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Alekanos Alavenos.

Alekanos Alavenos.

Alekos Alavanos, "Plan B" : C’est nouveau, ça vient de sortir… Alavanos a été le mentor d’Alexis Tsipras au tout début du parti Syriza (équivalent des Mélenchonistes), il y a quatre ans. Après avoir quitté le Parti de Gauche qu’il juge trop consensuel, au point de mener le pays droit vers la catastrophe, autant que les partis traditionnels (Nouvelle Démocratie et Pasok), il lance un nouveau parti "Plan B" qui propose de changer radicalement de direction. Le discours est neuf en ce sens qu’il ne propose ni lendemains qui chantent, ni grand soir, ni programme alléchant. "…Il va falloir prendre notre destin en main, quitte à le forcer et à nous forcer, sans pouvoir garantir une sortie heureuse. Le temps des garanties est terminé…"

En résumé, il s’agit de sortir de l’euro, de rendre impossible ou au moins compliqué le transfert des trésoreries des plus riches vers l’étranger, de maintenir un certain niveau quant aux revenus des plus faibles, d’orienter l’agriculture dans la direction inverse de celle imposée par l’UE et lui redonner la place qu’elle mérite, d’exploiter enfin les ressources maritimes (y compris le tourisme)… Lors du congrès fondateur du parti, Alavanos déclare : « Désormais la Grèce est un pays sans réussite. C’est une société qui a perdu sa confiance et n’a aucune perspective pour le futur. Nous ne pou­vons plus attendre un jour de plus, la Grèce est en train de mourir ». Faisant le constat du marasme dans lequel s’enfonce la Grèce avec un taux de chômage de 27% et atteignant 64% pour la tranche d’âge 18–24 ans, il assure que la Grèce peut rebondir par une dévaluation de la monnaie. Il explique que l’euro rend les produits et les services chers pour les acheteurs grecs et étrangers.

Personnellement et du bout de ma petite lorgnette, je pense que c’est le premier programme raisonnable pour une sortie de crise. Sortir de l’euro serait la seule solution pour dénoncer la dette inique qui entraîne le pays sur un toboggan infernal. La drachme forcément plus faible que l’euro favoriserait les exportations et donc l’industrie, l’agriculture, le tourisme. La fraude et l’évasion fiscale pourraient être enfin contenues avec d’autant plus de vigueur que le gouvernement pourrait s’appuyer sur le ressort nationaliste qui reste extrêmement puissant en Grèce (qu’on le déplore ou s’en réjouisse, il faut bien en tenir compte). Avec la garantie d’un usage exclusivement national, l’argent des riches resterait dans le pays ce qui n’est pas le cas actuellement. Il faut se rappeler qu’en mars 2009 le gouvernement avait prévu un prélèvement spécial sur les hauts revenus (150 000€). Il y a renoncé n’ayant même pas trouvé une dizaine de contribuables grecs ayant déclaré cette somme ! Le sentiment national ici va de paire avec un anti-américanisme et un anti-britannisme rampant. (Personne n’a oublié que la RAF a bombardé Athènes en 1945 pour empêcher l’armée nationale ELAS d’instaurer un gouvernement de gauche, que la CIA a largement soutenu, formé et financé la junte des colonels…). Une bonne campagne sur ces thèmes, pourrait même obtenir l’appui moral de l’Eglise orthodoxe, seule capable de moraliser la finance grecque. Le rehaussement du niveau de vie des plus pauvres libérerait l’Eglise de son rôle caritatif ce qui justifierait enfin la taxation de ses immenses biens immobiliers. Je souhaite donc bonne route au Plan B !

L’exil : Les avis sur les exilés sont très partagés. Les uns accordent aux expatriés des valeurs de courage et d’entreprise, les autres considèrent cette solution comme une fuite, une désertion en temps de guerre économique !... Dans la réalité, les options individuelles sont plus complexes. Yannis, le cafetier dont on parlait dans la chronique précédente, a-t-il été courageux de partir ainsi, sans connaître un mot d’allemand ? Avait-il vraiment le choix ? Fait-il partie des entreprenants ou des fuyards ? Je me garderai bien d’en juger. Ce que je sais, c’est seulement que les émigrés sont souvent des gens mal renseignés sur le pays où ils se rendent. Yannis comme beaucoup d’autres, a sans doute cédé à la proposition d’un compatriote, tenancier d’un restaurant grec à Bonn, Francfort ou Coblence. Il y subira un esclavage déguisé sous un salaire de misère. Il fera sans doute partie des travailleurs pauvres de la riche Allemagne et se croira, en sus, obligé d’envoyer des mandats à une famille peu consciente de la situation actuelle en Allemagne, de manifester autour de lui un minimum de largesses quand il reviendra au pays pour la Pâques ou au 15 août.

Orchestre traditionel à la fête de Polynéri.

Orchestre traditionel à la fête de Polynéri.

Paneyiri (πανηγυρις) : C’est la fête annuelle du village, généralement liée au Saint Patron. Une institution ici. Tout le village s’y retrouve, y compris les exilés de l’intérieur et de l’étranger qui choisissent cette date pour les vacances au pays. On loue les services d’un orchestre pour mener la danse : Un ou plusieurs chanteurs, une clarinette, une guitare, une batterie auxquels s’ajoutent parfois un clavier, un tambourin, un violon, un bouzouki… Devant l’orchestre, une piste est réservée aux danseurs et au-delà, les tables et chaises sont disposées pour le boire et le manger. L’équipe de bénévoles du village, arborant des tee-shirts généralement floqués au nom de la commune ou du plus gros commerçant local, cuit l’agneau à la broche et les souvlakis, et servent à boire. La fête est annoncée dans tout le secteur à grand renfort d’affiches (généralement la photo du chanteur ou du clarino) sur lesquelles on annonce le lieu, la date, si l’entrée est libre ou payante, avec parfois la précision στο βραδη, en soirée. Que le touriste ne s’y trompe pas, la soirée commence officiellement à 10 heures du soir et pratiquement à 11 heures. Au fait, c’est peut-être en raison de cette particularité horaire que nous n’y avons jamais vu le moindre touriste ! C’est pourtant une grossière erreur que de négliger ces paneyiris que nous considérons, nous, comme la porte d’entrée essentielle de l’âme grecque.

Les gens sont généralement surpris quand ils voient débarquer des non-grecs, puis nous accueillent gentiment, s’inquiètent de nos besoins, nous expliquent que l’on peut choisir sa table, à qui il faut commander les boissons, nous préviennent que nous allons entendre de la musique traditionnelle… Plus le village est petit, plus nous avons la chance d’être les premiers étrangers présents à la fête depuis des temps immémoriaux ! Lundi soir, nous étions à Polyneri, un petit village d’une centaine de personnes, à une dizaine de kilomètres du port de Plataria. La route étroite qui grimpe en lacets au flan de la colline et mène à Polynéri n’attire pas spécialement le touriste. Alors pour y être à 11 heures du soir et savoir que la fête se fait sous un grand hangar derrière l’église du village, cela ne peut guère être le fruit du hasard. En plus, ces touristes inhabituels baragouinent le grec et déclarent écouter souvent chez eux des CD de musique épirotes, et principalement ceux du chanteur de ce soir, Kostas Tsimas… Inouï !

Les sourires de sympathie et les tapes dans le dos se multiplient donc à l’infini… Le chanteur, très flatté d’avoir des auditeurs français et en plus connaisseurs de ses enregistrements CD, vient nous saluer à notre table.

Quand l’orchestre a commencé à jouer, ce sont les enfants qui ont ouvert le bal, spontanément. Dès l’âge de deux ou trois ans, ils imitent les grands, se tiennent par la main, tentent de suivre le rythme, esquissent quelques gestuelles classiques. Ensuite, ils apprendront à l’école ou dans des associations culturelles les pas plus complexes, les figures de style libres ou imposées. Pas étonnant que tous soient si à l’aise, du gamin au plus vieux. A chaque fois, nous sommes frappés de voir à quel point la danse transfigure les corps. Qu’ils soient maigres ou obèses, beaux ou laids, juvéniles ou décrépis, sous les mélopées du clarino, ils sont tous les mêmes, heureux, éclatants, gracieux…

La seule fausse note dans ce tableau idyllique, c’est la sonorisation. Si les musiciens sont souvent bons, voire réellement professionnels, les techniciens du son, souvent amateurs, confondent puissance et qualité. A la fête de Polynéri, nous avons eu droit à une série impressionnante d’effets larsens, une coupure brutale due à une erreur de bidouillage dans les boutons et nous sommes repartis avec le sentiment d’être sourds et de plus, dotés d’acouphènes inquiétants ! Nous qui fréquentons le musicien Marc Siffert, si précis et exigeant quant à la qualité sonore, nous avons bien pensé à lui, l’imaginant mettre au point en quelques minutes la console débordante de câbles…

Le port d'Igoumenitsa sous les nuages.

Le port d'Igoumenitsa sous les nuages.

To Kairos (le temps) : Curieuse météo que nous avons depuis quelque temps. Je vous disais la semaine dernière, "un coucou ne fait pas l’été", mais cela se confirme. Lundi, temps superbe, ciel bleu, mer calme et douce. Le soir, chute de température jusqu’à 14°. Le lendemain matin temps lourd et nuages bas. Nous sommes contraints de quitter la plage avec les premières gouttes. Puis le vent du Sud s’est mis à souffler en rafales. Le boulevard du front de mer a de suite pris des couleurs hivernales et les cafés se sont vidés. Un vrai plan-séquence façon Angelopoulos. Jeudi, de violents orages ont transformé les rues de la ville en torrents et nous sommes restés cloîtrés dans le studio. Vendredi, nous avons une belle éclaircie en matinée, juste le temps de descendre à la plage. Au soleil nous cuisons, à l’ombre nous frissonnons. Sans avoir de thermomètre pour confirmer cette désagréable sensation, nous pensons que l’on passe de 18 à 28° sur un mètre de distance ou selon le passage d’un nuage. Cette alternance d’humidité et de chaleur crée bien sûr une forte évaporation nous faisant penser au climat tropical. L’île de Corfou en face de nous semble parfois avoir sombré en mer alors que d’habitude nous voyons nettement les habitations et le relief. Quoiqu’en disent certains climato-sceptiques, il y a bien un problème quelque part. "Les riches détruisent la planète" écrivait Hervé Kempf il y a six ans. Tout ce qu’il annonçait dans son livre s’avère bien proche de la réalité d’aujourd’hui.

A propos de riches, nous avons vu arriver dans le port de Plataria un yacht privé d’une bonne trentaine de mètres de long, conduit par un équipage de quatre matelots (deux marins et deux femmes pour l’entretien). Le propriétaire français vient y passer un ou deux jours de temps en temps et donne rendez-vous à son équipage, tantôt à Corfou, tantôt à Mikonos, tantôt en Crète… Et bien entendu, le bateau doit toujours être prêt à partir, toujours nickel pour recevoir le patron, toujours approvisionné pour satisfaire ses moindres besoins ou les caprices de ses invités… Vous avez dit décroissance ?...

Nous sommes allés noyer notre écœurement dans un verre d’ouzo au café voisin où deux jeunes Albanais nous ont fait un brin de causette. Le plus jeune a tenté l’an dernier de rejoindre l’Angleterre en passant par Calais mais sans succès. Etant grécophone, il va tenter sa chance en Grèce, malgré la crise. L’autre parlant anglais, nous a expliqué qu’il poursuivait des études de médecine en Albanie. Vous avez dit croissance ?...

Un café à Plataria avec un jeune Albanais et les habituels chiens et chats "adespotes"...

Un café à Plataria avec un jeune Albanais et les habituels chiens et chats "adespotes"...

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