Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Attention,  populisme !...

Voilà bien un "mot-valise" qui commence à être agaçant à force d’être utilisé à tort et à travers. Les médias qui, sans doute par fainéantise, ingèrent et régurgitent avec une belle discipline, tous les "mots-valises" qui leur sont proposés, ne cessent de l’utiliser : Mélenchon est populiste, Marine Le Pen est populiste, critiquer un élu est populiste, remettre en cause les lois du marché est populiste, préférer Michel Onfray à Luc Ferry est populiste… Tout et n’importe qui pouvant être populiste, il est bon en ce cas d’ouvrir les dictionnaires.

Tiens, étrange, il n’est pas dans mon Littré… Le Larousse donne deux définitions: Idéologie politique de certains mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes ou Tendance artistique et en particulier littéraire qui s'attache à l'expression de la vie et des sentiments des milieux populaires. Le Trésor de la langue française précise: Tout mouvement, toute doctrine faisant appel exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu'entité indifférenciée…

Courons vite chez Wikipédia : Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques, prenant pour cible de ses critiques « les élites » et prônant le recours au « peuple » (d’où son nom), s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique.

Bigre… Voilà des définitions qui sont bien floues et méritent un petit détour chez les historiens. Il paraît alors évident que le général Boulanger était un vrai populiste, dont le parti n’était, selon François Goguel, qu’un ramassis «… de journalistes faméliques, camelots, ouvriers, épaves sociales, dressées contre les gros bourgeois du parlement et de la finance… ». Le mot populisme entre ensuite dans un semi comas pour réapparaître en 1953 avec Pierre Poujade : Le poujadisme condamne l’inefficacité du parlementarisme, les élus corrompus et la 4ème république et exprime la grogne des petits commerçants et artisans face aux grandes surfaces. Il est vite considéré comme un mouvement corporatiste, réactionnaire, petit-bourgeois. J.M Le Pen ayant adhéré au poujadisme avant de fonder le Front National, il a traîné avec lui le qualificatif de populisme jusqu’à la fin du siècle.

Annie Collovald (professeur de sociologie à Nantes) a fait remarquer que le mot populisme connaît un nouveau succès depuis les années 1990, comme synonyme de démagogie ou d'opportunisme politique, …surtout lorsqu'il s'agit de mouvements d'opposition. Selon cette universitaire en sciences politiques, la catégorie renseignerait moins sur ceux qu'elle désigne que sur ceux qui l'emploient. Annie Collovald met en parallèle le succès du vocable avec la disparition progressive des classes populaires dans les appareils et dans les discours des partis politiques et interprète l'usage croissant du mot populisme ou populiste comme l'expression d'une méfiance grandissante à l'égard des classes populaires et d'un penchant nouveau pour la démocratie capacitaire voire censitaire.

Le mot est lâché : démocratie capacitaire. Les élites politiques, financières, intellectuelles, médiatiques, sont mises en danger depuis la crise. Leurs prévisions se sont avérées fausses, leur idéologie douteuse, leurs intentions foncièrement inégalitaires. Or, de quoi tiennent-ils leur pouvoir sinon d’une capacité qu’ils s’octroient mutuellement ? Eux seuls sont à même de comprendre l’espace complexe de la financiarisation mondialisée qui nous entoure. Ce sont eux les experts, et quiconque remet en cause leur capacité à comprendre et à gérer le monde, les attaque personnellement et doit être considéré comme un révolutionnaire ou un réactionnaire, un ignare ou un pervers, c’est selon... Mais le peuple, auquel se réfèrent ces ennemis de l’ordre établi, n’est pas univoque : il est bleu marine ou rouge selon les cas, voire du plus inquiétant noir. Les leaders de ce peuple sont tantôt maurrassiens, tantôt trotskistes…

Dans une telle confusion, l’usage d’un mot-valise, c’est-à-dire d’un mot fourre-tout sans définition précise mais que l’on peut charger de tous les sens possibles, est idéal. Quiconque avance des idées autres que celle de la pensée unique, parlementariste, néolibérale, capacitaire, est potentiellement populiste. C’est pratique, c’est insultant sans risque de poursuite judiciaire, abscons sans en avoir l’air.

Pour moi, le mot de populisme, mis à part le danger qu’il représente de tuer dans l’œuf toute tentative de dépasser la pensée unique, est du même ordre que celui de voilà. Avez-vous remarqué que tout humain invité sur un plateau de télévision ou au micro d’une radio, ne peut plus s’empêcher de couper ses phrases en plein milieu et de les ponctuer d’un pompeux voilà qui permet à l’auditeur de terminer tout seul, d’y mettre ce qu’il veut, de comprendre ce qu’il peut. En somme, nous pouvons dire que tous ceux qui balancent du populisme à tout bout de champ sont …, voilà !….

Tag(s) : #Billets