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Nouvelles du front…

La guerre économique européenne se poursuit avec son lot quotidien de morts, de misères et de folies. Du front grec, le plus exposé aux assauts du néolibéralisme, nous sont parvenus quelques événements significatifs.

Dans le camp de réfugiés d’Amygdaleza près de Corinthe, des musulmans qui priaient ont reçu une pluie d’insultes et de coups. Cette violence gratuite des gardiens a bien entendu été suivie de l’intervention immédiate de la police anti-terroriste, avec usage de tasers, pour prévenir toute tentative de résistance. Au mépris des nombreux avertissements et mises en garde des associations internationales, au mépris même de la constitution grecque, le gouvernement Samaras continue à « rendre la situation des immigrés de plus en plus intenable », selon ses propres termes, pour les dissuader de rester en Grèce.

A Patras, une mère de famille, seul soutien de deux enfants lourdement handicapés, survivait grâce à un camion aménagé en logement à l’avant et en cantina à l’arrière. La vente de boissons et de souvlakia était ses seules ressources. La compagnie DEI (EDF de la Grèce) vient de lui couper le courant pour un impayé de quelques euros. Non seulement, cette mère de famille perd tout son stock de denrées périssables, mais ne peut plus faire fonctionner la machine à oxygène indispensable à la survie d’un de ses enfants. Face à l’indifférence des services DEI, elle a fait appel à l’association « je ne paye pas » qui s’occupe de remettre le courant par piratage aux milliers de gens qui en sont privés au nom de la rigueur budgétaire… « Mais si je dois danser la danse de Zaloggos, nous allons la danser » a-telle déclaré. La danse de Zaloggos fait référence aux soixante femmes souliotes qui pour échapper aux Turcs en 1803, se sont jetées du haut de la falaise qui domine le monastère de Zaloggo avec leurs enfants dans les bras…

Le KKE (parti communiste grec) vient de vendre sa station de radiotélévision à une compagnie privée offshore basée à Chypre via les Iles Vierges. Cette vente, dans le plus pure style des marchés financiers et dans une totale opacité, a beaucoup déçu les quelques militants restants qui croyaient encore que le KKE était le défenseur des ouvriers contre le capitalisme !

A Athènes, un jeune étudiant est monté sans ticket dans un bus. Après une altercation avec le contrôleur, il aurait sauté du bus en marche ou aurait été poussé (l’affaire n’est pas claire). Il est mort d’un choc à la tête, pour un ticket valant 1,20€. Son enterrement a été suivi par des milliers de personnes scandalisées par la disproportion entre le délit et la sanction. Les murs d’Athènes se couvrent de graffitis « contrôleurs assassins » !

L’aube Dorée s’est encore rendue coupable de l’agression de deux jeunes Pakistanais. Gravement blessés par les coups de couteaux et de pieds, ils se sont traînés chez eux sans oser aller se faire soigner à l’hôpital et encore moins aller porter plainte au commissariat. Ce sont des amis qui ont trouvé pour eux un médecin discret. La Grèce, où un soin d’urgence peut coûter l’expulsion !....

L’Etat grec continue à brader tout ce qu’il peut pour sauver les meubles. Face aux exigences des huissiers troïkans, il vend maintenant la DESFA (compagnie nationale du gaz) à l’Azerbaïdjan SOCAR et pour un prix scandaleusement bas. Cette transaction n’a pas soulevé de grands débats, y compris au sein de l’Union Européenne qui aurait normalement dû la condamner. En effet, les règlements interdisent de confier à une même entreprise la fourniture du gaz et la gestion du transport. Mais il semblerait que l’Azerbaïdjan, ce tout petit pays caucasien, soit plus rusé que la grande Europe !

Mais que faire pour arrêter le massacre ? Chez les bloggeurs, Panagiotis Grigoriou nous dit que « pour l’instant, rien ni personne ne peut s’opposer efficacement aux avancées de la Troïka, si ce n’est en y apportant un semblant de modération… ». Une opposition laminée, le sentiment quasi généralisé d’avoir d’ores et déjà perdu la bataille, que le pire est à venir tant économiquement que socialement, et aucune stratégie de sortie de crise en vue qui soit crédible… Le seul à redonner un peu d’espoir ou du moins un sens à la révolte, serait Alévanos, le dissident de Syriza, qui propose une sortie de l’euro, une annulation unilatérale de la dette, une dévaluation de 50%, une nationalisation des banques les plus importantes… C’est son Plan B que bien peu de gens connaissent. Sans aucun support médiatique, il subit un blackout total, tant de la part des patrons de la presse que des journalistes qui doivent ménager ceux qui les nourrissent. La douzième loi fiscale depuis janvier dernier prévoit la saisie des biens immobiliers, sans aucune procédure judicaire, et ce à partir de quelques centaines d’euros de dettes envers l’Etat. Dans ces conditions, la perte d’un travail devient un risque majeur, le moindre acte de résistance de l’héroïsme !

Beaucoup prédisent un mois de septembre tumultueux, des violences de droite ou de gauche, un petit événement catalyseur qui mettrait le feu aux poudres, l’atteinte d’un sommet dans la paupérisation et le démantèlement de la démocratie. Mais en août de l’année dernière, j’entendais les mêmes alertes et rien n’est venu. Nul ne sait en fait ce qu’il adviendra de la Grèce dans les mois qui viennent mais la guerre qui se joue sur ce front là n’est pas menée par ceux qui la subissent :

« ...Les Dieux assis sur les nuages
« Avancent les pions de l'Histoire
« On dit que les blancs jouent et gagnent
« Suis-je un pion blanc, suis-je un pion noir…. »

La Partie d'échecs, Jacques Douai.

Gr

Je rappelle que toutes ces informations se retrouvent détaillées sur les deux excellents blogs:

Okeanews et Greekcrisisnow.

Tag(s) : #Grèce