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Chronique de la Grèce, 20.04.2013

La semaine a été riche en informations dont on ne sait guère extraire une hiérarchie quant à leur importance. Nous balançons constamment entre la désespérance face à l’ignominie et l’enthousiasme pour de belles initiatives, l’impuissance face au rouleau compresseur troïkan et l’émergence de solutions politiques.

Ainsi, nous relevons sur le site de Médiapart un bel article intitulé "La Grèce, nouvelle terre de profits…". La musicienne Maria Kanellopoulou qui est co-fondatrice de l’association "Save Greek Water" explique comment les militants de Thessalonique se battent pour éviter la vente du service des eaux à des compagnies privées : « Lorsque nous nous étions rendus au Taiped [Organisme grec chargé des privatisations] en octobre dernier, il nous avait été expliqué que le but était de transformer complètement l'économie grecque : Peu importe, en fait, les sommes que l'on va tirer de ces ventes. Il ne s'agit pas tant de collecter de l'argent que de libéraliser l'économie. » (sic). Mais s’il est vrai que le Taiped est aux ordres de la Troïka, certaines réactions sont rassurantes. Okéanews nous signale qu’Anna Zoirou, une technocrate dudit organisme s’est rebellée en déclarant : « La troïka n'est intéressée que par la collecte immédiate de recettes et rien d'autre ». Bien entendu, elle a été sèchement virée du conseil de direction. Elle ne s’est donc pas privée de confirmer l'empressement à dire « oui à tout » de la part du premier ministre Samaras, le refus de la direction d'enregistrer les réunions (tenues en anglais, probablement pour faciliter la communication avec les membres non-grecs), ainsi que son manque de transparence et de considération dans les intérêts économiques du pays à long terme.

(ci-contre cerisier sculpté par JF APTG: "Le Chômeur".

Chronique de la Grèce, 20.04.2013

On s’attendait à ce que les Grecs, pris dans la tourmente mémorandaire, se concentrent sur leur survie et la quête individuelle de leur bien-être matériel. Il n’en est rien, preuve en est la multiplication des luttes contre le gouvernement qui distribue des droits de construction d’incinérateurs de déchets coûteux et polluants. Une bonne dizaine de blogs locaux témoignent de luttes parfois violentes, avec déploiement des MAT (CRS) en grand nombre, arrestations et habituels lacrymogènes… Ils se sont donc fédérés sous la bannière ci-dessus, depuis Kératéa (siège policier de 128 jours), Fili, Markopoulo, Egio, Lefkimmi sur l’île de Corfou (qui écrit sur la bannière, en rouge "dehors les MAT de Lefkimmi", et dessous en blanc "Le match continue…"), et autres villes. Pour tous, il est clair que la gestion des déchets confiée à des compagnies privées sans aucun cahier des charges, sans contraintes écologiques ni limites de prix, met en danger réel le pays.

Chronique de la Grèce, 20.04.2013

Mais la grosse affaire de la semaine est celle de la fusillade de Néa Manolada dans le Péloponnèse. Mercredi 17 avril, près de 200 employés bangladais d’une grosse exploitation agricole spécialisée dans la fraise ont réclamé leurs six mois de salaires impayés. Trois superviseurs sont alors sortis armés de fusils et ont tiré dans le tas. Une trentaine de travailleurs ont été blessés dont quatre grièvement. Ce n’est pas la première fois que cette exploitation est au centre d’affaires de violence contre des travailleurs migrants. L’an dernier déjà, deux Grecs avaient été arrêtés pour avoir battu un Egyptien de 30 ans puis l’avoir traîné derrière une voiture sur un kilomètre ! En 2008, les migrants avaient entamé une grève de la faim pour protester contre des salaires de misère et des conditions de vie sordide…

Cette fois, il semble que le gros propriétaire de la ferme ait laissé les choses aller trop loin. Il a été arrêté avec ses trois superviseurs. Une campagne de boycott a été aussitôt lancée par les réseaux sociaux contre les fraises de Manolada et semble "porter ses fruits" !

A ce propos, la Confédération Paysanne rappelle que le 17 avril, ironie du sort, est la journée internationale des luttes paysannes en commémoration de l’assassinat de leaders paysans brésiliens en 1996 !

Cueillette des fraises de Manolada.

Cueillette des fraises de Manolada.

Enfin, pour terminer en beauté la chronique de la semaine, Okéanews nous cite les déclarations "fracassantes" du Conseil de l’Europe (celui qui est censé protéger les droits de l’homme et l’Etat de droit, et non le Conseil de l’UE) : "Les partis politiques et le Parlement en particulier ont besoin d'adopter des mesures d'autorégulation pour combattre efficacement et sanctionner l'intolérance et les discours de haine de la part des politiciens"… "…le droit grec, s'il était utilisé, permettrait "d'appliquer des sanctions ou une interdiction effective si nécessaire au parti néo-nazi Aube Dorée"… …Profondément préoccupé par les informations persistantes de mauvais traitements, y compris de torture", dans les prisons grecques le commissaire ajoute que "le profilage ethnique par la police grecque est aussi un grave sujet de préoccupation..."

Je ne peux que m’associer à un lecteur d’Okéanos qui commente ainsi : "Hypocrisie ! Il serait bien temps que l'Europe s'occupe de ce qui se passe en Grèce, alors que c'est cette même Europe qui a mis ce pays dans l'état dans lequel il se trouve. Que ne l'entendait-on pas s'indigner de la façon dont le peuple grec est traité, en lui ôtant toute dignité ainsi que sa souveraineté. Qui, au monde, aujourd'hui laisserait la finance et les ultra libéraux prendre en charge les affaires d'un pays souverain? Personne. et pourtant cela a été fait. Mais faut-il le rappeler avec la connivence des politicards pourris grecs qui au mépris de tout honneur et de toute dignité se sont couchés devant la "sacro sainte troïka. A vomir... "

Et un autre lecteur : "A se demander d'où sort ce type d'individu, a ce point deconnecté des réalités. Ne sait il pas ( et c'est vrai que c'est indigne, mais il ne faut pas se tromper de responsable!) que la Grèce est un pays à l'abandon, sans Etat ( depuis longtemps corrompu et qui maintient les avantages d'une certaine classe aisée) qui croule sous des directives iniques, incapable de faire respecter les lois, en train de vendre son pays au plus offrant , porte ouverte à toutes les immigrations de part sa situation géographique , qui croule sous les recommandations de toutes sortes, mais que l'on se garde bien d'aider efficacement pour faire face à cet afflux d'immigrés…

Et toujours avec autant de sensibilité et de pudeur, Panagiotis sur son blog Greek Crisis nous rappelle que l’on meurt encore de l’austérité : "Samedi matin, un cinquantenaire, chômeur depuis trois ans s’est immolé par le feu au beau milieu d’un carrefour fréquenté des quartiers nord de l’agglomération. Il est mort, hier, lundi midi 15 avril à l’hôpital. Ce lundi, un autre desperado s’est jeté du toit de l’hôpital d’Héraklion en Crète".

PS : L’association des travailleurs et étudiants grecs de Paris nous signale un excellent texte qui résume parfaitement la situation grecque et les alternatives qui se mettent en place. Le texte faisant 24 pages, je le mets en dossier joint pour ceux qui ont le temps de lire.

Tag(s) : #Grèce