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Igoumenitsa.

Igoumenitsa.

Nous entrons dans la période la plus propice aux touristes, qui débarquent des ferries, arrivent en avion à Corfou ou accostent au port d’Igoumenitsa à bord de leur petit voilier. Hier, j’ai aidé des Français à s’amarrer au quai et nous avons longuement parlé de la Grèce. Ils étaient surpris de découvrir dans mes propos un autre aspect de la Grèce que celui véhiculé par les médias de l’hexagone ou le guide du Routard. C’est toute la différence entre le touriste et le voyageur, l’un découvrant une mer d’opale, un art de vivre dépaysant, des souvlakis bon marché, l’autre racontant la misère des chômeurs, la privatisation de tous les biens publics, la mise sous tutelle du pays par des gouvernements coloniaux… L’un voit des bars pleins dans le centre ville, une ambiance estivale et festive, l’autre le café froid à 2€ que l’on se partage pour passer quelques heures conviviales autour d’une table, à “vider son sac”, à refaire le monde, à oublier la Troïka, les mémorandums et les 67% de chômage des jeunes…

Le touriste et le voyageur…

Ce que le voyageur sait et que le touriste ignore c’est que de 2009 a 2011 le taux de natalité est passé de 10,45 naissances/1000 à 9,39/1000 soit une baisse de 10,13% en 3 ans - chute proportionnelle à celle de l’activité économique. Entre 2008 et 2011 le taux de mortalité est passé de 3,31/1000 à 4,01/1000, soit une augmentation de 21,5% - hausse proportionnelle à la dégradation des services de santé. (Source Eleftherotypia)

C’est que vendredi dernier, le ministère de l’éducation a transmis aux directeurs d’établissements du secondaire la liste de 2500 enseignants à licencier. C’est par téléphone qu’ils ont appris leur tout nouveau statut de chômeur ! Cette opération a été lancée avant même que le projet de loi soit débattu et adopté au parlement. La fédération des enseignants a déclaré : « Toute notion de démocratie est abolie dans ce pays. La loi est appliquée avant même d’être adoptée… ». C’est ce que le gouvernement a appelé le plan “Athina” et qui suscite de vives réactions parmi les enseignants et les étudiants. Ce plan (doit-on y voir du cynisme dans le choix du nom de la déesse de la sagesse et de la connaissance ?) prévoit la suppression d’universités et de départements des collèges polytechniques, l’imposition de frais de scolarité, la suppression généralisée du droit d’asile dans les universités, la concession des établissements et leur gestion à des groupes privés (principalement des entreprises internationales)…

Le touriste et le voyageur…

Le journal “Realnews” daté du 14 juillet, insiste une fois de plus sur les réparations allemandes à l’occasion de la visite du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. Le même quotidien publie également une lettre ouverte de Manolis Glezos, adressée à Wolfgang Schäuble, et où, le résistant et homme politique de la gauche grecque, précise sa pensée de manière explicite: “Nous ne mendions pas mais nous exigeons. Nous ne recherchons pas la vengeance mais la justice”.

Depuis lundi 15, les employés municipaux de tout le pays sont en grève pour protester contre le licenciement de quelques milliers d’entre eux sur “injonction thérapeutique” de la Troïka. Les poubelles ne sont plus ramassées… C’est le résultat d’une entreprise de démantèlement systématique de tout le système local. Vendredi 12, les maires de tous le pays se réunissaient en congrès extraordinaire à Athènes pour décider des suites à donner à… l’irréparable. Ils ont évoqué la possibilité d’une démission collective de tous les élus locaux. Les maires de Mithylène et d’Igoumenitsa n’ont pas attendu la fin de la réunion et ont annoncé leur démission.

Et pendant ce temps, la gauche radicale se disperse dans des luttes internes imbéciles. Le parti SYRISA a tenu son congrès et a reconduit Alexis Tsipras à sa tête. Les divergences au sein du parti sont nombreuses mais décalées par rapport à l’enjeu. Il a longtemps été question de savoir comment il fallait qualifier la crise (crise capitaliste, méta-capitalisme, crise structurelle ou conjoncturelle, etc.). Manolis Glezos a failli se fâcher tout rouge contre Tsipras mais tout est rentré dans “l’ordre”…

L’ERT est toujours occupé (depuis le11 juin) par les licenciés et la nouvelle télévision d’Etat (EDT) commence à diffuser quelques programmes produits dans un studio privé, grâce à la technologie Digea (propriété des principaux groupes privés) et l’aimable participation de OTE (téléphonie grecque appartenant maintenant à Deutsche Telekom). Le réalisateur Roviros Manthoulis vient de déposer un recours devant les tribunaux d’Athènes pour la diffusion par EDT de son film “Madame le maire”, tourné en 1960, sans la moindre autorisation de sa part. Il réclame 20 000€ de dédommagement. Kapsis, le ministre de l’audiovisuel, commence bien sa nouvelle télévision !

L’idée de la nécessité d’une prise de pouvoir par l’armée, à l’instar des Egyptiens, semble se répandre de plus en plus dans la doxa commune. Putsch de droite ou putsch de gauche, au fond, les gens s’en moquent, pourvu qu’une autorité réelle soit en mesure de faire front à la Troïka et d’alléger le poids mémorandaire. Au lieu du grand soir de Syriza, nous risquons fort d’avoir l’aube des nazillons, déclare Panagiotis Grigoriou sur son blog de Lundi.

Nikos Dendias, ministre de l’ordre public, poursuit dans l’indifférence presque générale sa lutte contre les groupes à risques, travailleurs du sexe, toxicomanes, transsexuels… Un pas de plus a été franchi avec l’arrestation tout à fait illégale d’une avocate venue parler à son client transsexuel !

Et toujours les scandales à la petite semaine : Georges Mouroutis, directeur du bureau de presse de Samaras, a été interpellé par le journal HotDoc au sujet de sa femme qui, sous le nom d’Olia Apostolopoulou, travaille au cabinet du ministre de l’environnement, de l’énergie et du changement climatique, ami personnel de Mouroutis. Or il n’existe aucune publication officielle de sa nomination, et toutes les personnes contactées aux ministères concernées sont depuis “en réunion”…

Et Kostas Sakkas, après 36 jours de grève de la faim et la perte de 20% de sa masse corporelle, vient d’être libéré sous des conditions iniques : Une caution de 30 000 €, l’interdiction de quitter la préfecture de l’Attique, obligation de se présenter chaque lundi au poste de police, interdiction de tout contact avec des personnes impliquées, obligation de résider chez ses parents. La liberté coûte cher dans la démocratie grecque !

Belle et étrange patrie…, comme le chantait le poète Odysséas Elytis…

Pour plus de détails sur tous ces événements, vous pouvez aussi consulter les deux sites Okéanews et Greek Crisis Now. Tous deux font un immense travail et ont besoin plus que jamais de votre soutien.

Georges Mouroutis.

Georges Mouroutis.

Tag(s) : #Grèce