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Le ferry Ancône-Igoumenitsa

Le ferry Ancône-Igoumenitsa

Retrouvailles : C’est un long voyage qui nous mène de la France à Igoumenitsa : douze heures de route, avec une escale à Bologne pour passer la nuit, avant d’embarquer sur le ferry à Ancône, le lendemain à 14 heures. En arrivant sur le pont, nous remarquons que peu de gens ont réservé des cabines. En revanche, les moindres recoins des salons et couloirs sont vite occupés par des matelas pneumatiques et des duvets. La crise est encore plus palpable que l’an dernier. Les prix ont fortement augmenté, tant pour les cabines que pour le restaurant et le bar. Les chauffeurs de poids lourds et les Grecs qui rentrent au pays pour la Pâques ont donc prévu le couchage et les provisions.

Au milieu de cette ambiance populaire, un groupe de touristes, Anglais et Italiens, font la fête. Rapidement désinhibés par quelques litres de vin puis de vodka, ils abordent les gens autour d’eux, rient grossièrement, dansent, hurlent des plaisanteries salaces, sans se rendre compte qu’ils sont quelque peu décalés. Il s’agirait d’une bande de jeunes, nous pourrions être indulgents, mais avec des gens entre quarante et cinquante ans, bons bourgeois argentés, ils ne suscitent que regards désolés et réactions de gêne… Partis sur ce mauvais pas, ces touristes risquent fort de passer à côté de l’âme grecque et de ne ramener que des souvenirs de tavernes, de soleil et de plages. La "Croisière s’amuse" qui s’invite dans un film d’Angelopoulos !...

Traditionnel agneau rôti dans le jardin.

Traditionnel agneau rôti dans le jardin.

Chronique de la Grèce…

Ce dimanche 5 mai, nous sommes invités à partager le repas avec toute la famille de Georges rassemblée dans le jardin. Depuis l’aube, Akis, le fils de Georges, et son beau frère, ont préparé les brochettes et l’agneau rôti, les femmes ont préparé les salades, les traditionnels œufs durs peints en rouge, les gâteaux. Ici, quand l’étranger passe devant un jardin où cuit le mouton, il est obligatoirement invité. A Pâques, on ne compte ni les dépenses ni les invités. C’est sans doute la fête la plus importante de l’année. On se souhaite polla chronia (nombreuses années), on casse son œuf dur contre celui de son voisin de table en criant anastasi (résurrection), on ripaille sans retenue de cet agneau très gras et très cuit (rien à voir avec notre méchoui français), sans couteau ni fourchette de préférence…

Après trois bonnes heures d’agapes, nous avons éprouvé le besoin d’une petite marche au grand air. Nous sommes allés revoir le petit port de Plataria (12 kms au sud) et marcher sur la jetée. En passant devant la psitaria "Ella", le jeune patron et sa mère nous ont reconnus et nous ne pouvions pas nous défiler. Nous nous sommes retrouvés assis à la terrasse devant la galette et l’œuf dur impossibles à refuser. Le patron s’est souvenu que l’an dernier, aux heures chaudes, j’écrivais quelque fois sur sa terrasse les prémices de mon dernier livre. Il m’a donc demandé s’il était publié et où on pouvait le trouver car son amie travaille à Athènes et lit couramment le français. Je lui ai donc offert un exemplaire de mon "Porte-Monnaie " que j’avais dans la voiture, ce qui nous a valu une tournée supplémentaire de coca. Eternel don et contre don…

Le patron de la psitaria à Plataria

Le patron de la psitaria à Plataria

Le lundi de Pâques, nous avons tenté de monter au vieux village de Vraxona qui domine la côte au Sud d’Igoumenitsa. Deux fermes occupent encore les lieux au milieu des vieilles maisons traditionnelles en ruine. Une piste part au Nord du port de Plataria, longe la crête sur une douzaine de kilomètres et redescend au Sud sur Sivota. La première ferme est habitée par un vieux berger qui nous a chaleureusement accueillis plusieurs fois. Quelques centaines de mètres plus au Sud, l’autre ferme est occupée par de jeunes bergers albanais et malheureusement surveillée par quatre énormes molosses qui avaient failli nous avaler tout crus lors de notre dernière visite. Depuis nous hésitions à reprendre à pied cette piste par le Sud, pourtant splendide. Nous avons donc pris la piste en voiture par le Nord, le départ ayant été goudronné pour accéder à une carrière. Et, oh surprise, les quelques passages très pentus et défoncés qui permettent d’accéder à la crête ont été cimentés. Notre petite et modeste voiture nous a donc conduit jusqu’au sommet sans trop de difficultés. Avec le refuge possible de la voiture nous ne craignons plus les molosses !

Les ruines de Vraxona. Au second plan, la ferme du vieux berger, au fond l'île de Paxos.

Les ruines de Vraxona. Au second plan, la ferme du vieux berger, au fond l'île de Paxos.

La Pâques aura duré trois jours puisque le mardi était aussi férié. On nous a expliqué que le premier mai été récupéré ce jour-ci. Tout était donc fermé, mis à part les cafés et quelques restaurants. Suivant l’usage que nous nous sommes fixé depuis longtemps quant aux dimanches (y compris ceux qui tombent un mardi), nous sommes partis dans l’arrière pays.

Première étape, le village de Kokkinolitharie (textuellement La Pierre Rouge). Ce n’est qu’un hameau de 70 habitants mais doté d’une belle chapelle perchée sur un pic rocheux et d’un café-restaurant extraordinairement accueillant. Notre arrivée soulève de joyeuses exclamations : Les Français sont de retour !... Polla chronia !… Ti kanété, kala eïsté, mia kala… Avec les simples mots kala (bon, beau, bien) et le verbe kano (faire), les Grecs sont capables de combinaisons linguistiques infinies : Comment vas-tu, allez-vous bien, c’est bon pour vous, le meilleur… La jeune fille de la maison, étudiante en dernière année de gestion administrative, est là pour les vacances et fait le service. Elle tient à nous offrir l’ouzo de bienvenue et un petit plat de viande grillée en guise de mézé (équivalent des tapas ou de la kémia). Nous complèterons ce quasi repas par une salade de tomates, poivrons, concombres, oignons qui ne nous coûtera que 2 euros !

Le jeune Elias, qui a un diplôme d’électromécanicien, vient nous donner de ses nouvelles. Il est toujours sans travail et coupe du bois de chauffage dans la montagne pour survivre. Heureusement qu’il est logé et nourri par la famille. Bien sûr, il embraye rapidement sur la politique, son centre principal d’intérêt. Curieusement, il tient un discours presque de gauche et se dit proche de l’Aube Dorée, le parti d’extrême droite. Mais comment lui en vouloir ? C’est un brave garçon, conscient de l’incurie totale des grands partis traditionnels (Nouvelle Démocratie et Pasok), trop contaminé par le discours sécuritaire et conformiste des médias pour penser Siriza (l’équivalent des Mélenchonistes français). Il lui reste donc l’Aube Dorée qui donne des solutions simples, a des réponses à tout, redonne un peu de fierté nationale…

L'église de Kokkinolithary sur son piton rocheux.

L'église de Kokkinolithary sur son piton rocheux.

Chronique de la Grèce…

L’an dernier, nous allions souvent manger dans la psitaria "Spécial" tenue par une famille sympathique : Dionisis, le père, Vaso, la mère, Matina, la fille et Vassilis (dit Billy), le fils. Dionisis nous avait dit qu’ils étaient tous au bout du rouleau, épuisés par un travail d’esclave et pour un revenu dérisoire. Et en effet, nous avons vu que leur établissement était fermé avec l’habituel pancarte "A Vendre". Nous nous sommes donc rendus à Smertos, leur village d’origine, pour essayer de les retrouver. Smertos est situé à vingt kilomètres au Nord d’Igoumenitsa, en direction de Sagiada et de la frontière albanaise. En suivant les indications fournies par les quelques villageois que nous rencontrons, nous finissons par trouver la petite maison de nos amis. Ils pensaient justement à nous, se disant que nous étions certainement revenus mais se demandant si nos les retrouverions. Quand nous arrivons, toute la famille prend le frais sur la terrasse, avec les grands-parents, la sœur de Vaso, son mari dentiste à l’hôpital de Filiates, sauf Matina qui est partie travailler à Athènes.

Nous retrouvons des gens enfin reposés, détendus. Ils possèdent une grande parcelle d’orangers dans la plaine, font leur jardin, vont à la chasse… S’ils ne gagnent pas autant qu’avec la psitaria, au moins ils ont moins de frais et s’en sortent mieux, sans stress et sans les longues heures à passer devant la broche et le grill quand il fait 40° dehors !

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