutte contre “l’agri-bashing”, c’est-à-dire contre les actions de dénigrement de l’agriculture conventionnelle dont se plaint la FNSEA. Il est prévu une cellule par département (issue d’effectifs de la gendarmerie). Ces cellules ont été créées sur la demande expresse de la FNSEA, juste après leur démonstration de force qui avait bloqué le périphérique parisien avec quantité de tracteurs, le 27 novembre. Il était temps que l’État intervienne pour « protéger les agriculteurs de la vindicte populaire » !

                Les cellules Déméter seront secondées par des “ observatoires” qui pourront réunir les services préfectoraux, la gendarmerie, la police municipale, les renseignements, les chasseurs, les représentants de la FNSEA et des lycées agricoles, voire des directeurs d’abattoirs (25 départements sont déjà équipés). Les agriculteurs seront invités à faire remonter tout acte malveillant comme de bons “auxiliaires de police”.

                Les personnes visées par le dispositif sont parfois clairement désignées (la mouvance antispéciste, les végans, les faucheurs d’OGM, les L214…) mais il pourra s’étendre aux écologistes (y compris agriculteurs bio), aux anarchistes, aux antinucléaires, aux antipesticides, à n’importe quel lanceur d’alerte, bref à tout opposant à la doxa gouvernementale, tous considérés comme “entités prototerroristes” potentielles. Vous avez dit “démocratie” ?...

                Officiellement, il s’agit de lutter contre des attaques violentes sur les personnes et des dégradations graves sur les cultures, les bâtiments, le matériel. La Gendarmerie a en effet comptabilisé un vol de tracteur par jour (qui peut donc voler un tracteur et pour quel usage… ?), des quantités impressionnantes de gasoil volé dans les fermes, parfois trois fois de suite chez le même paysan (curieux que des paysans n’aient pas un chien à attacher devant la cuve de carburant pour la protéger des voleurs…). Plus de 14 000 faits enregistrés par la gendarmerie nous dit-on, chiffre qui est celui de toutes les plaintes déposées y compris les affaires résolues, de celles qui ont été ensuite imputées aux paysans conventionnels de la FNSEA et les querelles classiques entre voisins. Il était urgent de créer la cellule spéciale Déméter !

                Puisque nous en sommes aux mobiles, celui du gouvernement est très clair : pour des raisons électorales, il a intérêt à soigner la ruralité la plus docile (celle représentée par la FNSEA), et à se donner tous les moyens d’étouffer les multiples contestations tous azimuts, des consommateurs intoxiqués par les intrants des agriculteurs, aux écologistes inquiets quant à l’environnement, en passant par les enseignants, les retraités, les hospitaliers, les Gilets jaunes, etc. Quant à la FNSEA, il est évident qu’elle prend de plus en plus conscience qu’un mouvement est en marche, y compris dans ses propres rangs, pour changer de modèle agricole. Elle sait qu’elle devrait accepter ce changement mais le refuse. Elle sait que son image de marque, celle de nourricière, de protectrice de l’environnement, de bon sens terrien, prend l’eau de toute part et qu’elle sera de plus en plus en contradiction avec les aspirations des non ruraux. La FNSEA est sur la défensive, comme le gouvernement néolibéral actuel, et les deux sont des “alliés objectifs”.

                Déméter était la déesse de l’agriculture et des moissons et le nom était donc bien trouvé pour protéger les agriculteurs productivistes. Mais c’était aussi la fille de Chronos, un Titan du temps de l’âge d’or de l’humanité. Par peur d’être détrôné par ses enfants, il les dévorait dès que Rhéa, sa sœur et épouse, les mettait au  monde. C’est un peu comme le néolibéralisme qui préfère mettre l’humanité en péril plutôt que de perdre ses pouvoirs et privilèges, comme la FNSEA qui préfère la “dictature en marche” plutôt que le risque de la transition écologique.

 

Chronos, Dieu du temps

                Sale personnage ce Chronos, le dieu du temps, (d’où chronomètre et chronologie…) qui trancha avec sa serpe le sexe de son père Ouranos (dieu du ciel et de la terre) pour éviter toute question d’héritage ! Symboliquement, c’est encore ce que fait Emmanuel Macron en dévorant les enfants du CNR (Retraite, Travail, Santé, Éducation, Services publiques…) pour le seul profit de sa caste… Rappelons que le Président Macron est surnommé Jupiter, c’est-à-dire l’équivalent romain de Chronos ! Cet homme que l’on dit “de grande culture” le sait-il ?