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Chronique de la Grèce, 02.03.2013.

Semaine du 25 février au 3 mars

L’association nantaise "Je suis grec moi aussi" nous envoie ce commentaire : « Après avoir fermé les yeux sur les camps nazis, la Croix rouge suisse ne nous déçoit toujours pas ! Dans l'édition du journal Le Monde, datée de mercredi, on peut lire que La Croix-Rouge suisse va réduire de moitié les livraisons de sang à la Grèce. Face aux arriérés accumulés par la Grèce auprès de l'organisation humanitaire (4 millions d'euros en 2011), la Croix-Rouge suisse a convenu avec le gouvernement grec que les livraisons de sang seront réduites progressivement à compter de 2015 pour atteindre la moitié de leur volume actuel en 2020. » (http://jesuisgrec.blogspot.fr/)

Le blog de Panagiotis Grigoriou est toujours aussi poignant. Loin des analyses techniques et généralistes que nous servent les médias, il nous montre les effets de la crise sur la vie quotidienne. Depuis l’effondrement du système de prévention mis en place par les services départementaux, la rage fait un retour triomphant en Grèce. Les appâts vaccinant n’étant plus déposés ni dans les zones montagneuses ni en ville, on peut craindre un début d’épizootie. Les cas de rage détectés sont de plus en plus nombreux et vendredi matin, pour la première fois, la maladie a été transmise à une femme de Trikala mordue par un chat qu’elle nourrissait. Pour ceux qui l’auraient oublié, la rage est mortelle et ne peut être soignée que par une injection de sérum antirabique dans les 24 heures qui suivent la morsure. Or la Grèce ne dispose que de 400 doses, en partie périmées. L’austérité, c’est la Troïka…, plus la rage, conclut Panagiotis !

Chien adespote, prochaine victime de la crise?....

Chien adespote, prochaine victime de la crise?....

A propos de la ville de Trikala, notre ami blogueur nous fait le compte rendu de la dernière séance du Conseil municipal. Il constate que le processus décisionnel devient "de plus en plus catastrophique et lointain ". En effet, depuis la réforme de 2010 imposée par le Mémorandum pour réduire le personnel, les petites communes ont été rassemblées en communautés de communes, comme aussi les départements (nomos) supprimés au profit des régions (périphéria). Le département de Trikala (130 000 habitants) est maintenant divisé en quatre hyper municipalités.

Lors de ce Conseil municipal de Trikala, il était débattu d’un projet d’installation d’une usine "biogaz" sur la commune de Képhalovryssi, d’une rocade qui coupe en deux la commune de Kipaki, des gitans de ce même village qui sont parqués sur un terrain boueux et accessible par une unique route qui n’est plus qu’une succession de nids de poule… Dans ces deux localités, des assemblées populaires se sont réunies pour s’opposer à des projets jugés inadaptés et incohérents. Jadis, le maire aurait dû trancher après un vote des habitants, mais aujourd’hui, les décisions sont prises à Trikala, sans consultations ni débats. Le maire de Trikala a expliqué que « toute autre représentativité [que la sienne] comme les assemblées populaires sont illégitimes et illégales ».

Le centre ville de Trikala.

Le centre ville de Trikala.

Les membres du collectif anti-usine n’ont pas dissimulé leur inquiétude : « Mais c’était une décision prise à l’unanimité par l’Assemblée populaire, tout le village fut mobilisé, nous ne voulons pas que cette usine s’installe chez nous… Nous sommes là, ainsi mobilisés une nouvelle fois car nous avons appris que cette affaire revient en force, puisque l’investissement a été inscrit dans la récente loi-cadre [législation liée au Mémorandum III, dite « Investissements Fast Track ] Nous avons appris par la même occasion que nous ne pouvons réagir que jusqu’au 1er mars… C’est alors nous mettre devant le fait accompli… ».

Quant aux gitans de Kipaki, il leur a été répondu : «C’est vrai que les gitans de Kipaki ne peuvent même plus se rendre chez eux, les nids-de-poule dans la chaussée à proximité de leur campement sont remplis d’eau depuis les pluies diluviennes de la semaine dernière. Sauf que la Municipalité ne peut pas remédier à tout, nous sommes en crise, nous n’avons même pas les moyens de remplir les réservoirs des camions à ordures en ce moment. Je rappelle qu’en l’espace de moins de deux ans, notre ville a déjà versé plus de 11,5 millions d’euros, rien qu’en intérêts liés à sa lourde dette. Par conséquent, certaines ampoules des lampadaires ainsi que les nids-de-poule attendront un peu… »

Le Mémorandum, c’est aussi cela !... (http://greekcrisisnow.blogspot.fr/)

Notre ami blogueur Okéanos nous annonce qu’un accord entre le géant américain Hewlett-Packard, le premier armateur chinois Cosco, et l’entreprise publique des chemins de fer grecs TRAINOSE a été signé mercredi pour l’utilisation du terminal de fret appartenant à Cosco, au port du Pirée. Cet accord permettra au géant américain de distribuer ses produits électroniques en Europe centrale, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Europe de l’Est. La nouvelle voie ferrée est considérée comme un outil très important qui permettra de réduire d'environ une semaine le temps nécessaire pour le transfert des marchandises de l'Asie à travers l'Europe à partir du port du Pirée.

Le premier ministre, Antonis Samaras, a pour sa part indiqué que c'est "un nouveau départ pour le Pirée et pour l'économie grecque". Il a déclaré que "l'accord permettra de créer des emplois pour les jeunes grecs, qui ont souffert de manière disproportionnée du fait de la crise économique". Le chômage des jeunes a atteint 61%, selon les données les plus récentes. Rappelons tous de même que TrainOSE est dans la liste des entreprises publiques qui devront être privatisées à moyen ou long terme. Le chantage au chômage est donc purement formel !

Les partis et journaux de gauche se mobilisent actuellement contre la dérive extrémiste du gouvernement Samaras. En effet, 85 députés du parti de la droite "conservatrice" Nouvelle Démocratie ont déposé un texte qui entend privilégier la " loi du sang " pour entrer dans la police ou dans l’armée du pays. Avec cet amendement, il ne suffira plus d’être citoyen grec pour accéder à ces fonctions, il faudra aussi être « grec par genos ». Cette initiative révèle encore un peu plus le vrai visage du parti du premier ministre Antonis Samaras, qui rallie l’extrême droite et affiche son mépris des droits de l’homme et des citoyens.

L'expression "grec par genos" est un critère couramment utilisé, mais plutôt vague de "grécité". Le mot "genos" (γένος) dans son sens le plus large peut être traduit par filiation, race, de sang, de lignée, de souche etc. Définir quelqu'un comme "grec par genos" peut signifier "grec de naissance", "grec par le sang", "né de parents grecs", "de lignée grecque", "grec ethnique" ou toute variation de ce qui précède, en fonction de l'intention politique de l'orateur. Pour l'extrême-droite, il peut aller aussi loin que définir "quelqu'un qui a de l'ADN grec".

Triomphante, Aube Dorée a déclaré le 25 février :"Il n'y a aucun besoin de plus amples commentaires pour souligner que ceci est une nouvelle grande victoire pour Aube Dorée et une nouvelle concession pour la Nouvelle Démocratie, qui suit maintenant clairement notre agenda politique dans sa vaine tentative de limiter la perte de ses électeurs vers l'Aube Dorée".

La déclaration de la gauche démocratique a été extrêmement brutale dans sa critique envers les 85 députés de la Nouvelle Démocratie qui ont soumis la proposition d'amendement, disant que c'était un symptôme de "l'obscurantisme de l'époque moyenâgeuse." La Gauche Démocratique a conclu : "Ceux qui retournent les forces armées dans un champ de la confrontation idéologique et politique sapent leur unité et leur efficacité en ce temps de crise pour notre pays."

En réponse, Aube Dorée a déclaré : "L'interdiction des étudiants étrangers dans les académies militaires est une grande victoire pour l'Aube Dorée et la justification d'une lutte que nous avons menée depuis de nombreuses années. Les uniformes d'honneur des officiers grecs ne peuvent pas être donnés à des Albanais, des Asiatiques et des Africains, et les forces armées de notre pays ne deviendront pas subordonnées à des agents étrangers, car c'était la volonté des dirigeants anti-helléniques décadents. Ces deux parties dégénérés, le PASOK et la gauche démocratique, se sont déjà mis en marge de la politique et de la société. "

Même si le texte ne passe pas lors du vote qui aura lieu en fin de semaine, une nouvelle étape vient d'être franchie dans le schéma politique grec. La Nouvelle Démocratie, encore présentée par la vaste majorité des médias comme une droite "conservatrice", montre une idéologie toujours plus orientée vers son extrême. Il est grand temps de changer de sémantique. "Sang, Honneur, Nouvelle Démocratie" : le prochain slogan du parti du premier ministre Antonis Samaras ? (Pour avoir le détail de ces nouvelles, visitez Okéanos sur http://www.okeanews.fr/).

Tag(s) : #Grèce