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Marinaleda, village andalou.

Marinaleda,

un modèle à suivre,

ou le rêve d’un tyran de poche ?...

Le film de Sophie Bolze, "Marinaleda, un village en utopie" qui, depuis la crise, est remis à l’honneur, suscite des réactions curieuses. Pour les uns, le village et son maire, Juán Manuel Sánchez Gordillo, sont la preuve vivante qu’un autre monde est possible, pour d’autres, ce n’est qu’un avatar de plus des utopies fumeuses et dangereusement totalitaires. Il faut donc faire un point objectif sur les réalisations de cette petite ville andalouse, avec un peu plus d’objectivité que la sympathique "motion de solidarité" lancée par l’émission de Daniel Mermet, La bas si j’y suis, que le film qui commence à dater, ou que les divers commentaires sur le Net qui oscillent entre les enthousiasmes inconditionnels et les critiques idéologiques les plus acerbes.

Pour revenir aux sources, vous pouvez voir le site officiel du village, celui de la coopérative de production, et le film de Sophie Bolze.

Marinaleda, village andalou.

Pour la défense de Marinaleda, il faut bien constater les réalisations suivantes :

- Le logement n’est plus une marchandise mais un droit. Près de 350 maisons ont été auto-construites (90m² de surface habitable et un patio de 100m²). Plus de 1000 personnes sont ainsi logées pour 15€ par mois.

- En pleine crise, il n’y a pratiquement pas de chômage. Les journées de travail de 6h30 sont payées au tarif unique de 47€. Un petit déjeuner collectif dans la grande salle du "Sindicato de obreros del campo" est servi à tous les travailleurs chaque matin.

- Le salaire est le même pour tous depuis 1978 (1128€ par mois).

- Les bénéfices réalisés sur les 1200 hectares de terre et par la coopérative de transformation sont intégralement réinvestis dans la création d’emplois et dans les réalisations collectives.

- La piscine coûte aux usagers 3€ par an, le complexe sportif (foot, tennis, athlétisme) est accessible à tous, la garderie d’enfants coûte 12 € par mois repas compris, l’accès à Internet est gratuit.

- Des "huertos sociales" (jardins sociaux) sont disponibles pour les retraités. Ces jardins servent souvent de tests pour l’agrobiologie.

- La résidence pour personnes âgées est en construction

- Absence totale de police. Les conflits sont réglés en interne. « Nous n’avons pas de curé non plus –gracias à Dios ! » plaisante le maire.

- La démocratie s’exerce de façon directe. Toutes les décisions sont prises en assemblée, qu'il s'agisse des impôts (de ce fait les plus bas d’Andalousie), des dépenses publiques, des choix agricoles ou industriels, des fêtes, etc. Pour qu’une décision soit adoptée, il faut qu’elle obtienne au moins 80-90% d’adhésions (y compris pour les immigrés qui votent comme les villageois). Toutes les charges politiques sont sans rémunération.

- Le village possède sa station de TV et radio locale.

- Un programme d’autosuffisance énergétique est en cours de réalisation.

Qui dit mieux !!!

Marinaleda, village andalou.

Le dossier à charge :

- Le maire est un fou qui se prend pour Chaves, le Ché, Castro et le Christ réunis. Il est omniprésent, autoritaire et obsessionnellement de gauche.

- Les dimanches rouges pendant lesquels la population est "invitée" à participer à des travaux collectifs bénévoles, défrisent certains habitants qui sont propriétaires de leur maison, qui n’utilisent pas la piscine ou n'ont pas d’enfant à déposer à la garderie. Le coiffeur qui ne bénéficie d’aucun des avantages de cette politique, trouve évidemment les exigences du maire disproportionnées.

- La pression idéologique est pesante et se retrouve dans le film de Sophie Bolze qui ressemble étrangement à un film de propagande d’un pays de l’Est avant la chute du mur !

- Il n’y a pas d’église à Marinaleda et quand les autres villages font des processions lors de la semaine sainte, "ces fous font la fête pendant cinq jours" disent certains catholiques. "Rien n’est interdit mais nous pratiquons quasiment dans la clandestinité !"...

- Juan Antonio a été le plus jeune édile d’Espagne en 1979 et il a été réélu huit fois de suite à son poste de maire depuis 31 ans. Toute opposition semble impossible dans ce village.

- La démocratie soi-disant directe se fait au prix d’innombrables assemblées, convoquées par haut parleur, longues et conflictuelles. Le charisme du maire, sa connaissance des dossiers rend la contradiction difficile sinon impossible.

- Le projet de Marinaleda s’écroulera de lui-même quand on s’apercevra que les jeunes générations, n’ayant pas connu la période de lutte pour l’obtention de la terre et les grands travaux d’aménagement, sont plus intéressées par la consommation, les jeux vidéo, les sorties en boites que par la démocratie directe !... Il suffit de voir ce que la sécurité matérielle a donné sur le niveau scolaire. Assurés d’avoir un emploi à la coopérative, un toit à peu de frais et le wifi gratuit, les élèves ne font pas preuve d’un grand intérêt pour l’étude…

Marinaleda, village andalou.

Foutaise:

Après la thèse et l'antithèse, il faut bien la traditionnelle foutaise. Voici donc la mienne:

Le village de Marinaleda n'est pas un produit fini, une expérience aboutie. Elle est en œuvre depuis déjà plus de trente ans, avec ses faiblesses et ses points forts, ses espoirs et ses déceptions. Personnellement, je trouve extrêmement méritoire de démontrer par A + B que le partage des richesses et des moyens de productions est possible, que la police n'est pas nécessaire, que l'égalité des salaires ne tue pas la productivité etc. Quand nos experts financiers et politiques nous jurent haut et fort qu'il n'y a pas d'alternative au néolibéralisme, les paysans de Marinaleda nous prouvent le contraire. Voilà qui justifie largement le respect qu'on leur doit. Quant à leur maire omnipotent, Juan Manuel, reconnaissons tout de même qu'il n'a pas gagné grand chose de personnel dans cette affaire, sinon un travail fou, de nombreux procès, quelques séjours en prison, deux attentats par l'extrême droite, et des tonnes de critiques. S'il avait été parfaitement démocrate, libertaire, anti-autoritaire, sans doute aurait-il échoué dans ce pays où des siècles de domination de l’Église et des grands propriétaires portent plus vers le patriarcat et la soumission que vers la Révolution!

Un reportage est passé sur France 2 le 23 mars 2013 à 13h40. On peut le revoir ici

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