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Meurtres à l'ERT...

Imaginez que le gouvernement Hollande décide une fermeture immédiate de l’audiovisuel public (France 2, France 3, Arte, France Inter, France culture, France musique). Imaginez que la décision annoncée le matin soit applicable dès le lendemain minuit et que 2 656 membres du personnel soient licenciés sans préavis ni indemnités. Hollande viendrait expliquer en dix minutes sur les ondes qu’une nouvelle structure allait être mise en place, plus objective et bien moins coûteuse, que sa décision a été prise hors discussion avec le Parlement, par ordonnance, et ce à cause de l’urgence que nous impose la crise financière. Imaginez que les CRS envahissent tous les locaux de la radio et de la télévision pour y forcer des techniciens à mettre hors service les installations. Imaginez les 2 656 licenciés (journalistes, techniciens, programmateurs, électriciens…) découvrant leurs noms sur une liste imprimée et affichée dans tous les services. Imaginez la foire d’empoigne des survivants, pourtant bons chiens de garde, flairant une autre vague d’épuration et balançant leurs collègues à tours de bras pour se préserver une place…

C’est de la science fiction ? En France peut-être…, pour l’instant… En Grèce, c’est la réalité puisque le gouvernement Samaras a annoncé ce mardi 11 juin à 17h20, qu’un décret ministériel avait été pris dans la nuit du 10 juin, sans débat parlementaire, autorisant la liquidation de toute société publique ou assimilée de l’audiovisuel et que toutes les émissions seront coupées à compter de ce soir minuit…

Les bâtiments de l’ERT (Radiophonie Télévision Hellénique) sont depuis occupés par les employés et la foule se presse devant les grilles malgré la présence, pour l’instant discrète, des MAT (CRS). Alexis Tsipras, au nom de Syrisa est venu crier au scandale et à l’intrusion de la Troïka. Manolis Glésos, le vieux résistant, a déclaré que cela ne s’était jamais vu, même sous la dictature Métaxàs ou sous les Colonels : « …Il va falloir que nous arrachions tous ensemble et une fois de plus, le drapeau allemand qui flotte sur l’Acropole !... » (A 18 ans, Manolos avait réussi à subtiliser le drapeau à croix gammée au nez et à la barbe de l’occupant, ce qui en a fait une figure de la résistance).

Les réactions sont vives dans la rue comme dans la classe politique. Vénizélos et Kouvelis (les deux chefs des partis faisant partie de la coalition gouvernementale se sont désolidarisés de Samaras, ce qui pourrait aboutir à un crash et à de nouvelles élections. A Thessalonique les locaux de l’ERT ont été évacués cette nuit par les forces dites de l’ordre, malgré les protestations de POESY (fédération panhellénique des journalistes). Comble d’ironie, la Nouvelle Démocratie s’est fendue d’un communiqué de presse contre les associations de journalistes, les accusant de menées antidémocratiques : « Nous savions que les syndicats de journalistes étaient partisans et manipulés. […] Pour eux, démocratie, liberté de la presse et objectivité sont seulement un point de vue minoritaire… » (sic !!!). Les Grecs n’étaient pas des grands consommateurs de télé, sinon pour les matchs de foot ou de basket, mais ils savent, au fond, que la télé­vi­sion publique peut deve­nir la télé­vi­sion alter­na­tive et leur télévision. L’ERT était loin d’être un modèle du genre mais elle conti­nuait à dif­fu­ser des docu­men­taires alors que qua­si­ment per­sonne ne le fai­sait en Grèce, idem pour la musique. Le gou­ver­ne­ment assure que dans le mois à venir, l’ERT va rou­vrir sous un nou­veau nom et avec moins d’employés. Cependant, est ce que les gens peuvent vrai­ment faire confiance aux par­tis qui ont eux même crée cette struc­ture instable il y a quelques années pour la recons­truire de façon plus juste et plus pro­duc­tive ?

Le but inavoué de Samaras est de réduire le service publique dans tous les domaines conformément aux exigences de la Troïka, de la finance, du néolibéralisme. L’Etat grec n’aura, bien­tôt, plus rien. Les écoles devien­dront pri­vées, les hôpi­taux, l’énergie, les transports aussi. Les fré­quences d’ERT seront don­nées à la nou­velle géné­ra­tion de pro­prié­taires de médias qui est favo­ra­ble­ment dis­po­sée envers les poli­ti­ciens. Il en sera de même des archives d’ERT, dont la valeur s’élève à plu­sieurs milliards…

Pour que la fiction que je décrivais au début ne se transforme pas en réalité, nous aurions tous intérêt à réagir vite, à inonder le gouvernement grec de messages de protestation, à soutenir les employés de l’ERT dans cette lutte qui risque d’être à haut risque. N’oublions pas que le laboratoire grec a valeur de test pour bien d’autres pays de la Communauté Européenne. Pour plus de détails, trois sites Internet en français sont à votre disposition :

Greekcrisis :

Okéanews :

Les étudiants grecs de Paris :

Tag(s) : #Grèce Action